La collection
‘Dyschroniques’ des Editions
du Passager Clandestin propose depuis quelques années la réédition
d’auteurs de Science-Fiction ou d’anticipation en format court, sous forme de
nouvelles d’une centaine de pages. Parmi ces pépites oubliées, on trouve Les
Retombées de Jean-Pierre Andrevon (1979), Faute de temps de John
Brunner (1963), Le Testament d’un enfant mort de Philippe Curval (1978),
Un logique nommé Joe de Murray Leinster (1946), Le Mercenaire de Marck Reynolds (1962) ou La Tour des
Damnées de Brian Aldiss (1968). Si l’essentiel de la collection – dix-huit
titres – présente des récits marqués par la guerre froide ou la terreur
nucléaire, 37
° Centigrades, de Lino Aldani, fait un peu exception en décrivant un
univers d’anticipation dominé par une sorte de totalitarisme doux, à la fois
hygiéniste et consumériste. Aldani, auteur prolifique et fondateur de la revue
de science-fiction italienne Futuro, au début des années 1960, n’a pas
attendu le grand ébrouement de mai 68 pour dénoncer une le dévoiement de
l’Etat-Providence, mis au service de la grande distribution, de l’injonction
festive et de la médicalisation de la société. Dans l’Italie du futur imaginée
par l’auteur, Nico Berti, citoyen de plus en plus désabusé, fait face aux
tracasseries constantes que lui cause la toute-puissante C.G.M., la Convention
Médicale Généralisée, sorte de Sécu dotée de pouvoirs coercitifs très étendus,
capable de vous coller une amende si vous oubliez de prendre votre température
ou si vous négligez en avril de ne pas vous découvrir d’un fil.
« Nico ressortit une
main, rien qu’un instant, la leva et agita les doigts pour un salut qui se
voulait amical. Puis il essaya de filer, de l’air du Monsieur qui n’a rien à se
reprocher.
Mais Esposito l’empoigna
par le bras :
-Gilets
de corps ?
-Je
suis en règle, déclara le jeune homme.
-Gros
tricot de laine ?
-Je
l’ai mis ! Je l’ai mis !
-C’est
bon, dit sans se démonter le petit homme de la C.G.M. Mais on ne prend jamais
assez de précautions, Monsieur Berti. En avril, ne te découvre pas d’un
fil ; aussi n’ôtez pas votre pardessus ; il y a une amende. »
Harcelé par le paternalisme
dictatorial de la C.G.M., les citoyens n’échappent pas non plus aux
sollicitations constantes de la publicité vantant par exemple les Levacars
(l’équivalent, on l’aura compris, des voitures volantes de Blade Runner)
Roëncit ou Demerces, ou tout autre produit, apparaissant sous toutes les formes
– néons, radio, hauts-parleurs, affiches – et à tous les endroits de la ville,
qui s’ajoutent aux recommandations constantes du consortium de santé.
« Toute personne trouvée sans son thermomètre est passible d’une amende de
trois cent quatre-vingt livres », avertit un panneau. « Seuls les
pauvres types vont à pied. L’homme qui connaît son affaire roule à 200 dans un
Roëncit, le Lévacar des temps modernes », proclame un autre.
Un jour, Nico en a assez de
supporter cette dictature des temps modernes et envoie tout balader –
conventionnement médical, Lévacar, pardessus et thermomètre – pour, redevenu un
homme libre et non protégé par l’Etat et l’industrie pharmaceutique, emmener sa
petite amie à la campagne – en conduisant vite et imprudemment comme un
véritable italien du temps de Dino Risi – et faire une orgie de repas
plantureux, d’alcool consommé sans modération et de siestes crapuleuses dans
les prés. L’escapade de Nico et de sa petite amie Doris se transforme en ode à
un hédonisme anarchiste, opposé à la jouissance asservie qu’une société
hypocondriaque tente d’imposer à tous. Mais bien évidemment, tout ne va pas se
passer aussi bien dans le meilleur des mondes libérés pour les deux
protagonistes de l’histoire…
Lino Aldani, figure
importante de la littérature de science-fiction en Italie, est resté en
revanche largement méconnu en France. Avec 37°Centigrades, il anticipe
de façon singulière le principe de précaution qui a envahi l’existence de l’homme
du XXIe siècle, harcelé par des recommandations incessantes, livré aux injonctions
les plus envahissantes des institutions, firmes et associations toujours un peu
plus soucieuses de sonder les reins et les cœurs. Pour la modique de 6 €, on
peut s’offrir une petite visite en 80 pages du futur cruel et burlesque
de Lino Aldani avant de revenir goûter aux paradoxes et aux tracasseries
ubuesques de notre présent.
Troisième extrait des Atticistes. Ou de la bonne manière de mener des réformes de l'éducation. "Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite"...
