samedi 11 novembre 2017

Le cercle rouge, figure cosmique

Profitons du centenaire de la naissance de Jean-Pierre Melville (1917-1973) pour dire quelques mots de son avant-dernier film, le très mythique Cercle rouge. Evoquer Melville, pour nombre de journalistes, cela consiste surtout à parler de son côté excentrique - Stetson et lunettes noires parmi d'autres singularités - ou encore à s'indigner vertueusement de l'autoritarisme qu'il manifestait sur les plateaux de tournage. Mais, de tels traits pouvant sans conteste se trouver chez les plus médiocres metteurs en scène comme chez les plus talentueux, s'en préoccuper nous avancerait si peu qu'on préfère s'attacher à son oeuvre, même si c'est nettement moins original selon les chroniqueurs à la mode.


Pour ce faire, pourquoi choisir Le cercle rouge ? Trois ans après sa réalisation, le cinéaste disparaît et ce long-métrage reste, parmi tous ceux de son cru, celui qui remporta le plus grand succès. Pour autant, ce film n'est pas toujours considéré comme le plus emblématique de sa production (beaucoup lui préfèrent Le samouraï), ni forcément comme le plus réussi (pour le scénariste américain Paul Schrader, ce serait plutôt L'armée des ombres). Quoi qu'il en soit, envisageons-le comme une variation donnée - et non comme la quintessence improbable - de l'art et de la vision du monde de son auteur.

Nous n'aborderons ici Le cercle rouge qu'à travers un prisme donné. En l'occurrence, le rapport entre la fatalité qui semble planer au-dessus des trois hors-la-loi (interprétés par Alain Delon, Gian Maria Volonte et Yves Montand) et la nature des liens qui apparaissent entre les différents personnage (policiers compris) au cours du récit.


L'intrigue peut se résumer à ceci : la rencontre de trois truands, leur projet de casse d'une grande bijouterie parisienne, la réalisation réussie de celui-ci et, pour finir, leur échec devant la police, qui les abat tous les trois. Autant dire que ce n'est pas le schéma général de cette histoire, récurrent dans le genre policier, qui fait l'intérêt du film. Tout est dans la mise en scène, nous dira-t-on, et on aura raison. Encore convient-il de ne pas oublier en vue de quels thèmes et de quelle vision cette mise en scène est élaborée.

Point essentiel, Melville accorde la plus haute importance à la nature profonde des liens existant entre les personnages. Liens qui peuvent relever, en somme, du rapport de force, de l'intérêt ou de la confiance. Concernant le lien de confiance, le cinéaste pointe avec gravité un phénomène oscillant entre force et fragilité et touchant aux fondations de la société comme aux fondements de l'ordre du monde. Dans cette perspective, la scène de la rencontre entre les hors-la-loi Corey (Delon) et Vogel (Volonte) dans un champ désert, donne à voir, par son dépouillement et une certaine solennité, ce qui se joue de capital quand la confiance s'établit et remplace la défiance initiale. Le spectateur assiste à une transformation, banale en soi mais dotée ici d'une densité palpable. De la confrontation qui s'annonçait, l'arme au poing, on passe à l'accord sincère. Au cours de cette scène, les deux hommes, debout, restent à distance la plupart du temps, ce que souligne l'espace semi-vide autour d'eux. Peu de paroles sont échangées (juste de quoi leur faire saisir la proximité de leurs situations respectives), mais des objets sont transmis (paquet de cigarettes, briquet), plus exactement lancés et saisis donc acceptés, ce qui vaut pacte. A certains égards, c'est la logique traditionnelle du don et du type de relation consécutif, logique anthropologique bien connue et analysée par Marcel Mauss, qui est ici exposée visuellement. De plus, certains des plans laissent poindre la dimension cosmique d'un tel instant. Cadrage oblige, on voit ainsi le lien de confiance entre les deux truands s'établir - loin du milieu urbain et de ses artifices - simplement entre le sol boueux du champ et le ciel hivernal, entre terre et ciel. A partir de ce moment, les deux individus resteront solidaires, jusqu'à la mort.

Le même type de lien associe Jansen (Montand), le troisième truand, aux deux autres. A travers son cas, on comprend à quel point le rapport de fidélité ainsi constitué dépasse l'intérêt personnel. En effet, une fois le vol commis et alors qu'il a refusé sa part, il continue à prendre des risques en ne lâchant pas ses collègues lors de la phase ultime que représente le contact avec le receleur. Attitude noble qui lui sera fatale.



La « balance » comme contre-modèle

Du point de vue dramatique, ce qui fait ressortir toute l'importance de ce lien de solidarité, c'est la possibilité de sa transgression. Tel est en effet l'un des thèmes de prédilection du cinéaste, que traduit la figure de l'indicateur, traître et délateur, présente dans nombre de ses films, notamment Le doulos et Le deuxième souffle. Ici, le premier traître apparaissant dans le récit est un ancien compagnon de Corey. Après avoir profité du séjour en prison de Corey pour lui tourner le dos et lui ravir sa compagne, il va, après le casse, jusqu’à favoriser sa chute en participant de manière indirecte mais délibérée au piège de la police. A ce triste sbire s’ajoute un « traître » plus important. Par la place qu’il tient dans le récit et par le fait qu’il représente le cas intéressant d’un délateur contre son gré : Santi (interprété par l’excellent François Périer), patron d’une boîte de jazz et proche de Vogel. Face aux pressions exercées sur lui, Santi déclare sans ambages au commissaire Mattéi (Bourvil) que « rien ne peut modifier la nature profonde d’un homme » et qu’il n’est pas un indicateur. Pourtant, Mattéi réussit à trouver le chantage ignoble de nature à le faire parler et donc trahir.

