Je plonge
Dans le noir abîme
Heureuse diablerie
Que cette chaude fontaine
Au goût d’étoiles mûres
Tombant de la nuit
De toutes les nuits
Dans la bouche
Au goût sucré
Des vies consumées.
Commandez Idiocratie la revue !
Je plonge
Dans le noir abîme
Heureuse diablerie
Que cette chaude fontaine
Au goût d’étoiles mûres
Tombant de la nuit
De toutes les nuits
Dans la bouche
Au goût sucré
Des vies consumées.
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Les Idiocrates aiment la farce mais
de mauvais goût, potache, sinistre, brutale, médiévale, calomnieuse,
scandaleuse, décourageante pour les meilleures volontés; la farce qui salit,
souille les justes causes comme les bonnes réputations; la farce qui nous entraîne,
sans retour possible, loin, très loin de toute velléité d'humour bon enfant.
Jean-Noël Jeanneney :
Vous avez déniché un texte assez surprenant où Hitler dit : « Au cas où, par malheur, notre entreprise millénaire rencontrerait un échec, cela fera de magnifiques ruines. »
Johann Chapoutot :
De telle sorte que, dans le programme architectural nazi confié tout d’abord à Troost puis à Speer – puisque Troost meurt en 1934 –, le ruinisme est un programme, la ruine est déjà prévue, voire désirée, c’est-à-dire que Hitler demande à Speer de construire des édifices avec des matériaux et une architectonique tels que les ruines de ces édifices ressembleront à des ruines romaines. Speer s’exécute, il construit des essais, les fait dynamiter, puis fait ensuite des croquis en les recouvrant de lierre et les présente à Hitler, qui est très content puisque, de fait, les ruines de ces édifices ressemblent à des ruines romaines. Autrement dit, ce qui est important avant tout, c’est le Reich de mille ans, mais, une fois que ce Reich de mille ans n’est plus possible – et Goebbels le dit très explicitement au printemps 1945 –, ce qui compte désormais c’est un mythe de mille ans pour les siècles des siècles.
Dans l’Antimanifeste, nous avons dressé la cartographie spirituelle du royaume des idiots, qui flottait dans les espaces de l’imaginal, pour l’opposer à l’emprise matérialiste de l’idiocratie, qui se répandait à la surface du monde – les simples d’esprit contre l’orgueil des sachants. En guise de filiation secrète, le prince Mychkine et Don Quichotte se disputaient le droit d’explorer le monde pour se découvrir anéantis par celui-ci, tandis qu’à l’autre bout du spectre Beckett se moquait de ces êtres qui ne sont qu’une « poussière de verbe, sans fond où se poser ». Il y a toujours un vide quelque part, où tomber. Les imbéciles mystiques ne le savent que trop bien : Machrab titube tout le long des sentes de l’Anatolie, Li Po s’émerveille des cimes tremblantes la tête dans le fossé, Ma’Arrî se perd pas dans l’éternelle nuit noire, Pessoa attend la diligence de l’abîme, etc. Nous avions oublié dans cette galerie des âmes les pas légers du pauvre Yunus qui dansent parmi les astres. Lui, marchait, brûlant, brûlant, barbouillé de sang, ni sage ni fou, et se tournait vers nous, souriant, pour dire : « Vois ce que l’amour a fait de moi ». Pour lui rendre hommage, du royaume où il vagabonde, comme l’oiseau sort de sa cage, nous entendons ces poèmes enlevés, et trinquons à son feu, « comme ivres de l’élixir d’éternité ».
*****
A nouveau tu es ivre, Yunus
Dans le cœur des saints
le roi a ouvert boutique
Combien d’hommes y sont passés
puis comme nous repartis
Les saints ont pris leur vol
franchi les montagnes, les plaines
Au chaudron de l’amour ils ont bouilli
et voici qu’ils sont cuits
Les affaires de ce monde
sont comme un corps souillé
Les chiens se jettent sur l’ordure
l’ami du Vrai s’enfuit
Qui ne s’est abandonné
est-il un amoureux
Celui seul qui supporte le blâme
on peut dire qu’il sait aimer
« Ah, Yunus, te voici ivre encore
« tu as le visage de Taptuk
« A son cœur tu t’es désaltéré
« vois, une gorgée a suffi à t’enivrer »
*****
J’ai vu le visage de l’Aimé
Ah, mon Ami, dans l’océan de ton amour
entrer, sombrer – danser
Les deux mondes un seul espace
mener la ronde – danser
Entrer dans l’océan, sombrer
ni un ni deux, ni ceci ni cela
Rossignol au jardin de l’Ami
cueillir des fleurs – danser
Beau rossignol chanter
saisir les cœurs, gagner les âmes
La tête blottie dans ma main
offert à ton chemin – danser
Beau rossignol tomber
combien de cœurs lui conduirai
Mon visage doucement vers la terre
le mener avec amour- danser
J’ai vu le visage de l’Aimé
goûté la saveur de la rencontre
Ah, l’abandonner enfin cette ville
du mien, du tien – danser
Yunus est un perdu d’amour
des malheureux le plus démuni
Elle est en Toi ma guérison
simplement demander – danser
******
Ces deux poèmes sont tirés de Yunus Emre, Les Chants du pauvre Yunus, traduit du turc et présenté par Gérard Pfister, Arfuyen, 2004.
Pour aller plus loin, on ne saurait que trop conseiller Les poèmes spirituels de Yumus Emre, traduction de Paul Ballanfat, dans la superbe collection « Théôria » dirigée par Paul-Marie Sigaud, L’Harmattan, 2020.