L’Education nationale décida de prendre des mesures dramatiques
pour préparer l’avenir. Elle créa donc des commissions pour préconiser une
réforme des programmes scolaires. En composant le groupe chargé de faire des
propositions sur l’enseignement des lettres, il allait de soi qu’on fit appel à
Marie-Albane de la Gonnerie. Alors que les discussions de la commission étaient
en cours, l’illustre sémiologue publia une tribune dans le Globe :
J’ai l’honneur de faire partie de la commission nommée par le
Ministre de l’Education nationale pour formuler des propositions sur ce que les
réactionnaires appellent encore l’enseignement des « lettres »,
vocable poussiéreux associé à « la culture » et à « la
transmission ». Les travaux de notre commission, et mes propres
convictions, m’obligent à m’attaquer au second de ces deux concepts.
La « transmission » est un euphémisme pour la rigidité
hiérarchique d’une société patriarcale, qui impose, avec la complicité de
l’école, une série de valeurs et d’institutions. Dans l’école d’aujourd’hui la
transmission, ennemie de la liberté, doit être bannie.
Ce qui doit la remplacer, c’est l’éveil. Tout ce
dont les élèves ont besoin, ils le portent en eux. Chaque enfant est un puits
de découvertes latentes, d’expériences sensorielles à mettre en branle, de
créativité. Le professeur doit être le serviteur fidèle qui tire la corde du
puits pour faire remonter le seau de trésors.
Il en va de même pour la langue. On dit que la langue est
fascisante, mais seulement celle qui est « enseignée ». Le
« français correct » n’est qu’une série de codes que les classes
dominantes dressent comme une muraille pour se protéger contre le peuple. Il
faut absolument arrêter d’enseigner aux enfants leur propre langue, dont eux
seuls sont les maîtres.
En ce qui concerne les textes dits « littéraires », ceux
justement qu’on utilise pour imposer aux enfants la dictature du phallologos,
ils doivent être interdits aux jeunes esprits avec toute la rigueur dont
autrefois on éloignait d’eux la « pornographie ». Ce qu’on appelle la
« littérature européenne » doit être rangée dans les caves des
bibliothèques, et étudié seulement par des spécialistes aussi pointus que ceux
qui se consacrent au déchiffrage des inscriptions étrusques. C’est précisément
en démolissant cette nouvelle Bastille que nous ferons naître le monde de
demain !
Deuxième extrait des Atticistes, d'Eugène Green. Déboires du cinéma "social". Peu de temps après la rentrée scolaire arriva une chose étrange
dans la Cité des Pivoines. Constantin Bouvier, cinéaste bien connu pour ses
films courageux s’attaquant aux problèmes sociaux, choisit cette zone urbaine
comme un des principaux lieux de tournage pour sa nouvelle réalisation, Les
Enfants des fleurs, dont il avait écrit le scénario avec la collaboration
de son épouse, Clémence Fromentin-Bouvier. Les rôles principaux devaient être
tenus par Karim Rouabah, Mathieu Gaudert et Christine Joufflin, que tous les
Pivoiniens connaissaient pour les avoir vus à la télévision. Mais il souhaitait
incorporer des éléments de la vie des vrais habitants de la cité, afin de faire
entrer dans la fiction « la réalité du documentaire ».
Son premier projet était de centrer cette recherche de la vérité
sur les nouveaux Français, dont il choisit, pour les représenter, la famille
Azzouzzi. Afin d’assurer la spontanéité de leur première rencontre, qu’il
souhaitait filmer, Constantin Bouvier se présenta un soir sans préavis, avec
une équipe légère, à la porte de leur appartement, où il entra avec
délicatesse, mais néanmoins avec fermeté. La réaction de M. Azzouzzi laissa le
cinéaste avec de nombreuses ecchymoses et plusieurs pansements au visage, de
sorte qu’il dut abandonner cette idée. A la suite d’un rapport de son équipe de
repérages, il aborda un jour Julien, alors que le garçon rentrait du lycée, et
lui fit part de son désir de filmer la vie de la famille Tertre.
-Pourquoi ne demandez-vous pas
plutôt à mes parents ?
-Je préfère, au nom de la
démocratie et du respect de la jeunesse, qu’une décision ne soit pas imposée
par le pater familias.
-Voulez-vous dire par mon
père ?
-On m’a dit que vous faisiez du
latin.
-Pourquoi demandez-vous à moi,
plutôt qu’à un autre jeune ?
-Je cherchais un cas qui sortait
du lot, et vous êtes, dans la Cité des Pivoines, un des rares Français de
souche.
-Je transmettrai votre demande aux
souches.
