mercredi 19 avril 2017

La guerre des classes aura bien lieu !



La vacuité des élections présidentielles est le reflet parfait d’une société entièrement soumise à la marchandise ; il n’y règne qu’une seule valeur : la matière, le quantitatif, le nombre. Pour le dire clairement, la valeur citoyenne par excellence est désormais devenue celle des chiffres que l’on peut aligner au bas de son compte en banque et de leur traduction en termes de patrimoine immobilier. Et il faut avouer que dans ce domaine les plus résolus, les plus forcenés, les plus impitoyables ne se situent pas au bas de la pyramide sociale mais à son sommet : ce ne sont pas les « petites gens », souvent considérés comme jaloux voire haineux vis-à-vis de ceux qui les dominent, mais bien les gens d’en haut qui jettent des regards fielleux vers cette piétaille qu’il faut sans cesse rappeler à l’ordre, c’est-à-dire éduquer aux bienfaits de la mondialisation. En cela, la phrase du milliardaire Warren Buffett est la traduction parfaite de leur état d’esprit : « Il y a bel et bien une guerre des classes mais c’est ma classe, la classe des riches qui fait la guerre et c’est nous qui gagnons ». 

Aussi la montée soudaine du candidat de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, dans les sondages a-t-elle provoqué un véritable sentiment de panique chez les comptes-en-banque bien garnis. La nomenklature médiatique s’est naturellement fait le relais de cette peur en coinçant le Mélenchon sur les zones d’ombre vénézualesques de son programme. Toujours revenir aux fondamentaux de la haine de classe pour rappeler aux « pouilleux » d’où ils viennent : des terres sèches et arides d’une Amérique latine ruinée ou des heures les plus sombres de l’histoire… C’est du pareil au même ! 

Pourtant, avec près de 9 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté (!) auxquels il faut ajouter un nombre sans cesse croissant de travailleurs très modestes (ouvriers, employés, agents administratifs, etc.) et une classe moyenne en voie de paupérisation accélérée, c’est un véritable vent de révolte qui souffle sur la France. Seule la classe ultra minoritaire des « très riches » continue de prospérer dans le casino mondial tandis que la classe moyenne supérieure se maintient à la surface des eaux et que toute une cohorte d’héritiers et de retraités se recroqueville sur un mode de vie encore relativement confortable. A ce petit jeu, il est clair que le nombre des pauvres et apparentés l’emporte sur celui des riches et des possédants – le ratio passerait progressivement de 60/40 à 70/30 ! 

Dans ce contexte, on saisit avec plus ou moins d’effroi – c’est selon – la fragilité sur laquelle repose tout l’édifice social, sachant que 100% des responsables politiques, économiques, médiatiques, culturels, etc. appartiennent évidemment à la classe d’en haut. Heureusement qu’une bonne partie des très pauvres a tout simplement déserté la scène électorale. Il reste que les enjeux de l’élection présidentielle se réduisent aujourd’hui à cet antagonisme viscéral, à peine recouvert de quelques nappes idéologiques : ceux qui ont à perdre versus ceux qui n’ont plus rien à perdre. « Nous ne sommes ni de gauche ni de droite, nous sommes ceux d’en bas contre ceux d’en haut ! » avertissait l’un des slogans de Podemos. S’il est peu probable que les populistes ne gagnent la partie cette fois-ci, il est encore moins probable que ceux qui l’emportent ne fassent en sorte que la situation ne s’améliore pour un peuple qui, décidément, n’est pas fait pour la démocratie. C’est pourquoi, tôt ou tard, la guerre des classes aura bien lieu !  


https://www.youtube.com/watch?v=LSO5akMQRLY






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