Dans ce milieu, le défaut de solidarité, lorsqu'il culmine dans la vilénie de la « balance », appelle la sanction mortelle de l'honneur outragé, ceci afin de bien marquer la valeur suprême du lien bafoué. Cette valeur, Le cercle rouge l'illustre cependant en soulignant le caractère indéfectible de la solidarité entre les trois auteurs du casse, plutôt qu'avec la sanction du traître comme dans les films antérieurs.

Il l'illustre aussi en montrant que la confiance de Vogel à l'égard de Corey se rattache à la non-dénonciation préalable du premier  (alors inconnu, traqué et caché dans le coffre de la voiture) par le second lors d’un bref épisode de contrôle policier sur la route. Le thème de la transgression apparaît donc également en négatif et, à ce titre, constitue une façon originale de déclencher la logique traditionnelle du don, que l'on voit se déployer ainsi : gratuité du geste assortie de risque, gratitude en retour, solidarité réciproque. Notons qu'avec cette gratuité initiale, on se situe manifestement au-delà des règles de la pègre. Les films policiers de Melville échappent au contexte policier.


Ceci rend nécessaire une précision. Pour désigner la « morale » propre aux malfrats des films noirs des années 40 à 60, il est d'usage de parler de code d'honneur. Le problème est qu'une telle expression renvoie souvent aux règles en vigueur dans les organisations mafieuses, c'est-à-dire dans des cadres socialement très rigides, de type communautariste. Or, chez Melville, le lien de solidarité et sa sanction éventuelle sont beaucoup plus personnels. En particulier dans Le cercle rouge, ce qui marque d’ailleurs une évolution par rapport au Deuxième souffle, où l'aspect mafieux restait présent en toile de fond. Tout indique que Melville tend à s'affranchir du modèle américain (sa référence initiale), dans lequel le fameux code d'honneur repose surtout sur un souci d'efficacité, dernier mot du banditisme organisé. Outre-Atlantique, le « code » en question, c'est en quelque sorte la forme que prend le management, appliqué avec ses normes et sa brutalité au domaine du crime. Avec l'européen Melville, tout imprégné de cinéma américain qu’il puisse être, le code d'honneur a plus à voir avec la common decency. Au-delà du caractère vital de la solidarité entre pairs, l'enjeu est alors l'éthique de base régissant la relation de personne à personne, la fidélité à l'ami et, par là, à soi-même.

D'où, en définitive, ces scènes de personnages seuls s'observant dans un miroir, présentes dans chacun de ses meilleurs films. A ce propos, faisons un bref détour par son film-phare, Le samouraï : dans la scène célèbre où le héros ajuste son chapeau devant une glace, il ne s'agit pas seulement d'élégance au sens esthétique, mais aussi et avant tout - l'évidence s'impose - de tenue morale. Si l'on veut comprendre quelque chose à l'univers melvillien, on ne peut pas faire l'impasse là-dessus. Tout se ramène à une simple question : pouvoir se regarder dans la glace.

Dans Le cercle rouge comme dans ses films antérieurs, ce n'est pas seulement le code d'honneur qui peut être transgressé, mais aussi, naturellement, la loi. De fait, policiers et truands l’enfreignent. Cependant, comme la police sert l'ordre institué, elle a beau jeu de sanctionner les manquements des hors-la-loi, alors même qu'elle use de tromperies et de manipulations, ce que s'interdisent précisément les seconds. Il y a donc là quelque chose de faussé dans le rapport de force entre les deux instances. En fin de compte, ce déséquilibre constitue un piège plus redoutable que n’importe quel traquenard policier. D'autant plus que l'institution étatique, par le biais de certains membres de la police et de l'administration pénitentiaire, donne l'exemple en matière d'infraction, allant jusqu'à tenter le hors-la-loi. On constate en effet que pour chacun des trois truands, c'est de l'institution que vient, d’une manière ou d’une autre, l'incitation à transgresser l’ordre légal.


Pour Corey, c'est l'un des gardiens de prison qui, la veille de sa libération, lui fournit le tuyau du casse et insiste vivement, devant son refus initial, pour qu'il saisisse cette occasion. Dans le cas de Jansen, ancien policier, ce sont ses précieuses compétences acquises dans la police en matière de tir et de balistique qui le font participer au vol et rendent d'ailleurs possible ce dernier. Quant à Vogel, c'est le feu rouge grillé volontairement par la voiture de police, dans laquelle il est emmené, qui le désinhibe et le décide, quelques heures plus tard, à s'évader en brisant la vitre d'un train. A noter que cette scène du feu de signalisation grillé est la scène d'ouverture du film. Plus encore, le premier plan de cette première scène, plan hautement symbolique, montre le feu passant au rouge, autrement dit un cercle rouge. Or, il s'avère que cette infraction initiale, due à la police, amorce le cercle vicieux des transgressions venant ensuite de part et d'autre, dans une configuration où les truands respectant les « idées anciennes », c'est-à-dire certains interdits, ne peuvent que perdre la partie. Dans la même perspective, remarquons-le, les premiers coups de feu sont tirés par le commissaire Mattéi, en l’occurrence sur son prisonnier, Vogel, qui vient de lui échapper. Coups tirés dans le dos d’un homme sans arme, qui plus est. Il le rate, mais, dès lors, un processus est lancé. Le cercle vicieux qui se met en mouvement acquiert la dynamique sanglante de la violence et devient cercle rouge, parcours tragique.