Julien tint sa promesse, ce qui occasionna chez les Tertre un
conseil de famille. L’idée d’être filmés chez eux n’enthousiasma pas Camille,
mais son fils cadet trouva la perspective très fraîche. Julien était curieux de
voir le déroulement d’un tournage, mais conservait des réticences vis-à-vis de
l’homme qui avait traité ses parents de souches. Susanne estimait que le film
pouvait aider la cause des communistes. Finalement, la décision collective fut
d’accepter.
Depuis La Sapienza, le travail de cinéaste d'Eugène Green commence à être connu d'un plus large public qui ignore cependant encore largement son oeuvre de romancier. En attendant une prochaine recension de son dernier ouvrage, L'Inconstance des Démons, voici quelques extraits des Atticistes, satire au vitriol du milieu intellectuel français publiée en 2012. Le premier extrait nous emmène à Rome à la fin des années soixante et nous amène à faire la connaissance de Lucien Amédée Astrafolli, universitaire renommé et "prince des Atticistes", capable lui aussi de raconter de belles histoires aux fonctionnaires de police.
A Rome on confia à M. Astrafolli la charge de conduire, une fois
par mois, les visites du siège de l’ambassade de France. Il montrait à ses
ouailles les beautés de l’architecture et des décors peints du palais, en
soulignant toutefois à quel point elles dépassaient les limites du bon goût, et
en leur opposant la justesse et la douceur de l’art français. Grâce aux
lumières de leur charmant « cicérone », les visiteurs finissaient
toujours par porter un regard très critique sur l’asianisme.
C’est également à Rome que s’est affermi le goût d’Amédée Lucien
Astrafolli pour les toilettes historiques. Vu le peu de tolérance des Romains
pour la fantaisie vestimentaire chez d’autres hommes, dans la journée il
renonçait à porter ces parures dans la rue, mais cette retenue n’était pas
toujours respectée lors de certaines de ses excursions nocturnes, où il
satisfaisait son penchant pour les garçons, acquis chez les jésuites. A cette
occasion, il lui arrivait de se vêtir des belles toilettes que normalement il
réservait pour son intérieur.
Une nuit, alors que, habillé en cardinal du XVIIe siècle, il
s’approchait de certains bosquets dans
le parc de la Villa Borghese, il fut surpris de rencontrer deux pères jésuites,
en tenue civile, dont il avait déjà fait la connaissance en d’autres
circonstances. Il était encore en train d’échanger des civilités avec eux quand
survint un homme, vêtu d’une combinaison de latex et tenant un fouet, que le
prince de l’Eglise reconnut comme le philosophe Paul Régimbart, avec qui il
s’était disputé dans une séance publique l’après-midi même. Dans ce nouveau contexte
les deux hommes se saluèrent courtoisement, et se complimentèrent sur
l’élégance de leurs tenues respectives, puis, après qu’Amédée Lucien Astrafolli
eût présenté son compatriote aux pères jésuites, toute la compagnie s’avança
vers les bosquets, où il y avait maintenant des signes d’activité.
Or, à peine ces messieurs eurent-ils fait un tour d’horizon des
jeunes chômeurs à la recherche d’un emploi que la sérénité sylvestre fut
troublée par l’irruption d’un groupe de policiers, qui amenèrent tout le monde
au commissariat. Les jeunes travailleurs furent mis en cellule, ce dont ils
avaient l’habitude, et d’où ils seraient libérés le lendemain matin. Mais
l’officier chargé d’interroger les quatre messieurs fut très surpris
d’apprendre leurs identités respectives.
Imperturbable maître de la rhétorique, Amédée Lucien Astrafolli se
mit à dissiper le malentendu : les pères jésuites et lui-même se
trouvaient dans ce lieu parce qu’ils cherchaient à remettre ces égarés sur le
chemin de la vertu. Les ecclésiastiques s’étaient vêtus en civil pour être
moins intimidants, tandis que son costume de cardinal était destiné à renforcer
le pouvoir de son discours, et à inciter ces garçons par le verbe seul, à
revenir dans le giron de la Sainte Eglise. Le fonctionnaire nota avec
exactitude tous ces détails.
Puis il demande comment expliquer la présence et la tenue du
philosophe. Malgré leur inimitié passée, l’atticiste magnanime dit que cet
homme faisait partie de leur groupe, et que, afin d’amener ces jeunes à une
lecture de son propre guide spirituel, qui était l’Imitation du Christ,
ce grand mystique prévoyait de leur faire subir certains des outrages de la
Passion.
L’officier ajouta ces éléments à son rapport. Puis, en contemplant
les quatre messieurs qui se trouvaient debout devant son bureau, il éclata de
rire. Quand il eut retrouvé son sérieux, il annonça qu’il n’y aurait pas de
poursuites, en conseillant cependant à cette confrérie de trouver d’autres
cadres pour ses œuvres charitables.
Après l’islamophobie,
l’homophobie, la transphobie, la xénophobie, la voilophobie, les frelons
asiatiques et Paris-plage, voici une nouvelle entrée du grand dictionnaire de
la phobologie et une nouvelle calamité s’abattant sur nous à la faveur de l’été :
l’orgasmophobie.
