samedi 11 mars 2017

Trainspotting 2 : Il n'y a pas de losers heureux


Déçus ou enthousiastes tous semblent s'accorder sur un point : le deuxième Trainspotting serait divertissant, donc dispensable. Nous pensons au contraire que ce film était nécessaire.

https://www.youtube.com/watch?v=CWWd-4pi3zQ

Nécessaire car il révèle le profond pessimisme qui habite Danny Boyle et que sa pratique virtuose du détournement de l'esthétique du clip occulte trop souvent. Nécessaire également car le premier Trainspotting contribuait à sa manière, syncopée et déglinguée, à l’entretien des illusions lyriques propres à la jeunesse : pittoresque de la bohème, drôlerie de l’échec, grandeur de la « rock ‘n’ roll way of life »... 20 ans après, ce folklore ne tient plus et il faut être un fieffé crétin pour croire encore aux vertus subversives du rock ‘n’ roll. Le premier Trainspotting était un film punk, or, nous savons aujourd’hui que le punk est une impasse, qui mène les plus intègres à la clochardisation. Pour les punks, la survie implique obligatoirement la récupération - « There is no alternative » - et c’est le drame des protagonistes de Trainspotting, que d’être devenus, au fil du temps, parfaitement irrécupérables. Toutefois, on l’oublie souvent, Renton et sa clique, fans d'Iggy Pop, héroïnomanes à l'ère des raves et des drogues de synthèse, étaient déjà dans le premier Trainspotting des has been, et, à leur façon, de jeunes vieux. D’emblée obsolètes, ils n’étaient sauvés de la ringardisation que par l’inconscience de leur jeune âge. Elle leur fait défaut désormais, et, arrivés en fin de partie, leurs visages marqués semblent anticiper le prochain coup du sort, la prochaine trahison.


Naturellement, on reprochera à ce second Trainspotting d’être moins drôle, moins léger, un peu poussif, et c’est bien normal: Trainspotting 2 est avant tout un film sur le temps, sur sa façon insidieuse de distendre les visages, d'alourdir les corps, d'assécher les âmes, de nous rendre chaque jour plus étrangers à nous-mêmes, à nos proches, en dépit des exercices réguliers et des réminiscences toujours plus laborieuses, effectués sous le regard navré des nouvelles générations, nos remplaçants. Peu étonnant que ce film déplaise : la vieillesse est pour notre époque le seul sujet de scandale et en la mettant en scène, Boyle reste fidèle à l’esprit iconoclaste du punk originel. Comme Renton, nous sommes devenus des « touristes de notre propre jeunesse », tâchant d’oublier, à grands renfort de revivals et de vintage, le temps qui passe et nous accable. Peut-être, Danny Boyle a t-il voulu piéger son propre public ? Nous aurions tant aimé que les personnages de Trainspotting conservent leur vivacité, leur fraîcheur, restent jeunes dans leur tête. Hélas, c’était impossible, nous le savons désormais.


Trainspotting 2 traite également de ce temps collectif et majusculaire que l'on appelait jadis l'Histoire. Et en 20 ans de mondialisation, celle-ci n'a pas chômé. Ce film permet une mise en perspective historique des tribulations de nos amis ce qui le rend émouvant, et bien plus riche d’enseignements que n’importe quel Ken Loach.
C'est la fin d'un monde, celui de la descendance directe du prolétariat britannique, laminé par le néo-libéralisme, dépossédé de sa mémoire. Si certains aspects de la dégradation de sa condition sont évoqués de manière elliptique - notamment l'immigration de masse, presque éludée en une réplique sybilline de Spud (« pourquoi partir ? Je suis le dernier indigène du quartier! »), Boyle s'attarde sur les métamorphoses du monde urbain : centre-villes devenus musées, barres d'immeubles désaffectées dans l'attente de démolition, profusion de buildings en verre, bars lounge... Dans ce nouveau contexte, le devenir du pub, lieu de sociabilité familiale dans le premier Trainspotting paraît le symbole de cette fin d’un monde : désormais seul bâtiment debout au beau milieu d'une friche immobilière, il attend sa reconversion en « sauna », comprendre : en néo-bordel.
Boyle nous présente également la débâcle des hommes, des white male de plus de quarante ans voués aux gémonies par les nouveaux pouvoirs. Ce monde ne tient plus que par les femmes, toutes aussi usées que leurs maris, mais qui assument humblement leurs rôles de passeuses en élevant leur progéniture, et quelle progéniture ! Fils à maman graciles et invertébrés, minets prostrés devant leurs jeux vidéos, ou bien investis corps et âmes en d’ineptes études - « hôtellerie et management » !
L’Histoire est donc toujours cette marâtre, intraitable pour les sans grades et petites gens auxquels elle n'offre pour tout avenir, en ses périodes fastes, que la fosse commune ; en ses moments apaisés, le chômage de masse, le pain et les jeux - demain, le revenu universel et la drogue légale…

https://www.youtube.com/watch?v=qLgrTk7Gr38Trainspotting reste le film d'une génération, celle qui, ayant eu 20 ans en 1995, en parfaite cocue de l'Histoire, aura gâché sa jeunesse à regarder passer les trains, coincée entre le lyrisme envahissant des soixante-huitards et la muflerie 2.0 de ses cadets. Trop lucide pour adhérer à son époque mais trop ricanante et avachie pour lui opposer quoi que ce soit de valable. Une génération perdue, quelques vies pour rien. Renton, Sick Boy, Spud, Begbie, chacun pourraient faire sienne cette réplique d’un roman classique, qui ne sera donc jamais culte – et encore moins vintage, réplique qui signe l'échec d’ une existence : « C'est là ce que nous avons eu de meilleur! »

