jeudi 11 janvier 2018

Le Nouvel An d'Emile Boutefeu

Avec Emile Boutefeu, cadre festif, le Nouvel An, c'est un contrat win-win.






Le réveillon



J’ai pécho une socialo

championne de volley-ball

aimant trop la Salsa

« expat’ » au Canada






jeudi 28 décembre 2017

L'endive de Noël



Le 13 décembre, deux enseignantes emmènent leurs 83 élèves visionner le dernier dessin animé produit par Sony Pictures et réalisé par Timothy Reckart, L’Etoile de Noël, au cinéma de Langon, en Gironde. Soudain, en pleine séance, les deux enseignantes, pétrifiées d’horreur, réalisent que le film qui, rappelons-le, s’intitule L’ETOILE DE NOEL, évoque l’épisode de la Nativité en narrant l’histoire d’un gentil petit âne qui va se joindre à ses copains les animaux et aux rois mages pour aller saluer le petit Jésus dans son étable. On nage en effet en pleine pornographie mystique. Conscientes que le film heurte frontalement les principes de la laïcité, expose leurs élèves à une odieuse propagande christiano-centrée et menace les fondements de la civilisation telle que nous la connaissons, les deux enseignantes décident d’interrompre immédiatement la séance et de fuir ce lieu de perdition, sous le regard désolé du gérant de la salle de cinéma se confondant en excuses et promettant remboursement et intérêts pour cet affront aux bonnes mœurs totalement indépendant de sa volonté. 

Encore sous le choc, les enseignantes ont confié s’être aperçues au cours de la séance « qu'il y avait un problème de thématique et qu'il ne correspondait pas au choix qu'elles avaient fait. » Il est vrai que le titre comme l’affiche du film, particulièrement cryptiques, ne laissaient rien deviner de son contenu et qu’il a peut-être semblé accessoire de se renseigner un peu plus sur le film que les élèves allaient voir. A ce compte là, on peut aussi bien piocher au hasard et coller sans faire exprès des écoliers devant Salo ou les cent vingt journées de Sodome pour s’apercevoir au milieu de la séance qu’il y a « un petit problème de thématique ». Cela dit, c’est vrai que Pier Paolo Pasolini ne parle pas du tout de la Nativité dans Salo, ça serait donc peut-être passé comme une lettre à la poste.

Il y a des jours où la découverte de l’actualité vous fait éprouver concrètement ce sentiment étrange que Freud baptisait l’unheimlich, l’ « inquiétante étrangeté », cette impression déroutante que le quotidien que vous retrouvez au matin n’est plus le même que celui que vous croyiez avoir abandonné avec sérénité le soir d’avant. La société est-elle devenue folle ou est-ce simplement vous qui prenez enfin conscience que vous êtes bon pour les urgences psychiatriques ? Il paraît que durant les quelques jours qui ont entouré Noël, il est devenu fort suspect d’adresser un « Joyeux Noël ! » enjoué à ceux que l’on croise. J’en étais resté à Antoine Griezmann se faisant traiter de raciste parce qu’il se déguise en basketteur noir membre de son équipe favorite et à Miss France 2018 se faisant taxer de néo-colonialisme parce qu’elle a osé taxer la chevelure de celle qui l’avait précédée en 2017 de « crinière de lionne » et voilà que j’apprends qu’en bon ravi de la crèche, parfaitement ignorant des sujets et débats en cours, j’ai, pendant au moins deux jours, gravement insulté et discriminé mes contemporains et mis en péril le vivre-ensemble en adressant un « Joyeux Noël ! » funeste au boulanger, au boucher ou au conducteur du bus. Et pour en rajouter dans l’obscène, comme je n’ai strictement rien à faire de l’écriture inclusive et que cela me fatigue de faire bégayer la langue, je refuse catégoriquement d’ajouter une terminaison féminine au trois professions que je viens de citer, aggravant irrémédiablement mon cas. 