Remarqué au dernier
festival de Cannes avec son film Love, Gaspard Noé a vu ce qu’il
qualifie lui-même de « mélodrame pornographique » frappé d’une
interdiction aux moins de dix-huit ans. Arrière, messieurs les censeurs !
Aussitôt acté, le passage de l’interdiction de moins de seize ans à moins de
dix-huit ans, résultant d’un dépôt de référé par une association catholique, a
ému les bonnes âmes, révoltées par ce triomphe du fascisme moral. Même la
ministre de la culture, Fleur Pellerin, est montée au créneau pour défendre la
levrette en 3D pour tous tandis que Bernard Andrieu, autoproclamé philosophe des
corps défendus, s’est fendu au cours de ce mois d’août d’une tribune
dans Libération dénonçant « l’orgasmophobie » de la
magistrature, des élites, de la société, bref de la France rance et moisie dont
le conservatisme nous rappelle les heures les plus sombres…etc…etc…etc
Résumons (si vous avez
manqué le début). Le héros de Love s’appelle Murphy, comme dans la loi
du même nom et comme dans Robocop. Cependant, au lieu des emmerdes, lui
collectionne les gonzesses et il dégaine par ailleurs plus vite encore que le
cyborg du film de Paul Verhoeven. Mais voilà, la vieillesse, ça vous tombe
dessus sans crier gare. Un jour vous êtes au sommet, turgescent et triomphant,
régnant sur les corps et les sens et le lendemain, paf, ça y est, c’est bobonne
et la marmaille, vous êtes foutus, fini la brouette thaïlandaise, l’étreinte du
panda, la position de l’artilleur, adieu la vie, adieu l’amour, adieu toutes
les femmes. Murphy se réveille donc un jour entouré de sa femme et de son
enfant de trois ans, la déprime totale quoi. Il reçoit sur son répondeur un
message de la mère de son ex-copine Electra qui lui demande, très inquiète,
s’il n’a pas eu de nouvelles de sa fille disparue depuis un moment, sans doute
partie rendre visite à sa mère grand avec son petit panier. Le coup de fil
plonge Murphy dans une sorte de réminiscence érotique au cours de laquelle il
se rappelle ses frasques passées. Raah c’est vrai qu’elle était pas mal la
petite Electra…Rooh et puis quelle santé…Elle avait pas froid aux yeux la gamine…Et
d’ailleurs ce plan à trois…rahlala…Voilà donc pour le synopsis, et tout ça en
3D parce que si James Cameron l’a fait avec Avatar et Alexandre Aja avec
Piranha, il n’y a pas de raison que Gaspard Noé ne participe pas lui
aussi à la révolution du cinéma et tant qu’à faire à la prochaine révolution
culturelle.
Je confierai ici
honnêtement au lecteur que je n’ai pas encore vu Love. Cependant, j’ai
déjà pu avoir une idée de la subtilité et du sens de la nuance dont est capable
de faire preuve Gaspard Noé en regardant Seul contre tous et Irréversible.
Il y a quelques jours, j’ai appris que la fédération de Russie organisait, à
côté de Moscou, un biathlon
de chars d’assaut. Je ne sais pas exactement en quoi consiste cette
nouvelle discipline sportive mais quand je pense au cinéma de Gaspard Noé, c’est
l’élément de comparaison qui me vient immédiatement à l’esprit.
Lemmy, parrain officiel de l'édition 2015
Après Seul contre tous,
son raciste haineux, pédophile et incestueux, ses appels du pied lourdingues au
spectateur et ses placards « Attention, si vous avez peur d’être choqué,
vous avez 30 secondes pour quitter la salle », et après Irréversible,
sa lourde complaisance et sa scène de viol interminable, je ne sais pas si
Gaspard Noé a traité dans son dernier film le sujet du sexe avec un peu plus de
finesse mais la communication orchestrée autour de Love laisse penser
que le cinéaste argentin a décidé de remonter à nouveau dans le Panzer de la
provoc’ pour débarquer dans les chambres à coucher. Ses admirateurs l’ont
comparé à Nagisa Oshima ou Lars Von Trier. Je ne suis pas vraiment convaincu
que l’Argentin ait abordé le sujet avec les mêmes intentions et il faut
souligner que le Japonais et le Danois ont l’avantage indéniable d’avoir à leur
actif une véritable filmographie et pas seulement une compilation de scandales.