François Gerfault

lundi 6 mars 2017

Massacre présidentiel





        Depuis le tour de passe-passe de Chirac en 2002, l'hyperprésidence de Sarkozy et la "normalitude" de François Hollande, il était devenu habituel d'entendre que nous avions à la tête de l'Etat des gens très compétents pour prendre le pouvoir, mais forts peu capables de l'exercer. Voilà au moins un trait détestable de la vie politique française qui s'efface, puisque nous avons désormais des candidats de droite et de gauche parfaitement infoutus de conquérir le pouvoir et donc, en toute logique, de l'exercer. On objectera que François Fillon fut déjà Premier ministre. Mais servir de paillasson à Nicolas Sarkozy durant cinq ans peut-il être réellement qualifié d'expérience déterminante en termes d'exercice du pouvoir suprême? On ne le saura peut-être jamais tant son propre camp semble désormais décidé à le mettre sur la touche. Quant à Benoît Hamon, en tant que ministre de l'Education intérimaire, il n'eut même pas le temps de connaître une rentrée des classes. Pour le dire vite, il fallait juste quelqu'un pour servir de concierge rue de Grenelle, pendant la pause estivale de 2014. 

Le fait se confirme en tout cas : il y a bien une malédiction des primaires, plus terrible que celle de Toutankhamon. A gauche comme à droite, les ténors supposés ont été écartés par des électeurs mal embouchés qui n'ont adoubé que les perdants pour le match présidentiel. François Fillon et Benoît Hamon dans la course à la présidence, c'est un peu comme si vous lanciez Teddy Riner avec une jambe cassée sur un tricycle pour faire le Tour de France ou Sébastien Chabal avec des skis aux pieds dans l'épreuve de natation des Jeux Olympiques. Teddy Riner a beau être très fort, comme François Fillon semblait l'être à l'issue des primaires, si vous lui cassez une jambe et que vous le collez sur un tricycle en bas du col du Ventoux, il n'ira pas bien loin. Quant à Benoît Hamon, qui est un peu aux présidentielles ce que le T-Shirt Che Guevara est à la conscientisation politique, si vous êtes un électeur de gauche et que vous avez contribué à son intrônisation à l'issue de la primaire de gauche, vous risquez d'obtenir le même résultat qu'en propulsant Sébastien Chabal chaussé de skis dans un bassin olympique: dans les deux cas ils coulent.

On pourra dire, à la décharge des électeurs de François Fillon, qu'ils ne savaient pas forcément que leur poulain risquait de se retrouver avec la magistrature française sur le dos, dans le cadre d'une opération mani pulite à la française qu'on sent un peu (mais juste un peu) téléguidée par l'Elysée et Bercy. Les (derniers) partisans de François Fillon clament encore que les fonds qu'il a employés pour payer son épouse faisaient partie d'une enveloppe parlementaire dont l'usage est à la discrétion du député et qu'il est, de fait, très difficile de mesurer le travail d'une attachée parlementaire. Il n'y aurait donc pas réellement d'éléments permettant de faire déboucher l'instruction judiciaire sur une condamnation, le "système Fillon" ne reflètant au pire que la culture du népotisme partagée par toute la classe politique française, à droite comme à gauche. Qu'importe, l'occasion était peut-être trop belle de coller une mise en examen sur le dos d'un candidat trop estampillé "conservateur catholique" pour pouvoir être toléré plus longtemps dans la cour des grands. 

On remarque que la justice est moins diligente dans le cas d'Emmanuel Macron, accusé par les députés Christian Jacob et Philippe Vigier d'avoir détourné 120 000 euros d'argent public au bénéfice de sa campagne électorale; une accusation formulée sur la base des révélations faites par les journalistes Frédéric Says et Marion L'Hour dans leur ouvrage Dans l'enfer de Bercy (éd. J.C. Lattès)[1]: "Emmanuel Macron a utilisé à lui seul 80% de l'enveloppe annuelle des frais de représentation accordée à son ministère par le Budget. En seulement huit mois, jusqu'à sa démission en août". Dans cet ouvrage tout à fait passionnant, les deux journalistes, l'une en poste au service économique de France Inter et l'autre journaliste politique à France Culture, nous révèlent les liens très privilégiés entretenus par le ministère des Finances et la présidence de la République. De là à imaginer que l'actuel locataire de l'Elysée a adoubé le très europhile Macron et compte bien sur la crémation judiciaire de Fillon au premier tour et sur le "front républicain" au second pour faire passer Prince Vaillant aux manettes, on serait presque tentés de devenir complotistes. Bon, en ce qui concerne Benoît Hamon, pas d'inquiétude et pas de problème avec la justice, seulement une erreur de casting. Là, en revanche, on ne peut pas dire que ses électeurs n'étaient pas au courant. Comment faut-il nommer les partisans de Benoît Hamon au fait ? Les "hamonites" ? C'est pas un genre de fossile, ça ? 