La laïcité est en France une thématique sensible et cela ne date pas d’hier. Déjà, au début du XXe siècle, les socialistes allemands se désespéraient que, pour leurs coreligionnaires français, l’anticléricalisme soit devenu une obsession plus essentielle que le culte de la lutte des classes. « Qu’ont donc les socialistes français à se jeter dans l’anticléricalisme vulgaire ? »[1], fulminait en 1902 nos voisins germains. D’autant que l’un des chefs de file du socialisme allemand, Karl Kautsky, ne partageait pas vraiment la répugnance de ses collègues français vis-à-vis du christianisme, auquel il reconnaissait quelques vertus bien socialistes : « mais quoi qu’il en soit, la tendance à supprimer les antagonismes de classes se concilie fort bien avec la doctrine chrétienne des évangiles. On peut se considérer comme un excellent chrétien, et cependant prendre la part la plus ardente à la lutte des classes. »[2] Qu’importe. En France on ne l’entendait pas de cette oreille et quelles que soient les exigences de la lutte des classes, la laïcité figurait au premier rang des combats du siècle. S’exprimant le 30 juillet 1904 à Castres sur les liens entre République et religion, Jaurès proclamait : « Dans aucun des actes de la vie civile, politique ou sociale, la démocratie ne fait intervenir, légalement, la question religieuse. Elle respecte, elle assure l’entière et nécessaire liberté de toutes les consciences, de toutes les croyances, de tous les cultes, mais elle ne fait d’aucun dogme la règle et le fondement de la vie sociale. »[3] Devenue un principe directeur à partir de la loi de 1905, la laïcité a traversé  bien des combats pour se figer elle-même, à l’aube du XXIe siècle, en un dogme étrange dont les partisans semblent parfois sur le point de réinstaurer le culte robespierriste de l’Être Suprême et sont plus attentifs que pour toute autre religion aux empiétements du catholicisme. 

Kautsky n’avait pas tort en 1902 de parler d’une obsession française. C’en est une plus que jamais et le retour du religieux en ce début de XXIe siècle, dans un contexte de terrorisme islamiste, fige et exacerbe les postures militantes jusqu’à l’absurde dans des réflexes qui sont tout autant d’ordre psychologique que politique. La réaction de panique et la polémique au sujet de L’Etoile de Noël ou la polémique autour du « Joyeux Noël ! », auquel il faudrait préférer « Bonnes fêtes ! », dévoile une sorte de réflexe conditionné militant, irrationnel et pavlovien, méconnaissant même l’idée jaurésienne de laïcité basée sur l’égalité des conditions dans le cadre républicain plutôt que sur l’oblitération complète des marques de sensibilité religieuse jusque dans le langage ou la culture.

Si l’on veut pousser jusqu’à l’absurde cette définition extrême de la laïcité, on pourra s’inspirer d’un épisode d’un autre dessin animé américain que les deux enseignantes girondines auraient pu montrer à leurs élèves. Dans un épisode dédié à Noël, les créateurs de la série South Park, Matt Stone et Trey Parker, imaginent que le spectacle de Noël de l’école de la petite bourgade de South Park est vivement critiqué par différentes communautés de la ville en raison de l’affichage de symboles trop discriminants pour diverses raisons : Jésus, sapin, bœuf, étoile de Noël et même le Père Noël, considéré comme un symbole de l’hétéropatriarcat sexiste. Pour finir, à force de revendications, le spectacle épuré à l’extrême finit par ressembler à une performance d’art contemporain : les enfants de l’école, en collant gris intégral, exécutent des arabesques abstraites sur du Philip Glass et les parents se plaignent du fait qu’ils n’ont jamais assisté à un spectacle aussi ennuyeux. L’épisode a été diffusé il y a quelques années déjà mais il avait parfaitement saisi le caractère extraordinairement subversif de Noël, symbole par excellence d’une spécificité culturelle cristallisant les passions politiques. Il y a quelques jours, dans la nuit du 24 au 25 décembre, un acte de malveillance frappant la crèche de Viverols dans le Puy-de-Dôme, est venu rappeler l’importance de Noël dans l’imaginaire politique et militant : le petit Jésus a été volé dans la crèche et remplacé par une endive accompagnée d’un message dénonçant la politique européenne de contrôle des migrants. L’auteur du méfait a peut-être voulu suggérer par là autre chose et proposer un remède radical à nos polémiques de fin d’année : on n’emmènera plus désormais les écoliers voir que L’Endive de Noël et l’on ne s’adressera plus nos vœux que par la formule « Bonne endive ! » en lieu et place de « Joyeux Noël ! » Avec un peu de Philip Glass pour remplacer les cantiques et des Pères/Mères Noël en collant gris pour ne choquer personne ça devrait contenter tout le monde et nous permettre de jouir d’un vivre-ensemble aussi ennuyeux et sinistre que consensuel. Sur ce, je me permets de souhaiter à tous les lecteurs de cet article, une bonne endive de fin d’année.