En attendant de pouvoir juger
sur pièces, on peut s’intéresser à l’argumentaire tout à fait surprenant
délivré par les défenseurs de Love, dans la litanie habituelle des
théoriciens de la transgression qui confondent désormais allégrement libération
et marchandisation sexuelle. Gaspard Noé lui-même y est allé de son petit
couplet sur le retour des années sombres, déclarant à Métronews à
propos de l’interdiction : « C’est un peu comme si on voulait
rappliquer des logiques vichyssoises et que le cinéma était sous le contrôle du
"maréchal". » Cela reste assez classique. La palme du plaidoyer
surréaliste et de la rhétorique d’un autre monde revient sans conteste à Bernard Andrieu, sociologue, qui s’insurge dans
Libération contre une censure au service de « la peur de l’orgasme »,
conceptualisée par le néologisme: l’orgasmophobie. Cela mérite une petite
explication de texte, texte en lui-même savoureux.
L’orgasmophobie, nous explique Andrieu, c’est la peur du corps
qui s’exprime, du corps hors normes qui bouscule notre petit confort
intellectuel bourgeois. On cherche donc à faire taire les corps qui dérangent
et le terrible couperet de la censure s’abat sur les victimes innocentes dont
Bernard Andrieu dresse une liste que l’on devine non exhaustive, je cite en
vrac : Gaspard Noé, les corps des chanteuses noires, les personnes qui
souhaitent disposer de leur corps et de leur mort, le ventre loué des mères
porteuses, la liberté d’expression et d’échange des corps, les migrants, les
chômeurs ou les assistés - je respecte à peu près l’ordre donné dans le texte
original - et le philosophe gymnaste de déplorer : « La France n’est plus celle
des Lumières quand on interdit, contre le travail d’évaluation des
commissions, à certains publics d’aller voir dans des salles de cinémas ce que
tout un chacun, et bien avant l’âge de 18 ans, voit tous les jours en
ligne ! » Peut-être pourrait-on suggérer à Bernard Andrieu que les publics
de moins de dix-huit ans qui ont accès à tant de merveilles en ligne ne
prendront peut-être pas la peine de se déplacer pour aller voir ce qu’un
journaliste du Guardian a fort méchamment qualifié de « porno avec
des dialogues moins intéressants » mais cette considération semble déjà hors de
propos, à lire la suite de la prose de Bernard Andrieu, qui allume la
post-combustion et décolle véritablement en direction de l’Olympe de la
contestation. Tout, vraiment tout, y passe : « Mais ce gouvernement
des corps représente-t-il les experts du corps aujourd’hui ? Les Femen
manifestent seins nus devant la statue de Jeanne d’Arc et le discours de Marine
Le Pen. Vincent Lambert ne parvient pas à mourir comme il le voulait en
raison d’un conflit au sein de sa famille, dont une partie diffuse des images
de son coma sans son consentement et convoque devant l’hôpital des associations
intégristes du droit à la vie. Chacun peut s’autodépister du VIH et aller
consulter pour confirmer le diagnostic là où d’autres nous condamnaient au
«sidatorium» ! La Manif pour tous contre le mariage gay et la GPA fait
face aux familles homoparentales et à la reconnaissance par le droit européen
des enfants conçus à l’étranger. Les populations déplacées par la
radioactivité de Fukushima viennent nous interroger sur la lutte contre
l’enfouissement à Bure. »
Si vous n’avez pas tout suivi c’est normal, c’est parce que
vous n’êtes sans doute pas un somaticien et que vous êtes même peut-être bien
orgasmophobe par-dessus le marché. Qu’est-ce qu’un somaticien ? Laissons
Bernard Andrieu nous l’expliquer : « Etre un somaticien, c’est agir
dans son corps pour élaborer et incarner des normes nouvelles d’existence et de
pensée. Engagé dans son corps à inventer un nouveau corps, le/la somaticien(ne)
se légitime à travers une autofondation du sujet corporel mais à travers des
réseaux communautaires. Les militant(e)s radicalisent cette posture théorique
de l’hybridation en voulant incarner le cyborg, le queer ou le gender. Ils/elles
définissent leur propre éthique à travers la mise en esthétique de leur
existence. Cette avance épistémique et pragmatique des somaticiens tient à la
mise en performativité dans l’œuvre et les actes de nouvelles manières de
penser et d’agir avec le corps humain. De l’intérieur de la situation vécue,
l’expertise somaticienne fait émerger comment il/elle a été contaminé(e),
excisée, radioactivé(e), chômé(e), exploité(e), violé(e)… mais aussi dopé(e),
prothésé(e), sportif(ve), greffé(e) ou malade chronique. »
Voilà,
vous êtes désormais au courant et si vous avez l’impression qu’il manque un mot
quelque part, c’est, une fois encore, parce que vous n’êtes pas somaticien. Gaspard
Noé peut se rassurer après ce morceau de bravoure épistémique et pragmatique, Love
peut compter sur le parti des somaticiens qui sauront agir dans leur corps et
venir au secours, tels des Lancelot barjavéliens des temps modernes, au secours
de la liberté de jouir en 3D pour adresser aux orgasmophobes, aux ennemis des
cyborgs et autres déchets radioactifs une virulente réponse somatique mettant
en fuite les partisans de la réaction anticorporelle qui se seront bien fait
botter l’autofondement.