                                  Mouvement des jeunes fillonistes serrant les rangs face à l'adversité

Nous voilà donc, à un mois et demi des présidentielles, face à un quarté original : en tête une Marine Le Pen et un Emmanuel Macron dont l'affrontement au second tour, s'il avait bien lieu comme tous les sondages le pronostiquent, avaliserait la mise au rencard du vieux clivage gauche-droite au profit d'une franche opposition entre boniment europhile et démagogie antilibérale, et au bas du podium François Fillon, ravalé médiatiquement au rang de candidat de la "Manif Pour Tous", et Benoît Hamon, avec sa Brigade anti-discriminations et son Revenu Universel, candidat des nostalgiques de Nuit Debout et du prêt-à-penser de la révolution libertaire. En somme, les deux candidats sociétaux, peu à peu lâchés l'un comme l'autre par leurs troupes et leur famille politique. Il n'y a pas qu'aux inaugurations de la LGV présidées par François Hollande qu'on se fait tirer dans les pattes. 

Ainsi, pendant que le duel attendu entre la France d'en bas et la France d'en haut se prépare, les seconds couteaux supposés rejouent un vieux scénario gauche-droite que les médias adorent: celui de la France réactionnaire et rance contre les partisans du progressisme éclairé ; Fillon dimanche au Trocadéro  pour lancer un appel solennel et quelque peu désespéré au peuple de droite et la gauche comme-il-faut à République pour protester contre l'appel de Fillon. Oui, mais voilà, comme le titrait Laurent Binet en 2012 dans son récit-hagiographie de la campagne de François Hollande : Rien ne se passe comme prévu[1] Voilà que François Fillon a transformé son baroud d'honneur en démonstration de force au Trocadéro. Voilà soudain que le cortège funéraire s'est transformé en sacre populaire, au grand dam des barons de la droite et des seconds couteaux qui s'entendaient déjà pour préparer la sortie du candidat Fillon. On ne se lancera pas, à ce stade, dans les prévisions hasardeuses mais une chose est sûre: François Fillon n'a pas donné l'impression qu'il était sur le départ. Il se paye même le luxe de s'offrir, en lieu et place d'un discours d'adieu, une sorte d'adoubement gaullien marqué par un discours volontaire qui, pour un peu, s'inscrirait presque dans une tradition de dénonciation, très fidèle à l'esprit des débuts de la Ve République, de la dictature des partis. C'est la seule chance qui reste à François Fillon:  jouer la carte gaullienne de l'homme providentiel, seul contre tous mais prêt à tendre la main à ceux qui dans sa famille politique se sont prononcés peut-être un peu trop vite sur sa mort politique. Face à une opinion aussi lassée de sa classe politique, le candidat des Républicains sait qu'il peut avantageusement troquer sa défroque de mis en examen contre celle de l'inflexible revenu de tout. Quelle alternative s'offre d'ailleurs sérieusement à une droite qui risquerait, en activant un illusoire plan B, de précipiter une partie de son électorat dans les bras de Marine Le Pen et d'annihiler plus sûrement encore ses dernières chances de remporter l'élection ?

Reste à savoir ce qui sortira de la réunion du Comité politique des Républicains. François Fillon semblait cependant pleinement mesurer ses atouts sur le plateau du 20h dimanche soir, affirmant avec un calme certain sa détermination et sa volonté de ne pas se laisser dicter sa conduite "par des présidents de régions et des candidats malheureux à la primaire de la droite et du centre." A ce petit jeu, Fillon est assez fort. La manière dont il avait rappelé à David Pujadas, lors du troisième débat de la primaire de droite, que les candidats et non les journalistes étaient maîtres du débat lui avait déjà permis de se démarquer de ses adversaires. Cette fois, Fillon semble être en mesure de rappeler à son propre parti qu'il reste maître du jeu en tant que candidat désigné par 4 millions de personnes, capable qui plus est de rassembler en quelques jours une foule de manifestants venue braver la pluie et la tempête judiciaire pour le soutenir. Finalement, il ne se débrouille pas si mal Teddy Riner avec son tricycle et sa jambe cassée.


Article publié sur Causeur.fr


[1]    http://www.20minutes.fr/economie/2001831-20170125-enfer-bercy-president-protectionniste-heurterait-mur-obstacles-bercy
[2]     http://www.liberation.fr/apps/2017/03/compteur-lacheurs-fillon/
[3]     Laurent Binet. Rien ne se passe comme prévu. Librairie Générale Française. Le Livre de poche. 2013

dimanche 5 mars 2017

Si t'as pas d'amis, prends un Curly

A gauche, à droite, sur les bords et au milieu, tout le monde le reconnaît, cette campagne présidentielle 2017 c'est du grand n'importe quoi. Après que les électeurs aient flingué les ténors des grands partis en confondant primaires et concours de ball-trap, les petits nouveaux en ont profité pour s'en donner à coeur joie, Hamon passant l'arme vraiment à gauche pour aller turlupiner Mélenchon dans son pré carré révolutionnaire et Fillon s'envolant vers les cimes de la consécration tatchéro-gaullienne. Adieu, veaux, Valls, cochons ! Place à la radicalité nouvelle, aux candidats sociétaux, au choc des titans, Le candidat de la Manif Pour Tous contre celui de Nuit Debout !
Mais en France, pas moyen de s'amuser, il a fallu que la justice s'en mêle et vienne gâcher la fête. D'autant que l'Elysée, conscient que la ligne PS s'évaporait entre le défunt vallsisme et l'hamonisme évaporé, avait semble-t-il choisi son candidat de rechange et décidé de lui donner un petit coup de pouce en laissant tomber le vilain petit Benoît et en lâchant quelques canards bien déchaînés et des juges fort opportunément remontés à bloc aux trousses du trop droitier Fillon. Celui-ci apprit donc à ses dépens que se lancer dans une campagne présidentielle en jouant les défenseurs de la vertu est un jeu dangereux. Cela revient à peu près à se jeter dans une fosse à purin avec un costard blanc et s'étonner après coup que ça tâche. Voilà donc le blanc Fillon abattu en plein vol, crotté comme un porcelet au salon de l'agriculture, plus faisandé qu'une tranche de bœuf sur un étal en fin de marché, embroché par l'épée de la justice et rôti comme un poulet sur le grill médiatique.