Ordre légal cynique et valeurs anarcho-féodales

Qu'est-ce à dire ? Au-delà des conventions du genre, Melville prendrait-il position pour les voyous contre les forces de l'ordre, pour le brigandage contre le droit ? Ou, du moins, mettrait-il les deux catégories sur le même plan ? Non, bien sûr. Comme on l'a vu, son attention se porte, pour une bonne part, sur la nature des liens entre les individus, sur l'impact de la fidélité dans un groupe social donné et sur l'éthique personnelle impliquée. Il va de soi que, pour lui, les attitudes nobles et les comportements bas traversent aussi bien le camp des hors-la-loi que celui de la police. Ce qu'illustre clairement le contraste entre les types de personnages au sein de chaque camp. Lui, qui, tentant de se définir politiquement pour répondre à un journaliste (dans les Entretiens avec Rui Nogueira), se qualifie d’anarcho-féodal (sic), en tient pour un ordre social fondé sur des règles légitimes et ne critique pas l’institution en soi. En revanche, un certain dispositif politique proprement moderne est dans son viseur.

A ce propos, il faut prendre en compte l'expérience décisive qu'a été pour Melville, pendant l'Occupation, sa participation active à la Résistance. En cette période où le légal et le légitime, d'ordinaire associés, se retrouvent souvent face à face, les critères habituels changent. Il faut revenir aux fondamentaux et redonner leur valeur aux liens entre personnes. Fiabilité de la parole donnée ou félonie. Aussi, comme une perception attentive l'enseigne, les leçons brûlantes de la guerre ont-elles formé la matrice souterraine de la fiction melvillienne, non seulement dans les films portant sur cette période (3 sur les 13 réalisés) mais aussi dans les films noirs. De fait, il fait peu de doute que cet univers de hors-la-loi soucieux d'éthique, confrontés à la menace permanente de la trahison et à une police défendant l'ordre établi par des moyens dérogeant parfois au droit et à l'honneur (police qui parvient ainsi à faire plier l'inflexible Santi en arrêtant son fils, méthode typiquement « guestapiste »), ne soit une transposition du monde héroïque et fiévreux des résistants. L'indicateur, figure obsédante, y est l'autre nom du traître-collabo.


Naturellement, il ne s'agit pas là d'une lecture à clef. Car ce n'est pas à la période de l'Occupation que renvoient les films noirs de Melville, mais à certains questionnements que celle-ci fit surgir en déchirant le voile ordinaire des conventions et du pouvoir légal. Les méthodes de l'état vichyste ont pu ainsi révéler des aspects insoupçonnés et inquiétants de l'Etat moderne lui-même. Lequel, sous ce jour, semble être avant tout une mécanique puissante et compartimentée (comme le train dont s’échappe Vogel), une technique d'organisation efficace et impersonnelle (comme le dispositif déployé pour traquer le fugitif) et surtout une entité axiologiquement neutre en dépit des scrupules éventuels de ses agents (le commissaire Mattéi, on le voit bien, n'est pas un mauvais homme, il obéit aux injonctions de sa hiérarchie). En outre, les conditions spécifiques de la Résistance ont fait remonter à la surface la tradition de liens communautaires fondés sur la loyauté et la valeur personnelle plus que sur la structure englobante. Questionnements qui demeurent. Pour développer librement les thèmes qui en procèdent et qui lui tiennent à coeur, Melville s'est patiemment forgé un espace mythique autonome, à partir des codes du film noir. D'où le caractère inimitable de ses films, non réductible à une esthétique, par ailleurs orientée à cette fin.


Du point de vue de la forme, Le cercle rouge constitue un aboutissement pour le cinéaste, qui associe abstraction et incarnation selon un dosage audacieux mais plus juste que jamais. Le but est de faire de l'espace filmé une dimension concrète du tragique. Concrète ? En effet, si la fatalité semble attachée aux trois auteurs du casse, il convient de saisir ce qui se joue en réalité. Le tragique ne tombe pas du haut d'un Olympe capricieux et sadique sur des individus malchanceux. C'est l'interaction particulière des différents liens en cause, c'est la distorsion secrète dans l'affrontement entre les protagonistes, du fait de leur inégalité devant le respect des conventions non écrites, qui provoque un enchaînement tragique des faits. Or, dans ce contexte, l’avantage est du côté de ceux (truands ou policiers) qui bafouent la traditionnelle fides. Ainsi, l'ordre du cosmos se trouve outragé à travers une configuration humaine bien précise. Melville réintroduit donc la dimension cosmique consubstantielle à la tragédie avec une mise en scène visant à faire surgir la mécanique de l'engrenage à partir du terreau existentiel. Sa recherche de l'épure passe par le terrain, espace vécu sans médiation, pour le transfigurer. D'où ces images de forêt et de campagne, tranchant avec le cadre urbain systématique du film noir hollywoodien des précédentes décennies. D’où le minutieux découpage de la scène du casse, permettant d’incarner ce moment crucial dans une temporalité plus dense. D'où encore l'ambivalence de certains personnages (Jansen, Mattéi, Santi) et de leurs choix, évoqués sans pathos. Ces mêmes personnages apparaissent ainsi aux antipodes des figures archétypales des grands classiques, comme par exemple The Asphalt Jungle (Quand la ville dort) de John Huston, histoire d’un casse également, qui s'en tient au registre romantique d’une poétique de l'échec.