Le
jour où ça aura lieu, ça sera, à coup sûr, encore mieux que le biathlon de
chars d’assaut. Pourvu qu’il reste des lunettes 3D.
Note: Gaspard Noé n'innove même pas : le premier porno en 3D date de 1982 et (cocorico) est une production française : Le Pensionnat des petites salopes. Merci à Joseph pour ses lumières cinéphiliques.
La nouvelle de la mort
d’Emmanuel Ratier a commencé à circuler hier. Décédé à l’âge de 57 ans après
avoir été victime d’un arrêt cardiaque, Emmanuel Ratier était le directeur de
la librairie Facta, située au 9 rue de Clichy, au catalogue ô combien
politiquement incorrect et animateur sur Radio Courtoisie. Mais Emmanuel
Ratier était avant tout le fondateur et unique rédacteur de la lettre
d’information bimensuelle Faits & Documents, qui reste un phénomène
hautement original, voire unique, dans la presse française contemporaine.
Né le 29 septembre 1957 à
Avignon, Emmanuel Ratier s’engage très tôt politiquement, et très à droite de
l’échiquier politique, en adhérant au Parti des Forces Nouvelles, l’un des
nombreux groupuscules issus de la mouvance d’extrême-droite des années 1970 qui
va contribuer à la naissance du Front National en 1972. Parallèlement à sa
carrière politique, qui le voit devenir suppléant du candidat UDF André Danet
aux élections législatives de 1981, il se destine au journalisme en intégrant le
Centre de Formation des Journalistes de Paris et l’Institut d’Etudes Politiques
de Paris, avant de faire ses premières armes au Spectacle du Monde, au Figaro
Magazine, National Hebdo, Valeurs Actuelles ou Minute.
Le parcours aurait pu
rester assez banal, de l’ordre de ce qui fait le miel des différents universitaires
spécialistes des « mouvances radicales » ou celui des dossiers
« néo-fachos » du Nouvel Obs, s’il n’y avait eu Faits et
Documents, la lettre d’information bimensuelle de douze pages qu’Emmanuel
Ratier lance en 1996 et qui fait rapidement figure d’OVNI dans la presse
française, tout autant que de source d’information indispensable pour les
(très) nombreux journalistes, parlementaires et politiques qui n’en manquèrent rapidement
pas un numéro. Il faut dire que la feuille d’Emmanuel Ratier se révèle être une
mine d’informations, truffée de petits détails et de renseignements valant leur
pesant d’or sur la vie politique française, le tout rédigé dans un style
invariablement neutre et purement informationnel : la Lettre
d’informations d’Emmanuel Ratier n’avait pas pour but d’être un tract ou un
journal d’humeur mais bien un organe d’information politique sérieux, à tel
point d’ailleurs que la Lettre s’échangeait discrètement aussi bien dans
les cabinets ministériels ou les officines parlementaires que les salles de
rédaction. Tous les deux mois, la Lettre proposait le portrait « décapant »
d’une personnalité, la « reproduction d’un texte confidentiel », des
enquêtes détaillées et une foule de renseignements sur « l’Élysée, le Parlement, le
gouvernement, les partis, les hommes politiques. Et aussi les nominations, le
parlement européen, les votes significatifs », sans oublier « la vie
interne des journaux, des télévisions, des journalistes et les
manipulations de l’information. » La fiabilité des sources de Ratier
étonnait ses lecteurs autant qu’elle liait les mains à ses détracteurs :
« En treize ans, aucun procès », pouvait se féliciter le patron de Faits
et Documents.
On a mis en avant les
réseaux qu’Emmanuel Ratier possédait lui-même au sein du monde politique, voire
maçonnique, pour expliquer la qualité et le caractère exhaustif des
informations délivrées tous les deux mois par Faits et Documents.
Emmanuel Ratier possédait certainement une excellente connaissance des milieux
politiques, ce qui est peu étonnant pour un homme ayant entamé une carrière de
journaliste et de militant au début des années 1970, mais c’est surtout la
capacité incroyable à décortiquer la presse et à collecter les faits et gestes
– les Faits et Documents – des différents acteurs de la vie politique,
civile et associative qui fut remarquable. A une époque où la capacité d’oubli
est proportionnelle à la quantité d’information disponible quotidiennement –
c’est-à dire énorme -, Emmanuel Ratier notait, relevait, indexait avec une
rigueur presque anachronique. Ce patient travail d’archiviste, plus encore que
de journaliste, faisait toute l’originalité et la valeur de Faits et
Documents. Avec la mort d’Emmanuel Ratier, les services de communication et
d’information des ministères et des différents partis politiques, les attachés
parlementaires et les différents professionnels de l’information ont perdu,
c’est certain, un précieux auxiliaire.