Aujourd'hui c'est dimanche, c'est le jour du Seigneur. C'est aussi peut-être aussi le jour de la Résurrection pour François Fillon que beaucoup voient déjà mis au tombeau. On appréciera au passage la fidélité et le sens de l'honneur de l'animal politique. Sur le compteur mis en ligne par ces salauds de Libé, on dénombre 258 lâchages avec en tête de liste Bruno Le Maire, qui déclarait à propos de François Fillon, dans le Grand Rendez-vous, sur Europe 1, le 20 février : « S'il a décidé en âme et conscience d'aller jusqu'au bout dans cette campagne, c'est qu'il sait que dans tout ce qui lui est reproché, rien ne justifie qu'il soit mis en examen. » Comme le temps passe ! Cela, c'était il y a deux semaines, autant dire une éternité ! Maintenant que le glaive de la mise en examen s'est abattu sur le couple Fillon, tous les amis de trente ans et les bons camarades se carapatent et se jettent hors du Titanic de la droite filloniste, en espérant bien être repêchés par les deux autres navires amiraux, le vieux croiseur Juppé et le porte-avion Sarkozy qui naviguent pour le moment à bonne distance de ces eaux dangereuses...Même Thierry Solère, le fidèle des fidèles, s'est jeté à toute vitesse dans un canot de sauvetage.C'est moche...Maigre consolation, dans un océan de malheur, Henry de Lesquen annonce qu'il retire sa candidature au profit de François Fillon pour "aider ce dernier à lutter contre l'oligarchie cosmopolite". On aurait plutôt tendance à nommer ça un coup de grâce plutôt qu'un coup de main. Mais qui sait ? Peut-être que Jean-Luc Mélenchon va se décider à rejoindre à son tour le nouveau camp des insoumis ? Ou alors il enverra au moins son hologramme.



Et s'il n'y avait que les juges, les canards déchaînés et les faux-alliés politiques pour déprimer le pauvre François Fillon...Mais les internautes s'en donnent aussi à cœur joie pour lui souhaiter un joyeux anniversaire, en ce jour où il fête ses soixante-trois ans. Sous le hashtag #UnCadeauPourFillon, Twitter s'en donne à cœur joie en proposant quelques idées de cadeaux au candidat malheureux :

1) Un exemplaire de La Bonne paye :


2) Un boomerang doré :


3) Un gri-gri :


4) Un canon de DCA pour pulvériser les opposants et un abonnement au Canard enchaîné:



Et la meilleure suggestion : un Curly, parce que "Si t'as pas d'amis, prends un Curly !" (pas pu retrouver le tweet, si l'auteur se reconnaît, qu'il se manifeste à l'accueil) :


Certains imaginent aussi une jurisprudence originale à partir des affaires Fillon-Le Pen:





Mais au vu de la tournure que prend la campagne, étant bien entendu qu'il importe avant tout de respecter l'Etat de droit, la justice et la presse, et sans présager d'aucun résultat futur, il est tout de même temps de penser à un petit cadeau, ou plutôt à un lot de consolation à adresser aux ardents défenseurs du droit, qui proclament actuellement la main sur le coeur que tout se fait bien sûr dans l'intérêt de la démocratie ; on ne sait jamais, c'est juste au cas où, au deuxième tour, malgré la déchéance de François Fillon et la béatification d'Emmanuel Macron, le plan ne fonctionnait pas exactement comme prévu :


samedi 4 mars 2017

La Vérité est ailleurs


  Un petit test idiot de culture théologico-politique.

 

Il n’y a pas de culture française, mais des cultures en France. Macron l’a dit. Donc, vous pouvez déjà vous classer dans chacune des cases, sur une échelle de zéro à cinq ?

1 - Le bouddhiste : soyez cool tout de suite, dans la vie faut pas s’en faire, et tout ira bien
2 - Le djihadiste : on les tuera tous, et nous on ira au paradis
3 - Le salafiste, le brahmane : soyez purs à l’ancienne, tous les autres sont de la merde
4 - Le musulman conservateur, l’hindou lambda ; soyez religieux selon la coutume, et tout ira bien pour vous
5 - Le musulman progressiste, l’athée d’héritage musulman : grâce à l’ijtihad, on n’est pas coupable de djihad.
6 - Le juif : il existe toutes les sortes de juifs. Les uns croient que Dieu a fait alliance avec eux, d’autres pas
7 - Le catho de droite : rendez à César ce qui est dû à César, mais pas trop, n’oubliez pas Dieu et que hors de l’Eglise point de salut
8 - Le catho de gauche : Dieu est progressiste, je suis progressiste
9 - Le révolutionnaire athée d’héritage chrétien : Dieu n’existe pas, je suis progressiste.
10 - Le protestant : la damnation existe, je fais toujours le bien, donc je ne suis pas damné, CQFD
11 - Le déiste : je crois en Dieu. Le bien l’emporte sur le mal, si je le veux. Or je le veux. CQFD
12 - L’agnostique : si Dieu existe, on n’en voit pas la trace. Vivons sans, pour le mieux.
13- L’athée d’héritage chrétien : si Dieu n’existe pas, vivons pour le mieux.
14 - Version mixte stoïque : on n’en voit que la trace, mais vivons religieux.
15 - Version mixte épicurienne : on n’en voit pas la trace. Carpe diem, jouissons.