C'est dire si Melville a su dépasser les emprunts faits aux réalisateurs américains admirés de lui. Vis-à-vis de ses modèles, il évita toute servilité. Son regard intérieur ne puisait pas exactement aux mêmes sources. 


lundi 6 novembre 2017

Eric Vuillard, "L'Ordre du jour", ou les coulisses de l'histoire

Sur une photographie bien connue prise en 1934, Kurt Schuschnigg, qui fut chancelier d’Autriche de 1934 à 1938, prend solennellement la pose, digne et impavide. L’image retenue par l’histoire a subi de légères retouches. Au cours des recherches qu’il a effectuées pour nourrir son dernier livre, L’Ordre du jour, qui vient d'obtenir le prix Goncourt 2017, Eric Vuillard a trouvé à la Bibliothèque Nationale de France la version originelle de cette photographie, bien différente de ce portrait en majesté. L’homme politique a l’air un peu ahuri, la poche de son costume est froissée et un objet non identifié (une plante verte ?) apparaît, à droite de l’image. Mais le grand public n’a accès qu’à la version officielle : « celle que nous connaissons a été coupée, recadrée ».

Photographie de Kurt Schuschnigg en 1934

L’Ordre du jour, bref récit de l’anschluss, invasion de l’Autriche par l’Allemagne qui eut lieu en mars 1938, narre cet événement crucial de la même manière : dans sa version originelle, avant recadrage. L’Ordre du jour, c’est l’Histoire non photoshopée. Où l’on apprend que l’anschluss, loin de l’image triomphante qu’en a donnée la propagande allemande, – celle d’une blietzkrieg à l’efficacité redoutable –, est avant tout un gigantesque embouteillage de panzers allemands en panne qui bloquent la route à un führer furieux et font se languir la foule d’Autrichiens enthousiastes qui attendaient l’arrivée d’Hitler, drapeaux à la main. On dégage lentement la route sous les hurlements du führer avant de tracter les tanks jusqu’à Vienne par le train, pour la grande parade qui devait s’y tenir.
On « traînaille », on « flanoche », on « rêvasse » dans cette histoire qui semble progresser au ralenti à coup de non-événements. Ainsi, parce que Schuschnigg vient de balayer d’un revers de main le pacte léonin que veut lui imposer Hitler au motif que le président de l’Autriche est le seul à pouvoir prendre une décision en dernière instance, Hitler se retire pendant 45 longues minutes dans son bureau avec le général Keitel1. Alors que Schuschnigg pense sa dernière heure arrivée, les deux hommes restent simplement assis l’un à côté de l’autre sans échanger un seul mot. Il ne s’est rien passé, et l’on attend toujours qu’il se passe enfin quelque chose : on attend l’arrivée d’Hitler, on attend un télégramme d’Arthur Seyss-Inquart, devenu ministre de l’Intérieur en Autriche, qui « inviterait » les Allemands à entrer légalement chez leur voisin …
Et toute cette Histoire pourrait bien ressembler à l’Hollywood Custom Palace décrit dans l’un des chapitres intitulé « « Le Magasin des accessoires », à ce gigantesque bâtiment dont les galeries recèlent tous les costumes possibles et imaginables qui sont loués à l’industrie du film hollywoodienne. C’est ainsi que le 12 février 1938, Schuschnigg se rend à une entrevue secrète avec Hitler au Berghof en prenant le train, déguisé en skieur pour faire croire qu’il se rend aux sports d’hiver, alors que – coïncidence symbolique – le Carnaval de Vienne bat son plein. Et que dire des dialogues entre Ribbentrop et Göring retranscrits par des agents des services secrets britanniques ? Ces échanges constituent en eux-mêmes une pièce de théâtre puisque les deux hommes font semblant d’être outrés par la violence de Schuschnigg en Autriche car ils savent qu’ils sont sur écoute. Et lorsque leurs conversations officielles ou privées sont lues au procès de Nuremberg, comme on lirait une pièce de théâtre (nom du personnage suivi de la réplique), Göring et Ribbentrop finissent par se mettre à rire en écoutant leurs propres paroles, comme s’ils assistaient en simples spectateurs à une représentation.
D’où l’incertitude brumeuse qui semble planer sur toute cette histoire : « On ne sait plus qui parle. Les films de ce temps sont devenus nos souvenirs par un sortilège effarant. La guerre mondiale et son préambule sont emportés dans ce film infini où l’on ne distingue plus le vrai du faux. »
Une seule chose est sûre : derrière les ors et l’apparat de l’histoire grouillent les cadavres qui font à plusieurs reprises une apparition fantomatique. Ils peuplent l’ultime vision qui terrorise Gustav Krupp, riche industriel qui s’est enrichi pendant la guerre en employant la main d’œuvre des camps. Devenu vieux, incontinent et gâteux, il voit ses victimes apparaître dans un recoin sombre de son salon, en plein repas, alors que son épouse et son fils ne voient rien ou ne veulent rien voir. Peut-être la vision cauchemardesque de Krupp ressemblait-elle aux petits hommes noirs frénétiques au corps tordu qui, nous rappelle Eric Vuillard, hantaient déjà l’œuvre de Louis Soutter2, au moment de la rencontre entre Hitler et Schuschnigg. Lugubre préfiguration des millions de silhouettes anonymes que la propagande nazie tentera vaille que vaille de maintenir hors-cadre.

Eric Vuillard, L’Ordre du jour, Actes Sud, mai 2017, 16 euros. Prix Goncourt 2017


Toile de Louis Soutter


1 Keitel, surnommé le « chef de bureau » par l'ex-ministre de la guerre Werner von Blomberg, aurait également gagné auprès de ses collaborateur le sobriquet de « Lakaitel »(Lakai signifiant laquais en allemand). Il signe tous les ordres sans sourciller, notamment ceux qui permettent à Himmler d'exercer la terreur en Russie.

2 Louis Soutter (1871-1942) est un artiste suisse qui produisit la majeure partie de son œuvre dans l’asile de vieillards de Ballaigues où il résida de 1923 à sa mort.


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Le Teknival

Retrouvez dans le numéro zéro de la revue Idiocratie, cet exercice de style idiot qui consiste à imaginer une jolie petite histoire idiote à partir d'une simple image glanée dans le capharnaüm d'Internet. 