Improbable conjonction
géométrique, fantaisie extraterrestre, palais lovecraftien de la connaissance,
la BNF est une fascinante énigme architecturale plantée en bord de Seine sur
une base de pyramide tronquée encadrée par quatre hautes tours coiffant comme
les arêtes d’un sarcophage monstrueux l’atrium de verdure qui perce en son cœur
l’incroyable monument. Mais le monstre d’acier abrite un lieu plus énigmatique
encore, dont l’existence fut rappelée à l’auteur de cette chronique il y a
quelques temps par un lecteur avisé. C’est l’une de ces antichambres du secret
qui semblent, à seule fin de défier la raison, s’être glissées dans les
interstices de l’espace et du temps pour y piéger le visiteur inconscient qui saura
confusément qu’il avance tel un funambule sur le fil de l’invisible frontière
séparant deux dimensions. Le moindre faux-pas le précipitera à tout jamais au
travers des éons de l’oubli, dans l’univers de l’inconcevable, sans le moindre
espoir de revoir un jour la race des hommes. Ce lieu étrange et effrayant
c’est :
L’ESPACE PIQUE-NIQUE
A gauche de l’entrée est,
juste avant les vestiaires de la bibliothèque, dissimulée derrière quatre
rangées de lourdes portes de métal et un pont d’acier orwellien, se niche cette
étrange aberration dont le concepteur doit, c’est certain, avoir connu une fin
tragique ou mystérieuse. La littérature fantastique et le cinéma nous ont
laissé quelques beaux exemples d’endroits maudits : la Chambre tapissée
de Walter Scott, la terrifiante maison de The Haunting of Hill House de
Robert Wise, la Maison de la sorcière de Lovecraft ou la Maison Usher
de Poe et même la terrible salle de bain des Envoutés de Gombrowicz avec
sa serviette hantée. A cette litanie des territoires de l’étrange, il convient
aujourd’hui d’ajouter l’espace pique-nique.
Soit que les concepteurs de
la BNF aient été des admirateurs de Dario Argento, soit que la bibliothèque ait
été réellement construite au-dessus des ruines d’un ancien temple sataniste, il
y a quelque chose dans l’espace pique-nique qui refuse de laisser l’âme du
visiteur en repos. D'ailleurs, avant de s’appeler « espace
pique-nique », cette sinistre antichambre sans fenêtre, entièrement
tapissée de bois sombre et presque toujours déserte, se nommait « espace
détente » mais la direction de la BNF dut s’aviser qu’il était impossible
de se détendre dans ce décor digne de la Black Lodge de Twin Peaks, à
moins d’avoir déjà accompli un bout de chemin en direction de la psychose. Le
lieu fut donc discrètement rebaptisé mais pas plus cependant qu’il n’évoquait
auparavant le farniente et la détente, l’espace pique-nique ne parvient
aujourd’hui à inspirer au visiteur la moindre image d’abandon bucolique dans
l’herbe verte ou de sieste heureuse sous les marronniers. En réalité, le hall
d’entrée de l’Overlook Hotel de Shining pourrait passer pour plus
chaleureux que cette vaste pièce quadrangulaire, meublée d’une dizaine de
tables vides, de quatre poubelles et d’une machine à café, censée conférer à
l’endroit sa raison sociale. Le plafond qui doit s’élever à près d’une dizaine
de mètres du sol, supporte une forêt de lampes suspendues qui évoquent
l’ambiance d’une église orthodoxe ou celle du Saint-Sépulcre de Jérusalem
tandis qu’un coup d’œil sur la décoration des murs nous entraîne déjà vers des
dimensions plus ésotériques encore.
Comment expliquer
exactement le sens et la présence des œuvres qui ornent les murs aveugles de
l’espace pique-nique et font trembler le visiteur à s’en brûler les doigts et
renverser la moitié de sa tasse de café sur ses chaussures ? A gauche en
entrant, se trouve un immense tableau d’Hervé Télémaque, artiste haïtien
inspiré par le surréalisme, le pop art et l’art vaudou, intitulé La Cache.
Sur le même mur, en progressant vers le fond de la pièce, se trouve une grande
représentation en relief, par Jean-Paul Réti, du site de Khibert-Qûmran, où
furent retrouvés les manuscrits de la mer morte, dans une caverne cachée
pendant des siècles aux yeux des hommes. Sur le mur de droite, une autre grande
toile est exposée en vis-à-vis du diorama biblique. Le Mot disparu n°1
de Gérald Thupinier. Deux larges dégoulinures grisâtres encadrent une sorte de
béance plus sombre évoquant à la fois la forme menaçante de L’Ile aux Morts
et une silhouette encapuchonnée levant un voile maléfique sur l’expression
peinte au milieu de la toile en lettres grises : « Mot
disparu ». A ce stade, la fonction ésotérique de l’endroit ne fait en
effet plus aucun doute. Il y a bien un sens caché à tout cela, la solution
d’une énigme susurrée à l’oreille du visiteur par l’inquiétant ronronnement
d’une soufflerie dissimulée quelque part derrière les hauts panneaux de bois.