dimanche 26 février 2017

Populisme d'en bas contre populisme d'en haut


On le sait, l’idéologie apprécie peu le réel, elle s’en moque, et ne le considère qu’à la condition qu’il la conforte. On le sait moins, nous sommes tous des idéologues car qui pense, pense toujours à partir de son giron – velléité protagoricienne, nous sommes, dans le jugement de valeur, toujours la mesure de toute chose, mais toute chose n’est pas à notre mesure et ce qui marque la dignité de celui qui s’essaye à la Pensée revient justement à savoir qu’à la fin il ne saura rien. Socrate corrige Nietzsche. Les choses se gâtent quand Nietzsche se confond avec Socrate.

 
Ainsi le pauvre Théo, fruit de la fixation mentale d’une élite « artistique » qui rejoue, au bord du gouffre, la ritournelle qu’elle joue depuis quarante ans, dans un ultime tour de piste, persuadée de s’offusquer contre une vérité directement sortie de Dupont Lajoie et qui, depuis le film d’Yves Boisset, s’est a minima atténuée. Le flic de Cabu, ivrogne raciste, espèce de S. A. en béret, déambulant en meute à la recherche de jeunes beurs à ratonner histoire de distraire sa cuite, a fait long feu pour laisser place à une réalité ultra violente plus proche du Détroit de Robocop que d’un film français ou d’une chanson de rap conscient des années 90. Mais peu importe puisque Patrick Bruel, Omar Sy, Josiane Balasko et Steevy Gustave (sic), pour ne citer qu’eux, entendent bien s’amuser encore au jeu de la bienpensance hypostasiée en vertu rebelle, sans payer quoi que ce soit puisque, comme d’habitude, c’est la réalité qui rince. Pourrait-on leur reprocher cet aveuglement criminel, le refus des faits qui semblent à mesure que l’enquête progresse instiller une relation plus complexe des événements ? Non, ils donnent leur avis auquel ils s’accrochent, sans se soucier d’y réfléchir, parce qu’il définit les limites d’un monde qui est le leur et qu’ils habitent heureux, qu’ils ont construits selon leurs repères eux-mêmes circonscrits entre un compte en banque, a priori plutôt bien approvisionné, un ou deux arrondissement parisiens, et leurs amis dont on peut parier qu’ils naviguent entre les mêmes frontières citadines, munis des mêmes richesses. Ceux-là forment un peuple, certes privilégié, mais un peuple malgré tout qui, comme tout peuple, peine à imaginer qu’il ne puisse pas envisager toute chose à sa mesure et qu’en dehors de lui existent des réalités différentes soumises à des conditions qui ne soient pas simplement les variations plus ou moins ample d’un bonheur promis à tous. Que le chaos tonne par delà leur univers, ils ne le mesurent pas, que gronde la révolte, peu leur importe pour la raison qu’ils ne désirent pas se révolter et que le chaos demeure une vue de l’esprit pour ceux-là qui connaissent depuis longtemps l’ordre, le luxe, le calme et la volupté.



On parle beaucoup de populisme ces temps-ci, la pétition pour Théo en figure un flagrant exemple : l’expression directe d’un ressenti que rien ne fonde autrement que parce qu’il est partagé par ceux qui l’expriment. Populisme d’en haut dont on peut se demander s’il est, à bon droit, si différent de celui d’en bas que l’on pourrait résumer d’un slogan en deux mots : un « ça suffit ! » – reconnaissons-le – légitime lancé à l’encontre de celui d’en haut. En revanche, il n’est pas certain que le populisme d’en bas soit la solution à celui d’en haut et qu’au contraire de lui il pense soudain et s’acharne à la mesure socratique au détriment de l’Hubris nietzschéenne pour laquelle un fait se limite à un interprétation relative à un ventre, ni que cette décence commune que certains invoquent et que l’on n’a jamais vu nulle part, pour la raison qu’elle n’est jamais populaire mais aristocratique – quand même elle se manifeste chez des gens du peuple –, soit une décence plus « vraie » que celle de Josiane Balasko, Patrick Bruel, Omar sy ou Steevy Gustave (sic), pour ne citer qu’eux. D’ailleurs on imagine sans peine que le populisme soit rien moins que l’idée fixe de l’élite étendue aux dimensions du peuple, et réciproquement ; cela s’appelle la démocratie et cela n’empêche pas le gouffre…


samedi 18 février 2017

Mauvaise nouvelle pour les idiots : l’idiocratie est une bonne nouvelle


La conversation est ouverte entre MauvaiseNouvelle et Idiocratie ! Une joute courtoise  ? Non un zinc bavard tout au plus.