Voilà un bien intéressant cliché qui nous montre que l’esprit de la fête et l’amour du vivre-ensemble ne sont pas restés lettre morte dans notre beau pays en dépit des efforts de MM. Les Censeurs pour déclarer la joie de vivre hors-la-loi. Mais quel est cet endroit et qui sont ces gens ? Des participants de la dernière édition de Solidays ? Le fan-club d’Exploited en tournée mondiale dans la Sarthe ? La faune interlope d’un rassemblement de musique électronique à vocation festive ? A défaut de le savoir, on peut toujours essayer de l’imaginer.

En partant de la gauche, juste derrière l'épaule du débile qui fait le macaque, Olaf, un jeune fasciste scandinave, arrive d'un bon pas, de très bonne humeur. Il s'est levé à 6h, a fait ses 50 pompes et ses 200 abdos matinaux, s'est régalé d'un grand verre de jus d'orange et d'un oeuf mollet, il est en pleine possession de ses moyens, a l'esprit clair et s'apprête à défoncer la gueule de ces deux déchets qui se sont invités on ne sait comment dans cette 8e édition de la Danish White Supremacist Pride. 

Juste au-dessus de la tête du débile de gauche toujours, on remarque Pierre-Emmanuel, 18 ans, jeune étudiant en révolte contre son milieu familial et en légère surcharge pondérale. Ces parents continuent à le faire suivre par un pédopsychiatre pour ce problème mais aujourd'hui Pierre-Emmanuel s'en fout. Il vient de gober coup sur coup un double panoramix et un dragon noir. Il est bien, il kiffe trop le son, il ne sent plus la fatigue, ni la sueur, ni le froid mais seulement la transe. Il n'y a plus que lui et la musique. Dans deux minutes et 23 secondes, Pierre-Emmanuel va être victime d'une embolie cérébrale qui le plongera dans un coma de six mois dont il se réveillera hémiplégique et plus complexé, nul et naze que jamais.
 
A droite de Pierre-Emmanuel, encore un peu en arrière-plan, portant un T-Shirt blanc et un short bleu, presqu'au centre de l'image, un autre homme s'apprête à sombrer. Il s'appelle Jean-Marc, il a 55 ans et il en a marre. Tenu éveillé depuis plus de 48 heures par le chaos sonore incessant vomi par les enceintes, il est à bout de nerfs et arpente depuis le début de l'après-midi le teknival qui s'est installé depuis trois jours dans le champ juste en face de la maison dont il risque d'être exproprié au printemps prochain, à cause du nouveau tracé du TGV. Lui aussi, comme Pierre-Emmanuel, est un peu au-dessus de tout ça. En revanche, Jean-Marc n'a pas consommé de drogues mais une quantité impressionnante de tranquillisants qui, mêlés aux litres de café qu'il ne cesse d'ingurgiter, forment un mélange détonnant. Il a décidé de mettre un terme à tout cela. Dans deux minutes, il va s'emparer du Manhurin 9 mm qu'il cache sous son T-Shirt et tirer au jugé dans la foule, tuant trois personnes, en blessant gravement deux avant de retourner son arme contre lui. La balle qui devait atteindre Pierre-Emmanuel, le manquera de peu, passant au dessus de son crâne au moment où il s'effondrera dans la boue, victime d'un malaise cardiaque, pour aller se loger dans la tête de Peutri, le débile de gauche qui n'aura pas le temps de comprendre ce qui lui arrive mais qui de toute façon n'a jamais été foutu de comprendre quoi que ce soit depuis qu'il est né. 
Toujours plus à droite, au-dessus de l'épaule gauche de Krevar, le vieux punk à crête rose qui paraît avoir 50 ans et qui en a en réalité 30, Jean-Patrice et Hervé trottinent gaiement du même pas pour aller s'enfiler dans les bois.

samedi 4 novembre 2017

La tribune d'Emile Boutefeu (2)

Enragé et vindicatif, Emile Boutefeu, notre cadre pro-actif et poète, s'en donne à nouveau à cœur joie, parce que le monde l'a bien cherché !






Sugar Mama
Riche et bonasse,
Pleine d’initiatives salaces,
Elle a des  eins’ comme aç’ !






La chute
Traverser l’esplanade de la Défense 
en écoutant Motörhead
Et se sentir vengé








Retrouvez Emile Boutefeu dans la revue Idiocratie

Pour commander le numéro zéro (10€ avec frais de port inclus):

https://www.lepotcommun.fr/pot/dc078i3w


lundi 23 octobre 2017

Interview with Sutcliffe Jugend

Sutcliffe Jugend, duo formé de Kevin Tomkins et de Paul Taylor, est une formation historique du genre industriel bruitiste dit “power electronics”, qui a émergé des expérimentations aussi diverses et extrêmes que celles de Throbbing Gristle ou SPK. Formé en 1982, parallèlement à Whitehouse, autre groupe culte dans lequel a œuvré Kevin Tomkins, Sutcliffe Jugend partage le goût de la provocation radicale[1] et des expériences musicales ultime. Après avoir produit deux albums au début des années 80, la formation a connu une phase de mise en sommeil jusqu’au milieu des années 90, produisant depuis lors près d’une vingtaine d’albums dans des genre extrêmement différents, du power electronics au spoken word. Pour une approche plus détaillée de leurs dernières productions, nous renvoyons les lecteurs d'Idiocratie vers la critique de leur avant-dernier album 'Shame', dont il est largement question dans cette interview, accordée à Idiocratie par Kevin Tomkins et Paul Taylor, à l'occasion du festival 'Hinoeuma, the malediction', en février 2017 à Londres.