Publié sur le FigaroVox

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[1] L’exclamation est de Karl Kautsky et fut rapportée par Emile POULAT dans la revue « Socialisme et anticléricalisme. Une enquête socialiste internationale (1902-1903). » Archives des sciences sociales des religions. n° 10, Juillet-Décembre 1960. p. 109
[2] Karl KAUTSKY. Cité par Emile Poulat. p. 114
[3] Jean Jaurès. « République, démocratie et laïcité ». Discours prononcé à Castres le 30 juillet 1904. 

jeudi 21 décembre 2017

La tribune d'Emile Boutefeu



 Suite des aventures d'Emile Boutefeu, cadre pro-actif, épris de justice.


Une libération

- Vous êtes donc veuve ?
- Ouais, on peut le dire comme ça.
- Le retour à la solitude, après 30 ans de vie commune, est, j’imagine, une épreuve terrible.
- En fait, carrément pas. Sur la fin, avec sa maladie, il souffrait tout le temps. Moi, les gens qui se plaignent, ça me saoule, en fait. Ça me gave grave.
- Vous êtes donc heureuse ?
- On peut le dire comme ça. Ouais.

Le public applaudit. Standing ovation.





lundi 11 décembre 2017

Imprécis d'anarchie taoïste




         Daniel Giraud est un nom très commun qui va bien à celui qui ne fait que passer dans le monde sans vouloir à tout prix y laisser son empreinte. Pourtant, cet « illustre inconnu » compte parmi nos plus talentueux dilettantes, tour à tour métaphysicien du vide, intellectuel anarchique, poète égaré, romancier voyageur, traducteur du chinois, diariste incertain, apprenti astrologue et même chanteur de blues. Son dernier opuscule Tao et anarchie est à son image : une succession d’aphorismes, sans ordre, sans importance, avec une petite musique de fond qui rappelle que « la vie intérieure et l’action sociale sont deux choses qui s’excluent ».
Il nous invite à cheminer avec deux maîtres en désorientation, Max Stirner et Tchouang-Tseu, du côté de la « sublime porte de l’anarchie ». Nulle théorie dans ces pages inspirées, illustrées fugacement par François Matton, mais une sorte de viatique pour l’homme libéré de lui-même. Les grands auteurs du taoïsme y croisent les philosophes intempestifs et, bien sûr, les penseurs de l’anarchisme individualiste – les autres anarchistes, les théoriciens de la révolution, ont sans doute trop cherché à renverser l’ordre établi pour ne pas être dupes de la société dans laquelle ils s’imaginaient être le reflet inversé. Ne nous y trompons pas, la tonalité de l’ouvrage demeure radicale ; il faut juste aller la chercher à la racine de ce qui est : l’existence à vide qui s’oppose en tous points à la construction sociale. Le poète Renzo Novatore en a parfaitement défini les lignes de fuite : « Quiconque explore son être intérieur pour en extirper ce qui est caché projette une ombre qui éclipse toute forme de société existant sous le soleil ».

Daniel Giraud (né en 1946), s’il conserve parfois – rarement, c’est heureux !– quelques tics de la pensée gauchiste des années 1970, parvient à nous entraîner sur les pentes de l’esprit et nous rappelle avec Paul Valéry que « toute mystique est un vase d’anarchie ». Les taoïstes sont d’ailleurs plus « philosophes » en la matière puisqu’ils savaient que les empires chinois ne renfermaient que de la prétention, du trop plein, du pouvoir politique. Ils leur suffisaient de manier le paradoxe pour s’en extirper, cœurs joyeux et esprits libres. 
   
Evidemment, aujourd’hui, l’Etat rapace nous enserre profondément dans ses tenailles et il est de plus en plus difficile de s’en libérer. Les pseudo-révolutionnaires en appellent encore au grand soir sans trop y croire. La population, lessivée, se livre corps et âme à la consommation ; en vérité, elle se dévore elle-même. Dans un tel monde, nous naviguons à vue avec les rescapés de l’existence égarée et savons trop bien que le dernier mot appartient aux pirates : « Buvant, puis buvant encore, tombant à terre et se relevant pour boire, c’est ainsi qu’on atteint à la libération ». Tchouang-Tseu se marre bien avec ses amis les « individualistes souriants » qui roulent sur le parterre universel.      