MauvaiseNouvelle : Nous pourrions commencer par nous interroger sur les deux noms de nos sites et notre volonté d'avoir créé ces sites. Je perçois pour ma part, que ce soit dans le nom d'Idiocratie ou de Mauvaise Nouvelle la volonté de révéler toute l'ironie du temps. L'ironie du sort est pour moi le seul et unique moteur à toute narration. Tel est Dieu qui finit cadavre, et tel est cadavre qui devient nourriture. L'arroseur arrosé redevient arroseur. C'est en percevant l'ironie nichée dans notre monde que nous pouvons encore muter ce dernier en écrits, faire en sorte qu'il se livre. C'est aussi une façon pour nous d'y échapper, de ne pas être assimilé à la vulgarité qui nous inonde. Son pathétique mélodrame ne nous ferait réclamer qu’une consolation. Je revendique la tragédie. Je m'interroge cependant toujours sur ce qui nous pousse à vouloir exister dans cette gigantesque marge qu'est Internet, à épouser cette vanité. A écrire dans l'océan pour des surfers...


Pourquoi s'inscrire dans cette gratuité qui consiste à écrire à la face du monde? Moi, j'en ressens la nécessité tout comme le pathétique. Le fait de faire de l'ironie sur l'ironie nous permet cependant parfois d'échapper à notre propre mélodrame... Le ridicule nous sauve. Je perçois néanmoins une différence de ton induite par les deux titres : Idiocratie et Mauvaise Nouvelle. Je discerne d'avantage de légèreté dans Idiocratie et une certaine gravité dans mon titre. Quand on se veut l’apôtre de la mauvaise nouvelle, c'est certain que l'on doit pêcher par excès de sérieux. Je peux me le reprocher sans parvenir néanmoins à y échapper. Je suis l'écorché vif qui tâtonne dans le poisseux, l'ado mal dégorgé qui croit encore écrire pour la gloire de Dieu et le salut du monde... Et je regarde le mot Idiocratie tantôt avec envie, j'aimerais bien narguer le lecteur, et tantôt avec dédain. Je me rassure alors en me disant que ce mot d'Idiocratie ne peut abriter que des dandy réactionnaires qui jouissent paisiblement de la mauvaise marche monde, retiré dans leur leur marge à s'enfumer tout seul. Et je construis une icône du combat du Dandy contre le Saint. La vérité est outrancière et le Saint est un fou, et nous et nous et nous... Pourquoi se donne-t-on tant de mal ?

Idiocratie : Il est amusant de commencer par comparer les noms de nos deux blogs. Celui d'Idiocratie est né de la perspective d'une mauvaise nouvelle, dans la phase finale de la fin de campagne 2012, qui nous annonçait la confrontation de deux médiocrités politiques. De là est né d'abord le nom Idiocratie. Constat simpliste fait sur un coin de bar, vers deux heures du matin, un soir d'octobre 2011: "nous voilà en plein dans le règne des idiots, de l'idiotie, de l'idiotie satisfaite." Voilà quelle était notre épiphanie inversée, l'annonce de la désincarnation finale du corps politique, la mauvaise nouvelle accueillie par les rires et les sarcasmes de deux idiots qui n'ont rien trouvé de mieux que de décider d'en faire un blog et de le baptiser en hommage à une comédie américaine imaginant un monde futuriste livré à la célébration de la bêtise.

Mais si la création du blog Idiocratie correspondait a un besoin d'exutoire, nous ne pouvions nous restreindre à limiter son existence à l'enflement et au désenflement du soufflé électoral. Au fil du temps et des articles dont, comme dans Mauvaise Nouvelle, nous avons décidé de ne pas limiter les thématiques, c'est une autre identité d'idiot(s) qui s'est progressivement affirmée. L’idiot revendique donc de manière délibérée son particularisme étriqué et son droit à tourner en dérision l’interdiction qui lui est signifiée d’être idiot et à refuser l’injonction qui lui est faite de sacrifier son particularisme à la Grandeur de l’Universel. Au Juste descendu de son Olympe pour lui reprocher son simplisme et son entêtement, l’idiot répond simplement : « moi aussi j’irai un jour vivre en Théorie, parce qu’en Théorie tout se passe bien. » Profitant de la position du fou qui est celle du blogueur en termes d'échec, nous avons décidé néanmoins de garder en tête la sage maxime de Chesterton « La légende est en général l’œuvre de la majorité des habitants d’un village, qui sont sains d’esprit. Le livre d’histoire est en général écrit par le seul homme du village qui soit fou. » Ce qui nous amenait tout à la fois à considérer que la position du fou est bien pratique pour tracer des diagonales au travers de la linéarité désespérante de la majorité et échapper, comme tu le dis, à sa vulgarité désespérante, mais à nous souvenir également que de la légende ou de l'histoire nous n'avions pas décidé après tout quelle était la plus vraie. Nous devions donc nous contenter de jouer le rôle des idiots à la naïveté clairvoyante ou à la lucidité idiote, comme le Prince Mychkine de Dostoïevski (dont le réalisateur russe Yuri Bykov vient de donner une illustration surprenante il y a peu avec le film L'Idiot !  - "Dyrak !" dans le titre original qui signifie plutôt "connard !" en russe) et nous rappeler dans le même temps que les idiots ne reste que des idiots dont internet charrie le torrent, comme le monde jette les imbéciles les uns contre les autres comme le dit Bernanos. Constat qui a imposé une sorte de règle non-dite et implicite: au pays du web 2.0 extraverti au possible, les Idiots ne signent jamais leurs articles, règle suivie avec malice par quelques invités, ce qui a poussé quelques lecteurs fidèles à s'agacer: "on ne sait jamais qui écrit quoi chez vous". Et c'est tant mieux...Que l'icône métamorphe de l'idiot prennent ainsi tour à tour les traits du dandy réactionnaire, du conspirateur pour rire ou du polémiste à la petite semaine puisque plus on est d'idiots et plus on rit !