La traduction française de l'interview est disponible dans le numéro zéro de la version papier d'Idiocratie sortie en octobre. Vous pouvez le commander ici au prix de 10 € frais de port compris. 

Idiocratie: Why did you choose Peter Sutcliffe for the name of your band ?
Sutcliffe Jugend (Kevin Tomkins/Paul Taylor) : I started recording around 1979 at first with friends then alone. About 1981-82 the name I had settled on when I first sent tapes to Crass and Come Org. was Death Squad. It was Come Org. that showed an interest for obvious reasons. I sent two or three tapes, one of which was concerning The Yorkshire Ripper. His violence fitted perfectly the violence of the music, which in turn was influenced by Suicide, TG, SPK and Whitehouse. The label suggested the name 'Sutcliffe Jugend' after a track called Ripper Youth we had included on the demo, for the release of the 'Campaign' cassette. To be honest I had never heard the word 'Jugend' before, but it was perfect at the time. It's not really relevant anymore, as in all names it becomes abstracted from its meaning with time and it's use as a name, but I still like it for its divisive power, especially when I explain who Sutcliffe was and what Jugend means.



Idiocratie : Sutcliffe Jugend appeared in 1982, realized ten tapes and nothing none until 1994 and your first album, what happened to you in between ?
SJ : I was still very busy with music. It's well documented that I put SJ on hold when William Bennett asked me to join Whitehouse with Philip Best (and Peter Sotos for the two USA tours). I was with them for about two years. We all had the same philosophy and artistic ideas, I think that was more important than any particular musical ability at the time. The live shows were amazing. It was an important time for harsh electronic music. I left the band after wanting to quit London. I had become depressed and I wasn't enjoying being in the band anymore. If it wasn't for future commitments, I would have quit around the time of the German tour which would have cut my time in the band in half. After I quit I obtained an early sampler and recorded a considerable amount of loop pieces. One of which 'Fear and Anticipation' appeared much later on 'The Victim As Beauty' album. A few other tracks from the period appeared on the compilation box set 'Archive IV'.
I formed the band 'Bodychoke' with Paul Taylor in the early nineties, who is now one half of Sutcliffe Jugend of course. He was also involved with SJ before I joined Whitehouse. We've always been close friends, so it was only a matter of time before we worked together again. We went on to record three albums as Bodychoke and one further compilation of unreleased material. I guess the song 'The Red Sea' or the album 'Cold River Songs' capture the sound of the band best. Bodychoke were more of a rock or post-rock band than SJ, so we played quite a few gigs with the likes of Ramleh and Skullflower, who were the most similar bands to us in London at the time, both of whom are still making music of course. 




Idiocratie : This year (2016) Sutcliffe Jugend had a tremendous activity : three albums in one year, a retrospective of 6CD package and a new realization which will be out in February. Were you particularly inspired by present events and present society or something completely different ?
SJ: Every album we do has a different concept and is well thought out before we proceed. On the 6CD box set S L A V E S  each disc has a different title 'Theatre of Cruelty', 'Theatre of Tragedy' etc. the music reflecting the particular 'Theatre' in some way. The title of the album concerns how each of us are slaves to our environment, genes, passions and subconscious machinations, the 'Theatres' represent those things we think 'we' control or have some prized image of, but ultimately of course, we don't.
So much bullshit is spoken in music and art regards concepts and what the 'artist' is trying to say and what their 'message' is we've found it refreshing to go back to an almost scientific framework. Understanding who we are, not through some kind of hippy mystic alternative but through genetic science, sociology, psychology and scientific process. The difficulty then is processing our particular viewpoint, emotions and passions with that in mind and staying true to some kind of values.




Idiocratie : One of your last piece, Offal, is very striking and crashed into 2016 like a strange meteor. It’s an unsettling dive into nihilism and autodestruction. Your last piece, Shame, is also very impressive. Listening to it made me think of Max Scheler : “one who doesn't take revenge is weak, one who does is a criminal.” A philosophical dead end which echoes in our desolate and violent post-modern world. I thought also as if you've decided to transform in a world of sound the frightening description of Guy Debord at the beginning of In Girum Nocte. Well, all these suggestions, maybe right or not, left appart, the question remains : what is it about in Shame or Offal ? The dark side of every human being lurking in a dark corner ? Post-modern dereliction turned into all forms of hate, sexual and self-destruction ?
SJ : I'm not familiar with the Max Scheler quote, but the reference to Guy Debord is definitely something I can relate to. The sequence in 'Girum Nocte' is something I recommend anyone check out if they haven't already. It's a brutal analysis, and if I remember correctly it's something very much in line with the view I was trying express on 'Offal'. The futile absurdity of existence expressed as directly as possible. The absurdity of an artist believing they are saying something important, some great revelation, I also find disturbing. That is something that may come with time and analysis, but not as self proclamation. 




With 'Offal' as with other albums I've used sex as a metaphor. I find it very powerful. I think some are under the miscomprehension we're trying to articulate some kind of violent sex fantasy and I suppose, that it can be read on many levels, but rarely are things quite as they seem. The violent sex scene at the end of 'Cleave' for example is actually a metaphor for everything that comes with being in Sutcliffe Jugend. The violence one is subjected to in art and culture, but more specifically the violence upon the emotions and body, through relationships, sex, life and time are subjects I find I am attracted to and am writing about as SJ evolve. So lyrics like those in 'Cleave' can still work on different levels for me.
The album Shame deals with shame in its different guises and my own lack of it. It is all the more relevant with the culture of shaming and politically correctness. Politics has never been part of our agenda, we think it is important for a band like us to be morally and politically neutral, as indeed I try to be. I've always been more interested in what affects me and those close to me than what's going on in some other part of the world. I don't have a very wide social conscience. Our intention is that our music deals solely with the personal and our obsessions, and in some way what it is to exist outside of the mainstream. To have an outsider philosophy. If I'm honest, our horror and anger at an absurd, vile and powerless human race. All these traits we of course see in ourselves. Hence our music often deals with those traits we find most abhorrent, yet through no choice find we are attraction to. I think what we do is very much at odds with the romantic lie at the heart of so much art. However to be honest and at the risk of sounding hypocritical I should state 'Shame' and 'The Muse' are a little different, because both were overshadowed by a series of seismic negative personal events, which is reflected in the tone and content of both albums. We hope we don't find ourselves making music of a similar nature any time soon. We found ourselves a little overwhelmed. Also I should also state, I have no problem with being a hypocrite, it's such a naive insult.