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samedi 9 décembre 2017

La joie

Un sourire interminablement béant barre le visage aux traits dilatés par l'extase photogénique. Rieurs et vides, les yeux écarquillés par le bonheur surjoué ouvrent dans ce masque jouissant deux autres béances au fond desquelles une lueur de joie feinte laisse à peine deviner le faible clapotis de l'âme.

La tête est inclinée vers l'arrière, la gorge découverte déglutit la joie avec force. Le râtelier saillant de dents immaculées rend par contraste immense la caverne de la bouche, distendue par cet effort démesuré pour convaincre qu'il faut jouir. Cette femme ne sourit pas, elle est en train de braire.

Photographiée à mi-hanche, vêtue d'un petit débardeur rouge mettant de manière réglementaire en valeur un décolleté approprié, elle tient presque les mains jointes devant elle, secouée par la crise d'hilarité silencieuse, figée par cette joie de papier glacé dans une posture de mante religieuse, avide de dévorer l'existence à pleine dent.


Sur l'affiche publicitaire, une enseigne de grande distribution vante en lettres de sang les mérites culinaires d'une bolognaise à 3€50. 







samedi 2 décembre 2017

La newsletter d'Emile Boutefeu

     Suite des aventures d'Emile Boutefeu, cadre pro-actif et soupirant 2.0




Meetic

Je bois je rote sans même t’attendre
De toute façon, tu ne viendras pas
Je boxe l’air d’un air las
Et vocifère sur les passantes















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vendredi 24 novembre 2017

Charles Manson superstar... du système



https://www.youtube.com/watch?v=WHkx4JsqSqA
 
On ne devient pas le plus célèbre prisonnier des Etats-Unis par l’effet du hasard. Les crimes sauvages, perpétrés dans la chaleur suffocante de l’été 1969, par la « Famille Manson » révèlent l’autre facette de l’American way of life : celle du cauchemar sous acides. Depuis cette date, le regard magnétique de Charles Manson tient l'Amérique sous la menace du "démon", menace d'autant plus forte que la nation est placée sous le signe de Dieu (God bless America). En vérité, les deux versants du rêve communient ensemble  dans la société du spectacle qui naît à l’orée des années 1970 : Manson en est à la fois l’icône et la victime. Il représente le mal absolu dont le système a besoin pour se prévaloir du souverain bien.
Depuis cette date, la partition a été jouée de multiples fois avec, d’un côté, les rebelles de la contre-culture qui se gargarisent de renverser toutes les idoles et, de l’autre, les représentants du système qui font rempart de leurs corps institués pour assurer aux « bons » citoyens un semblant de sécurité. Pendant ce temps, à l’ombre du spectacle, la machine économique dédouble de férocité pour soumettre l’ensemble du vivant à la valeur marchande. En effet, c’est le capital « qui a brisé toutes les distinctions idéales du vrai et du faux, du bien et du mal, pour asseoir une loi radicale des équivalences et des échanges, la loi d’airain de son pouvoir »[1] ?

 https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=Ev0IeBnGk8s

Dans ce contexte, Charles Manson a finalement joué le rôle qu’on attendait de lui : celui du double maléfique. La part du mal à laquelle toute société est inévitablement confrontée quand bien même ladite société se prétend « démocratique » et « humaniste ». Or, à l’évidence, cela relève de la fable. Au contraire, Manson est un pur produit du système. Il appartient à la fraction de plus en plus importante des individus qui ne servent à rien dans le système de production, ceux que l’on appelle des « rebuts » : « ce qu’il y a de plus vil, de plus méprisable dans un groupe ». Il est simplement l’un de ces « hommes en trop » qui se retourne contre le système dont il est le pur produit. 
Manson en a parfaitement conscience lorsqu’il déclare aux juges, non sans provocation : « Ces enfants qui viennent à vous avec leurs couteaux sont vos enfants. C’est par vous qu’ils ont été éduqués ». En effet, le « gourou » sait de quoi il parle : fils d’une mère alcoolique et d’un père inconnu, il est éduqué par des tuteurs sadiques avant d’être envoyé en maison de correction et dans divers établissements pénitenciers pour de multiples infractions. En 1967, à la veille de sa dernière libération, il fait d’ailleurs savoir aux gardiens qu’il n’a aucune envie de retourner avec les « maniaques du dehors ». On connaît la suite. Manson profite de son magnétisme indéniable pour se couler dans la contre-culture naissante : psychédélisme sous LSD, vie communautaire « libre », discours pseudo-spirituel, encens et bricolage musical, etc. Sans oublier, bien sûr, l’autre versant de cette culture soi-disant alternative : solitudes désolées, narcissisme maladif et délires égotiques. 

