mardi 4 janvier 2022

Post-Covidum, animal triste

 


« Un jour, cette guerre prendra fin », confie avec tristesse le colonel Kilgore (Robert Duvall) au capitaine Willard (Martin Sheen) dans Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979), face au champ de bataille fumant, dans l'odeur du napalm qu'il aime tant respirer au petit matin. Alors que nous venons d'entrer dans l'année 2022, pandémie An III, il nous faut l'admettre aussi : un jour cette guerre-là prendra également fin, cette guerre, déclarée en 2020 par notre président jupitérien, qui occupe plus les hôpitaux que les armées mais qui mobilise plus encore, sur les plateaux télés, les réseaux sociaux, les blogs, les plate-formes vidéos, les experts de tous poils, les combattants sanitaires, les maîtres de guerre épidémiologiques ainsi que leurs opposants : résistants antivax, défenseurs des libertés ou paladins antimasques.

Quand cette guerre-là finira, il faudra aussi penser à eux. Que deviendront-ils, privés de leur croisade, orphelins de leur cause, rendus à la triste routine de leur calme existence, sans contradicteurs à pourfendre, sans obscurantistes à convaincre et sans complot à dévoiler ?

Il faut, dès à présent, réfléchir à des politiques de reconversion et de réinsertion sérieuse, à des dispositifs de suivi psychologique efficaces pour tous ces futurs vétérans de la guerre sanitaire : praticiens médiatiques, médecins de studio, spécialistes de tous bords avec leur siège réservé quotidiennement dans toutes les émissions de grande écoute, les virologues, hématologues, endocrinologues, proctologues (quand tous les autres sont occupés, on prend ce qu'on a sous la main)... Mais aussi les influenceurs, les youtubeurs, les lanceurs d'alerte qui ont moissonné inlassablement pendant des mois et des mois n'importe quelle connerie sur Internet et protesté contre le flicage numérique et sanitaire jour après jour sur leur compte Facebook et Twitter, les derniers espaces de liberté et d'intimité qu'il nous reste, c'est bien connu.

Tous ces hérauts de la raison ou ces héros de la liberté qui ont sans relâche alerté, dénoncé, analysé, pontifié, expertisé, recommandé, préconisé, morigéné et protesté 24/24, 7/7, qu'allons nous faire d'eux quand il n'y aura plus de Covid (ou que ses variants seront vraiment devenus des grippettes) ? A quoi vont-ils servir quand ils ne seront plus accueillis à bras ouverts par BFMTV ou Cnews ou que leur chaîne Youtube sera désertée ? Les cas de dépression vont se multiplier, c'est certain... Post-covidum, animal triste, après la crise épidémique, c'est une crise des urgences psychiatriques qui nous attend, quand les stars d'aujourd'hui redeviendront les inconnus de demain et erreront sur les trottoirs de nos cités, alcooliques, drogués peut-être, hurlant aux passants : « Du temps du Covid, j'étais quelqu'un !!! »... Dès lors, c'est un regard empli d'espoir que nous tournons vers nos amis chinois afin qu'ils trouvent une solution à cette nouvelle crise qui nous guette.

En attendant, nos vœux les plus idiots vous accompagnent, chères lectrices, chers lecteurs, en vous souhaitant une excellente année 2022, du moins un tout petit peu plus excellente que celles qui ont précédé. Mais le jour (et on le souhaite) où vous n'aurez plus à porter le masque et où la 17e dose de vaccin sera vraiment la dernière, quand vous aurez retrouvé une vie (à peu près) normale, si vous passez à côté d'un malheureux, ex-"consultant sanitaire" de LCI ou BFMTV, ou patron d'un site ou d'une chaîne de "réinformation", qui pleure sa gloire passée, avachi sur un lit de carton et de vieux masques, ne détournez pas le regard, ne feignez pas l'indifférence, ne l'ignorez pas. Rappelez-vous qu'il vous a presque autant pourri la vie que le virus pendant trois ans et envoyez-lui un grand coup de pied dans la gueule. 


Bonne année 2022 !

Les idiots

 

 


 

 

 

 

 

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