lundi 25 octobre 2021

Sanitairement (in)correct

 



« L'hygiène est une divinité majeure de la société industrielle qui, laissée à elle-même, irait jusqu'à stériliser - pasteuriser - toute vie sous prétexte d'éliminer les microbes. Certes, ses raisons ne sont que trop bonnes, la propreté est nécessaire. Mais toute raison spécialisée devenant folle, il ne faudrait pas en arriver au point de bâtir son foyer, et la cité entière autour d'un autel sanitaire. Cette obsession de l'hygiène ne serait-elle pas le fait d'une société urbaine plus crasseuse, plus infectée - autrement dit plus polluée - qu'une autre ? »

 

Bernard Charbonneau, Un Festin pour Tantale, Sang de la Terre, 1997











mercredi 6 octobre 2021

Augiéras au temps du Maréchal




La réédition d’Une adolescence au temps du Maréchal offre le savoureux plaisir de retrouver ce diable d’homme, à la fois mystique sauvage, païen décharné et rebelle étoilé : François Augiéras. Avec lui, nul doute possible, l’on sait qu’il y a des hommes qui ne sont pas comme les autres – qu’on produit aujourd’hui en série – et des vies enfouies dans le monde qu’il faut explorer avec la liberté des barbares. Nous, les civilisés, les polis, les attentionnés, les gens en bonne santé, on devrait lire et relire ces quelques pages qui, sous la forme d’une autobiographie de jeunesse, signent l’authenticité fruste d’un homme et l’étrangeté radicale d’un esprit.

Son œuvre est déjà toute entière en germination dans ce parcours de jeunesse dont les premières impressions remontent à l’année 1931 (Augiéras a six ans !) et se terminent en 1958 avec les peintures rupestres effectuées dans un blockhaus algérien. Entre-temps, il aura humé le parfum d’une ville morte, Paris.

« L’événement déterminant de ma petite enfance est le fait que mes yeux se sont ouverts sur une civilisation dégradée, et que j’en ai souffert, que j’ai senti d’instinct qu’elle était pourrie jusqu’à la moelle et sans aucun avenir. Je ne l’oublierai pas ; ma vie entière je prendrai absolument le contrepied de Paris ». 

 

 

Puis, il intègrera en 1941 un de ces mouvements de jeunesse qui prolifèrent dans la France de Pétain afin de promouvoir le retour à la terre. Il y fait preuve de l’enthousiasme d’un jeune adolescent déjà atypique voire asocial qui connaît ses premières extases au contact de la nature luxuriante et de l’immensité du ciel ouvert au cosmos. Très rapidement, Augiéras prend conscience de son exil intérieur et s’imagine d’autres destinées qui, à la suite de Rimbaud et de Nietzsche, réinventent la vie.   

 « Ce qui m’intéresse, c’est le retour au cosmos de ceux qui vont vers l’avenir ; il y a presque un bon usage à faire du triste état de la France pour tenter de progresser rapidement vers un nouveau paganisme, vers le ciel étoilé des nouvelles aventures de l’esprit : nous vivons d’une manière anormale, admettez-le. Profitons de cette situation pour tenter une expérience. Un monde s’achève, un autre va naître ; profitons de ce moment de rupture, de cette hésitation de l’Histoire pour entrevoir les mutations possibles, un nouvel élan de la vie ». 

 

Pendant la guerre, le jeune Augiéras sillonnera également les routes du Périgord avec une petite troupe de théâtre itinérante et se retrouvera même à la tête d’un pensionnat de jeunes délinquants. Ce qui occasionnera, on s’en doute chez lui, des scènes pour le moins rocambolesques qui finiront toujours par une méditation nocturne au cœur de prairies humides et étoilées. A plusieurs reprises, le livre témoigne de cette mystique naturelle :

« Je m’apprêtais à le suivre, quand il y eut en moi une soudaine attention pour le ciel bleu que j’apercevais à travers les branches et les rejets de châtaignier. Je l’examinai longuement : un ciel printanier clair et chaud. J’éprouvai une immédiate attirance pour cet azur simple ; une part de mon être tourna en direction de l’espace et commença à vibrer doucement ». 

 

                                              Peinture d'Augiéras

 

Au sortir de la guerre, à l’âge de 20 ans, Augiéras se rend en Algérie, dans la commune désertique d’El Goléa, pour y retrouver son oncle, ancien colonel de l’armée qui vit retiré dans une sorte de forteresse délabrée et isolée du monde. Se nouent entre eux une relation orageuse, venimeuse et charnelle sur laquelle Augiéras reviendra dans son livre Le vieillard et l’enfant. Le désert, le soleil, les collines rocailleuses, les nuits de pleine lune sont de nouveau l’occasion pour lui de vibrer au rythme du cosmos. Il retournera en Algérie une fois en 1958 mais sa véritable terre d’élection sera le Périgord, là où il trouvera refuge pour s’abriter d’une société moderne qui le rend et qui le prend pour un fou. Lui, pourtant, ne changera pas, il restera un barbare qui vient d’un autre temps, plus profond, plus lointain, pour témoigner d’une autre vie. 

 

                                                                     Peinture d'Augiéras


Qu’il aille à la rencontre de Gide, qu’il visite un sorcier périgourdin, qu’il descende en solitaire les rives silencieuses de la Vézère, qu’il explore les grottes de Bissière, c’est toujours le même homme qui témoigne de la même tension, celle qui vient de lointaines civilisations sacrées dont il est à coup sûr l’un des derniers rejetons, dont on voit encore, en songes, les branches se déployer au ciel bleu du monde.  

 

 


 

 

 

 

 

 


mercredi 29 septembre 2021

Braises anarchiques 12

 

 


 

« Pour ma part, j’ai bien peur que l’heure de fermeture ait définitivement sonné dans les jardins de l’Occident. » Roland Jaccard

 

                  

                                    Elégance de la fortune

 

                                    Quelle chance

                                    Comme une tombe fleurie

                                    Que de n’être plus, presque léger,

                                    Qu’un corps fané.

 

                                    Et Dieu sait qu’ébloui,

                                    L’homme éteint, dans le tombeau,

                                    Comme au ciel noir,

                                    Se tait à jamais.

 

                                    Si seulement les humains

                                    Dans leur chemin

                                    Pouvaient hâter, ce moment,

                                    Où chacun rejoint

                                    L’élégante silencieuse

                                    Au noir tombeau.

 

                                    Fleur d’infini.