Comme tout passionné, le lecteur a toujours la crainte de passer à côté d’un bon ouvrage, de ceux qui procurent un plaisir esthétique tout en élargissant l’horizon intellectuel, de ceux qui prennent place dans la bibliothèque intérieure et qui accompagnent son lecteur dans les contrées du royaume. Aussi, les amis ne perdez pas votre temps et gardez-vous de lire les productions suivantes.
Le premier semblait à l’avance dispensable par son titre racoleur et son sujet recuit : Drapeau noir, jeunesses blanches. Enquête sur le renouveau de l’extrême droite radicale. Mais pour tous curieux des marges, souvent annonciatrices de vagues historiques profondes, il est intéressant de faire l’état des lieux d’une mouvance qui sert d’épouvantail à toute la classe médiatique et politique sous couvert d’une rhétorique sempiternellement reprise : le retour des années les plus sombres et le déchaînement de la Bête immonde.
Eh bien le tour est vite fait et en guise de « renouveau » avancé par l’auteur il s’agit plutôt d’un ressassement des vieux motifs de la droite extrême et des mutations poussives de ses groupuscules historiques : le GUD (ou ce qu’il en reste), l’Action française, les Nationalistes-révolutionnaires et les Identitaires. Bref, rien de nouveau sous le ciel de la République, nous sommes loin des « Lumières sombres » d’Outre-Atlantique ! Les spécialistes patentés du phénomène (Jean-Yves Camus, Stéphane François, Nicolas Lebourg) tournent eux-mêmes en rond et assurent tant bien que mal le service après-vente. A cet égard, les chiffres avancés par les renseignements ne bougent pas depuis des années et plafonnent à environ 3000 militants répertoriés.
Quelques chapitres plus ou moins bâclés sont présentés comme de vagues nouveautés : la bataille culturelle (qui date des années 1960 !), la mobilisation esthétique (et sa fameuse croix celtique !), le phénomène des influenceurs (dont on exagère l’influence) et bien évidemment le « grand remplacement » de Renaud Camus (qui met tout le monde d’accord). Bref, même lu en diagonal, il n’y a pas grand-chose à en tirer d’autant plus que Sébastien Bourdon écrit comme le journaliste qu’il est (à Médiapart) et que l’ouvrage ressemble donc plus à un rapport de police qu’à un ouvrage d’enquête, en outre publié chez un soi-disant grand éditeur !
La seule véritable nouveauté réside dans l’observation d’un phénomène attendu mais qui mérite d’être nommé : la formation d’un front commun où se retrouvent catholiques, païens, royalistes, nationalistes, etc. à la suite des multiples dissolutions commandées par le ministre de l’intérieur. Décidément, qui trop embrasse mal étreint !
Au final, on se demande qui peut encore intéresser ce type de livre sauf ceux qui, nombreux, sont cités entre ses pages et qui rejouent d’un côté comme de l’autre le fantasme de la lutte entre les bons et les méchants. On le sait, Pasolini l’avait déjà dit : il faut qu’il y ait du fascisme pour justifier les antifascistes et de l’antifascisme pour occuper les fascistes. Pendant ce temps-là, la société du divertissement étend sa toile industrieuse sur toutes les âmes mutilées.


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