https://www.youtube.com/watch?v=XJrrQ2apjVg

En tous les cas, Manson prépare sa revanche contre la société. L’élaboration du plan ne relève pas le moins que l'on puisse dire du génie criminel : il compte faire assassiner de riches blancs en utilisant les symboles des Black Panters afin de provoquer une guerre raciale au terme de laquelle il apparaîtra comme le sauveur ! A cet égard, il faut rappeler que Manson n’est pas l’assassin mais le commanditaire de la dizaine de meurtres qui vont émailler la conduite rocambolesque de ce plan. Il est rapidement arrêté avec plusieurs membres de sa « famille psychédélique ». 
Le procès qui s’ouvre le 15 juin 1970 sera le plus long et le plus onéreux des Etats-Unis. Il inaugure la justice spectacle. Dignes de Hollywood, tous les acteurs se surpassent pour élever le fait divers au rang de récit mythique. Charles Manson en tête, la petite frappe se métamorphose en gourou satanique qui s’est rayé lui-même de la société, comme est censé le prouver la croix gammée qu’il s’est incisé entre les yeux. Le procureur développe un trésor d’ingéniosité pour transformer les crimes crapuleux en un véritable plan diabolique orchestré contre l’ordre établi. L’une des accusée, Susan Atkins, avouera plus tard que l’interprétation délirante de la chanson « Helter Skelter » des Beatles (comme motivation des crimes) lui a été fortement inspiré par les enquêteurs. Au plus haut niveau de l’Etat, c’est le président lui-même, Richard Nixon (fraîchement élu en 1969), qui se sert du procès pour se draper dans les oripeaux du protecteur de la nation. Le public éberlué suit les épisodes du procès comme celui d’une série en attendant que le rideau tombe. Le 29 mars 1971, Manson est condamné à la peine de mort – sentence commuée en peine de prison à vie en 1972. On le sait d’avance, le tueur en série qu’il n’est pas et que se plaisent à décrire les journalistes ne sortira jamais de prison. C’est l’autre rançon de la célébrité. Il s’est éteint le 19 novembre 2017.

https://www.youtube.com/watch?v=9p9UficlHnQ
Cette affaire nous semble symptomatique d’une nouvelle gestion des affects en milieu capitaliste inhospitalier. Le cas Manson a permis d’absolutiser une figure somme toute banale du crime pour en faire un mal originaire, impénétrable, avec ses réminiscences religieuses et son lot de sensationnalisme. En contrepoint, l’Etat joue sur toutes les palettes de la peur des citoyens (sexe, drogue, secte) pour se présenter comme le gardien des valeurs et le garant de l’ordre. Ce qui n’était sans doute pas prévu au départ, c’est que la figure de Manson n’a cessé d’attirer à elle de nombreux artistes qui en ont fait l’un des mythes constitutifs de la contre-culture. Par ce phénomène, il a tout simplement été possible de convertir le ressentiment des déclassés et autres rebuts du système en décharges culturelles – l’on sait comment les révoltes de mai 68 sont devenus à la fois le carburant et l’alibi du néolibéralisme.  

https://www.youtube.com/watch?v=trATiIBtl_s

Cette posture s’est finalement démultipliée au cours des années suivantes pour former les deux versants d’une même réalité sociale : sa face transparente et sa face nocturne – les deux étant intimement liés dans la répartition et l’inversion des rôles. Aujourd’hui, les gagnants de la mondialisation s’abreuvent très largement à la contre-culture tandis que cette dernière fonctionne tranquillement avec les codes du marché. Les traders se prennent volontiers pour des gangsters sans foi ni loi – Mathieu Pigasse est un « punk de la finance » ! – tandis que les bonnes consciences altermondialistes en appellent au développement durable. On comprend mieux pourquoi, dans un tel monde, Charles Manson est devenu l’icône de la contre-culture comme Che Guevara est celle de la révolution. L’un et l’autre ont été vidés de leur substance et parfaitement intégrés dans le dispositif spectaculaire-marchand.

https://www.youtube.com/watch?v=ovEtrZ52rss






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[1] Jean Baudrillard, Simulacres et simulation, 1981.