Idiocratie : “Shame; shamed; stripped naked for all to see”... Is it the dark lament of the constantly humiliated and frustrated clerk, living the panoptical age of global management, digital sex, social networks and social pornography ?
SJ : I am often attracted to the normal rather than the extraordinary, the nuances rather than the grand gestures. Something I would have done twenty or thirty years ago. The life of the everyday regular person or 'clerk' is not much different to any other perceived life, their struggle is ultimately the same as everyone else's. What we do on a day to day basis are merely distractions, cause and effect. When SJ first started I was under the illusion free will existed and once my understanding changed SJ had to change drastically also. It's the main reason I struggle with some 20th century SJ and pretty much all PE music and of course the resulting questions of responsibility and criminality.

Idiocratie : There is a million ways and reasons to be ashamed but the postmodern world seems to know no shame anymore. Is there a religious background behind the text of Sutcliffe Jugend ?
SJ : Shame has stifled free speech and debate, right? That's what it's all about, it's a stealth form of censorship. We hide the things that shame us all the time. Not because it's an internal force, but an external force that influences us. It's self protection. I like the prefixes endo and exo, as in exoskeleton and endoskeleton. The external and the internal. In exo-behaviour, or external behaviour we all show shame, concern, empathy etc. for social reasons. When in reality our true endo-thought or feelings are contrary to those we choose to make public. Or at least we are indifferent to things that, in a social situation where we are compelled to agree with the general consensus. Some of us are less inclined to do so. We all know someone, someone we consider a true friend or ally who we can speak freely with, without irrational or ignorant snap judgements. It's kind of what works with musicians and writers and their relationship with people who understand their work and people on the periphery who don't. I think we have that kind of relationship with the people who listen to our music, there's a trust and understanding that develops as a byproduct of the time invested. We can speak freely and honestly without judgement. Most people in the post industrial scene are intelligent, inquisitive and knowledgeable, so it's a good creative environment, not hindered or stifled by too much negativity or prejudice.
I know on a personal level shame is not an emotion I can relate to, so I'm a victim of that myself. I struggle with all terms for such things, pride, hate, envy and all the other terms for human emotions and feelings, they're so over simplified, closed definitions that are alien to me. Language although at times so brutal, beautiful and elegant, ultimately fails us with it's limitations and interpretations. Another favourite term of mine 'the exponential lie of perception' fits well here. The post-Christian shaming we see today in the media and online, I'm sure has links to religion and control. I would suspect the innate drive to believe and the need for hope are hard wired and part of the evolution of any highly intelligent life, so it's kind of inevitable. There is for sure, a hidden undercurrent of baiting and religious mockery in what we do. As so often is the case, it's for our own amusement and another futile kick against misplaced authority, nothing more than that. It feels like a cheap shot, so it's something we don't do often. We really have no agenda regards trying to change anything.

Idiocratie : Musically Shame or Offal have a very unique identity: brutal yet sometimes melodic, radical yet intimistic, power electronic but very rock'n roll. One can wonder which other kind of arts, painting, readings, or musical influence, inspired you ? 
SJ : That's a difficult question to answer. A review suggested a similarity to Morrissey in the way a particular song from 'Shame' was written and delivered. It started me thinking about other lyricists and how I find more affinity with the likes of Morrissey, Lou Reed, Ian Curtis, Nick Cave, and Leonard Cohen than I do to any PE or post industrial lyric writer. It's a strange mix I've chosen and I'm not suggesting I'm even close to any of those guys quality wise, or even content wise. However, I can relate to something about each. Musically there's too much to mention, my tastes are just too varied, I like pretty much all forms of music, but I probably only like a handful of artists in each genre, whether that be classical, jazz, experimental, industrial or whatever. I have broad tastes in the arts, and in life, I have few prejudices. Swans live are a tour de force in their latest guise, so they've been an inspiration. If I had to pick one song that stood out though it would be 'Hello Voyager!' by Evangelista. It's the one song that never fails to blow me away. As with Morrissey, I don't have to agree with the sentiment or to share the same plight, although with this track I do connect. I'd like to say I'm into pure content, but I have aesthetic tastes also, and some kind of intellectual possession is still important to me. I guess I can like high or low art in equal measures. I've always been drawn to Francis Bacon of course, for me his paintings best capture the violence of the tormented soul. The book of interviews with David Sylvester is articulate as anything I've read on art, and I felt a strong connection to much of what he suggests regards his motives. I wonder with many people working in the arts how much truth we get from them regards motive, the need to sell by justifying their art in moral terms, is both inevitable, and a real shame. It ruins and softens the impact and leads to so much mediocrity. 



Idiocratie : Do you favor collaboration with other sort of arts in your work ?
SJ : I will often paint or sketch images relating to our music,some of which ends up on the album covers. I have done some work for film and video, and that's something I think we are suited to and we are keen to explore further. It really depends on the individual project and it's merits. It's difficult, because one has to be careful not to dilute, taint or misrepresent what it is you or anyone else is doing.