MauvaiseNouvelle : Plus on est d’idiots et plus on rit, et plus on est d’apôtres de la mauvaise nouvelle, moins on se sent le bienvenue dans sa famille, son pays. Contrairement aux idiots, ceux que nous convions sur MN sont appelés à signer de leurs noms et même à assumer leur tronche. Des pseudos viennent bien souvent à la rescousse de cette mise à nu demandée. Nos invités interviewés sont incorporés à ce bataillon, assimilés à des contributeurs et donc à ces apôtres de la mauvaise nouvelle. Il y a comme une volonté de les salir, comme nous avons eu celle d’incarner des sortes de suicidés éternels comme dirait Hermann Hesse. Nous voulons qu’un maximum soient vu comme des oiseaux de mauvais augure de la part des leurs. Pour dire la vérité, je suis obsédé par ces fresques appelées « danse des morts » que l’on trouve dans certaines églises, comme à la chaise dieu. Il s’agissait d’intercaler tous les archétypes de la société avec des squelettes. Le principe était, en période de passage de la grande faucheuse, de la mort noire, de montrer avec ironie l’égalitarisme dans lequel nous plaçait la mort. L’annonce de la mauvaise nouvelle, ce n’est rien d’autre que cette danse des morts, rien d’autre que placer le squelette de chacun dans le miroir dans lequel il se mire et se recoiffe. Et c’est malgré tout une danse, car il ne faudrait pas tomber dans le pathétique tout de même ! J’avoue même jouir d’annoncer la mauvaise nouvelle, j’avoue cultiver ce malin plaisir à gâcher la fête, dans cette société arrivée en fin de soirée, comme l’hurluberlu qui a le vin triste et fait chier tout le monde avant l’aube. C’est l’after-triste que l’on réserve pour tous. Mais ce choix d’être le trouble fête des « satisfaits du temps présent » implique automatiquement un sacrifice : nous et ce qui osent nous côtoyer, s’approcher de nous. Les idiots ?... Nous sommes contagieux, Mauvaise Nouvelle ne demande qu’à se propager comme la rumeur. Notre mur de contributeurs est un mur de chasse, quasiment un cimetière, une collection de squelettes que nous intercalons avec nos lecteurs. Et dire que repus de cet esthétisme romantique, nous osons affirmer que l’annonce de la mauvaise nouvelle est utile au salut du monde… Nous sommes donc certains de nous tromper alors que les idiots peuvent peut être encore avoir raison.




(à suivre...)

mercredi 15 février 2017

Les primaires, la belle fumisterie populaire !



C’était entendu, les primaires devaient constituer une innovation déterminante dans le paysage politique d’une France toujours en retard; un progrès démocratique indéniable, la preuve irréfutable qu’on laissait les gens enfin s’exprimer. Quelques semaines après la fin du grand cirque, le nouveau dispositif apparaît pour ce qu’il a toujours été : une arnaque de haut vol. Mais attention tout de même à bien prendre conscience des enjeux : on n’évolue pas ici dans la grivèlerie de bas étage ou l’embrouille de brocanteur, c’est de la belle entourloupe dont il est question, c’est de grand art dont on vous parle messieurs-dames, pas d'un vol à la tire mais bien du braquage du siècle : celui de trente millions d’électeurs. 


Dans l’un de ses ouvrages, Bertold Brecht raconte une belle histoire qui fait beaucoup penser aux primaires. Il était une fois en Chine un empereur très impopulaire confronté à une grave crise agricole qui jetait dans la famine la moitié du pays. Face au mécontentement du pays, l’empereur décida alors d’organiser un grand concours d’éloquence auquel il invitait à participer tous ses sujets. Le concours remporta immédiatement un vif succès tant chacun était soucieux de démontrer son talent et sa supériorité sur ses rivaux, tant et si bien qu’on ne parla bientôt plus du tout de la famine mais seulement du concours d’éloquence et que l’empereur put habilement sauver sa tête. Les choses se sont peut-être passées différemment au royaume de France ; François Hollande n’a pas réussi lui à sauver sa tête, pas plus que celle de son remuant disciple, le bouillant Manuel. Il aura toutefois réussi un beau tour de passe-passe pour tenter de sauver une dernière fois la République des copains en pleine déliquescence.

Ainsi, il était une fois un pays dont le président était si impopulaire qu’il décida de ne pas se représenter devant les urnes de peur de se prendre une veste magistrale. En son propre parti, de vils frondeurs avaient décidé d’organiser un concours d'éloquence pour désigner son successeur. Le favori du président fut battu et les urnes désignèrent le leader des frontistes rebelles comme vainqueur. Dans le camp adverse, chez LR, on avait évincé en grande pompe un autre ex-président et un vieil éléphant fatigué pour désigner un frais poulain plébiscité par les gogos conservateurs qui en faisait leur champion. On allait voir ce qu'on allait voir, le changement ce devait être maintenant. On a vu.