La clef de la terrible énigme se trouve peut-être dans la dernière œuvre, qui
occupe la portion du mur situé à droite de l’entrée, en faisant face au fond de
la salle. Il s’agit de La Porte Ouverte, de Bernard Rancillac,vaste
tableau d’inspiration Pop Artreprésentant, sur fond jaune canari, une
sorte de divinité guerrière brandissant une lance en direction de deux petits
chevaux à bascule, non pas figurés mais bien réels et fixés au tableau dans une
position qui évoque un accouplement. A l’extrémité droite du tableau, une femme
en peignoir, se penche, l’air hagard, au seuil d’un appartement dont nous
distinguons le mobilier, représenté par un jeu de trompe-l’œil derrière la
femme et la porte qu’elle tient ouverte.
A ce stade déjà, une
angoisse sourde a saisi le visiteur. La porte peinte paraît s’ouvrir sur un
univers infernal dont tentent de s’échapper la femme en peignoir et les deux
petits chevaux à bascule accouplés, tandis que la divinité terrible au masque
de Kali s’efforce de ramener à coups de piques ces figures grotesques de damnés
dans la dimension maléfique de l’appartement en trompe-l’oeil.
Abandonnant son
café, son pique-nique et sa santé mentale, le visiteur tente alors de sauver
son âme de la damnation picturale éternelle en fuyant l’espace pique-nique et
ces évocations démoniaques financées par la DRAC Ile-de-France et le ministère
de la culture. Mais si, dans sa panique, il commet l’erreur de se diriger vers
le fond des salles de recherche pour y trouver l’abri du silence et de l’étude,
alors il saura en levant les yeux qu’il n’était parvenu qu’au seuil de
l’horreur. Au fond de la salle W, couvrant tout le mur, s’étale une
représentation vivante du pandémonium, signée Martial Raysse. Dans un décor
faussement naïf aux motifs vaguement orientalisants se tiennent des personnages
aux visages torves et obscènes, tournés les uns vers les autres ou vers le
spectateur dans une sorte de conciliabule muet et insane. « Martial
Raysse, énonce la petite plaquette de présentation, propose une véritable
allégorie de la parole, de la richesse du langage et de la lecture à travers
son Mais dites seulement une parole. Les personnages et les symboles
semblent se passer le mot, échanger des gestes qui les transforment en figures
vivantes du dessein spirituel et artistique du peintre. » Même Godot
prendrait sans plus attendre ses jambes à son coup et, pour ne rien savoir de
plus du « dessein spirituel et artistique du peintre », le visiteur
traumatisé s’enfuit également, le souffle court, s’accrochant aux rayonnages et
renversant quelques piles d’ouvrages, vers l’autre extrémité du bâtiment, vers
la salle de philosophie, la salle K, où son destin sera peut-être scellé à
jamais. Sa fuite éperdue le mènera en effet au pied de l’œuvre de Jean-Pierre
Bertrand, Partitions métalliques aux tâches de lumières : 14 lignes
de 2m50 à 3m de long et 85 points de métal jaune laqué d’une dizaine de
centimètres de diamètre fixés à intervalles réguliers sur le mur en béton, une
« commande de l’établissement public de la Bibliothèque Nationale de
France au titre du 1% artistique. »
L’an dernier, l’un des
points jaunes s’est décroché sans crier gare, manquant de tomber sur la tête
d’un des lecteurs, plongé dans la lecture de Kierkegaard ou Nelson Goodman. La
direction de la BNF prit immédiatement des mesures d’urgence pour circonscrire
la menace, déployant des barricades de contreplaqué destinées à retenir la
chute d’un autre point en suspension ou celle, plus fatale encore, d’une ligne
droite risquant de devenir tragiquement sécante avec le crâne d’un lecteur. Il
n’y eut pas de victimes à déplorer cette fois-là mais qui sait si un
malheureux, rendu fou d’angoisse par un passage de trop à l’espace pique-nique
ne risque pas un jour, dans sa fuite, de se jeter la tête la première sur une
« Partition métallique » qu’une force obscure et malveillante aura
détachée du mur à ce moment précis. A moins que, par un juste retour des choses,
une tâche de lumière en métal laqué ne se décroche à bon escient pour
rencontrer, avec toute la vélocité autorisée par une chute de plusieurs mètres,
la tête d’un créateur contemporain, venu travailler à quelque nouveau projet ce
jour-là, et mettre à sa carrière un point final.