Idiocratie : The same year, your album « The Muse » wanders in more peaceful territories than Offal or Shame. Will you continue to develop more this aspect of your work ? Does it signal another path ?
SJ : 'The Muse' was not our first spoken word album of course, and it won't be our last. The first was 'Blue Rabbit', and we really weren't sure how that album would be received, it was very introspective and virtually the polar opposite of everything else we'd released. 'The Muse' is a continuation of that. I'm just finishing work on a collection of spoken word tracks at the moment. Hopefully that will be released later this year. Spoken word is something I'm keen to explore more in future, the words dictate the way in which it's delivered. 

Idiocratie : You played in London on february 3rd, 2017 for the festival “Hinoeuma, the malediction”. How did you appreciate this live ? What is the importance of live performance for Sutcliffe Jugend ?


SJ : It's now essential that we play live, although at first it was a difficult decision to make because it had to be right. Certain tracks we rehearse cry out to be played live. When we're in the studio and everything is turned up to ten and the music is intense and devours your consciousness, you know you have to try and recapture that live. The London show had moments like that, although it was difficult for us to enjoy it because we were battling with poor sound on stage. We've been mixing the more aggressive tracks with almost trance like sections. I've always used vocal loops and Paul has always used guitar loops, so when we both feel a track is starting to create some interesting patterns we naturally start to build things up into an ecstatic climax and try and hold the music in that trance like state for as long as possible. There really is nothing better.



Idiocratie : Do you feel that there is a new dynamic today in industrial scene ?
SJ : I'm not the best person to ask really, but I do keep a passing interest in what's going on. Naturally it's grown and diversified as all 'scenes' do. I think the diversification has been good, although a crowded scene inevitably causes dilution. The advent of the internet has changed how things work and really made it difficult for small labels with illegal downloading and streaming sites. However it's a great market place so there's good and bad aspects.

Idiocratie : What are your plans for the future and the projects or collaboration you're working on today ? (and when and where do you plan to play live next?
 SJ : What one has to understand is the evolutionary process within a band, so we have certain projects planned and then who knows where after that. It is often a survival of the fittest when it comes to ideas,. A good idea will stick and survive the test of time. We have an album coming out called 'Nude And Full Of Wounds' recorded with an American poet called Matthew Soko, he reads his own poems and a couple of my own, to which Paul and I have added music. It was a refreshingly different way of working for us, so we're really pleased with the way it turned out. He creates interesting vignettes and had a great voice and delivery, so we hope we've somehow help enhance what he does.
I've just finished another spoken word album, potentially a double CD, although I may separate it into two parts. I guess it's kind of a follow up to 'Blue Rabbit' in so far as I've worked alone on the project. It deals with my usual subjects, but mortality, the effects of time and relationships are also explored. Paul and I have started working on new material, so depending how long it takes to reach fruition, we may have another album ready later in the year. We will have to see how things develop.


Sutcliffe Jugend sera prochainement en concert au MaschineFest à Oberhausen en Allemagne le 29 octobre 2017. 

Dernières sorties : 





[1] William Bennett, fondateur de White House (formation à géométrie variable qui a vu passer Philip Best, Peter Sotos, Kevin Tomkins, Glenn Michael Wallis, John Murphy ou Steven Stapleton) a choisi ce nom en référence à Constance Mary Whitehouse, figure de proue de l’activisme ultraconservateur de l’ère Thatcher. Mary Whitehouse se trouvait partager son patronyme avec le titre d’une revue pornographique de l’époque.  

dimanche 22 octobre 2017

Lancement de la revue Idiocratie



Chers idiocrates et idiologues,

Merci à toutes celles et à tous ceux (non on ne fera pas le coup de l’écriture inclusive, même pour rire) qui ont contribué à la souscription. Les derniers envois de numéros partiront ce lundi et vous devriez recevoir vos numéros en 2-3 jours. Nous vous invitons d'ores et déjà à découvrir le sommaire du numéro :



Nous laisserons encore actif le pot commun quelques temps, jusqu’à ce que nous ayons mis en place une interface plus pratique afin de commander les numéros en ligne.

Pour commander en ligne, il suffit donc de nous adresser 10 € sur le Pot Commun (leur site prend une commission d’un euro, vous pouvez vous contenter de 9 € si vous voulez être pile au prix) ce qui correspond au prix d’un numéro (7 €) et aux frais de port pour chaque envoi (3 €).


Le soutien reçu nous permet déjà d’envisager de nous lancer dans l’aventure pour un deuxième numéro (mais il faudra attendre quelques mois pour qu’il voit le jour). Si vous désirez vous abonner pour plusieurs numéros ou commander plusieurs numéros zéro d’un coup, il vous suffit donc de multiplier le chiffre 10 par le nombre de numéros désirés et surtout de préciser par message privé à l’adresse bienvenueenidiocratie@gmail.com ce que vous désirez recevoir (abonnement ou numéro multiples) et surtout ne pas oublier de nous préciser votre adresse postale pour l’envoi. 

Nous aurons la joie de fêter la sortie de ce numéro zéro d’Idiocratie le 31 octobre au Bateau Ivre, 28 rue de la Visitation à Rennes et le 4 novembre Chez Barak, au 29 rue de Sambre et Meuse, métro Belleville, à partir de 19h. En attendant d’autres réjouissances et soirées qui seront organisées par la suite.

Au programme de ces deux soirées de lancement : lectures, musique et toasts multiples ! Des exemplaires du numéro zéro seront bien sûr en vente au cours de chaque soirée, au prix de 7 €. 

Venez nombreux !