Alors que la panique gagnait le navire socialiste, fuyant de toute part, il a suffit que François Hollande se choisisse un nouveau favori en la personne d'Emmanuel Macron et que Bercy téléguide une petite enquête de moralité sur le nouveau Monsieur Propre de LR pour que toutes l'armure scintillante de François Fillon vole en éclat. A deux doigts de la mise en examen, Fillon qui ne comprend même pas ce qu'on lui reproche, tant ces pratiques sont répandues chez ses confrères, risque d'exploser en plein vol, laissant la place au prestidigitateur Macron qui saura peut-être se frayer un chemin jusqu'au premier tour avant d'émerger en sauveur de la République au second face à Marine Le Pen...« C'est la revanche de Dreyfus », braillait Maurras à son procès. « Et ben voilà celle de Jospin », ricane Hollande dans son bureau. Mais pas si vite. N'oublions pas, perdus dans les arcanes du complotisme électoral, enivrés de machiavélisme et fascinés par l'arithmétique du pouvoir qu'il reste une inconnue à gauche : Benoît Hamon, vainqueur des primaires de la « belle alliance populaire ».

Attendez pardon, qui ça ? Benoît qui ? Vous parlez du petit mec aux oreilles décollées avec son revenu universel ? Soyons clairs, il n'est peut-être pas aussi fusillé que Fillon mais sa victoire ne vaut pas mieux que celle de l'homme aux sourcils en forme de parachutes (dorés). Fillon a remporté une victoire éclatante en surfant sur la détestation de Nicolas Sarkozy. Benoit Hamon a, lui, vaincu sans gloire contre des tocards détestés dans leur propre camp, au cours d'une primaire en comité restreint que la Haute Autorité du PS s'est échinée à présenter comme un succès populaire mais dont il a fallu traficoter de façon pathétique les chiffres de participation pour hisser l'événement au-dessus d'un match de division 2 en termes d'intérêt populaire. Benoît Hamon peut rouler des mécaniques mais pour le moment il est le roi de la mare au canard et son concurrent direct, Jean-Luc Mélenchon, reste le boss du marigot d'en face, autrement plus remuant. 


Comme à droite précédemment, les électeurs de gauche se sont fait plaisir au cours de leurs primaires en élisant « le candidat de la vraie gauche », celui qui va « régénérer idéologiquement le PS ». Pourtant, à lire un programme à peu près aussi vide qu'un manifeste de Nuit Debout, on devine qu'Hamon ne va pas régénérer grand-chose. Volet économique : zéro. Affaires étrangères : absentes. Perspectives : fumeuses. La seule bonne idée dont on peut créditer Benoit Hamon est celle de la prise en compte de la destruction du travail par l'automatisation des tâches dans les sociétés post-industrielles. Pour résoudre la difficulté, Benoit Hamon propose de créer un revenu universel sans conditions pour les 18-25 ans, ce qui, en termes de politique de l'embauche, revient à créer une sorte de Center Parc du travail où l'on parquera tous les oisifs.

Donc, si l’on résume, les primaires ont investi un mort-vivant à droite et un caniche à gauche. Le premier, Fillon, s’est présenté avec un programme d’austérité ultralibérale qui a fait saliver de bonheur les retraités aisés. Les hérauts du libéralisme triomphant ont enrobé tout cela de la logorrhée habituelle : la croissance en berne, la dette abyssale, la fiscalité insupportable, etc. tandis que les députés s’imaginaient déjà embaucher la femme, le neveu et la vieille tante dans la future Assemblée nationale de 2017. Patatras ! Le chevalier blanc se révèle être ce qu’il a toujours été : un politicien professionnel qui a fait toute sa carrière sur les bancs de la droite partisane, le doigt sur la couture du pantalon, et a vécu sous les ors de la République, toujours prêt à recevoir un peu de ses prébendes. 


Le deuxième, Hamon, est du même acabit. Il a charmé pour ne pas dire envoûté la vieille clientèle du gauchisme bon teint avec un programme soit disant utopique dont le contenu se révèle bien pauvre. Hormis le revenu universel, toute la panoplie du bobo urbain et bien-pensant y est passée : une couche d’écologie et de bien-être, un enfonçage de portes ouvertes sur la discrimination, l’accueil chaleureux des migrants, etc. Les parlementaires ont un peu tiqué mais le monde médiatico-culturel, quand il n’est pas tombé en pâmoison devant Macron, s’est réjoui de cette fraîcheur politique et de cette humble frimousse. C’est vrai que Hamon nous semble un gars bien sympathique. Il n’empêche que, à l’instar de Fillon, il est un pur produit de l’appareil politique du PS – ce que l’on appelait auparavant un apparatchik – qui n’a jamais vu le moindre début d’un bout de travail salarié. Ce dernier peut bien se faire l’avocat de la raréfaction de l’emploi : il connaît bien son sujet. Pour un peu, il ressemblerait à un champion de l’austérité qui a été pris les mains dans le pot de confiture – pour rester poli.  Mais gare aux pronostics trop hâtifs. Le fade Hamon pourrait bien se glisser dans le peloton de tête si la mongolfière Macron finit par exploser à force d'avoir la grosse tête. Vous vous rappelez de la fable de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le boeuf ? Rendez-vous au prochain épisode alors.