vendredi 8 mars 2019

Boyd Rice et la journée de la femme






La rédaction d’Idiocratie tient à présenter ses plus sincères excuses aux lecteurs.rices qui auraient pu être choqué.e.s par cette performance de l’artiste californien Boyd Rice. Elle souhaite également leur présenter ces quelques éléments d’explication qui leur permettront, elle l’espère, d’appréhender au plus juste cette démarche artistique atypique laquelle, pour être radicale, n’en est pas moins hautement polysémique, riche en sens et en interprétations multiples autant par son goût de l’ellipse, de la provocation, que par sa préférence marquée pour l’inachevé.


C’est peu dire que Boyd Rice gêne. En fait, Boyd Rice dérange et ce dérangement est à bien des égards significatif. Significatif car questionnant. Comment, en effet, comprendre cette brève performance sonore? L’erreur serait de s’en tenir à la supposée gratuité de l’agression verbale, de n’y voir qu’une lourde démonstration d’ironie visant, une fois de plus, à présenter la féministe comme une incorrigible peine à jouir, à jamais réticente à la fellation, alors même - et elles sont des millions à le prouver chaque jour - qu’elle sait la pratiquer hardiment, en tout lieu et à toute heure, dans la vraie vie comme sur son lieu de travail. Non, Boyd Rice se moque avant tout, avec cette froideur menaçante qui lui est propre, de nos fausses valeurs, préjugés et idées reçues. Ce sont nos biais cognitifs qui sont ici frontalement interrogés et raillés dans une vertigineuse mise en abyme qui apparaît pour ce qu’elle est : l’infernale chambre d’échos de la non-pensée inégalitaire. Les rires de la fin de l’enregistrement ne doivent donc pas tromper : ils sont ceux du white male de demain - ou plutôt d’après-demain, lequel, parfaitement conscientisé, aura enfin appris à rire de bon coeur de son machisme d’antan, de ses archaïques réflexes, de sa brutalité innée, que trop d’entre nous, aujourd’hui encore, feignent de croire éternel.e.s. En convoquant cette œuvre de Boyd Rice, Idiocratie a donc souhaité, à sa manière, délivrer un message d’espoir à toutes les féministes en colère.





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