jeudi 13 août 2015

Sous les tollés, la plage



Eté oblige, les polémiques ont quitté les bancs de l’Assemblée ou l’atmosphère étouffante des grandes métropoles pour camper, au milieu des pâtés de sable et des vendeurs de chouchous, sur les plages de France. Tout a commencé, comme il se doit en matière de plage, sur la Côte d’Azur, à Vallauris Golfe-Juan, près de Cannes, qui eut l’honneur de recevoir en juillet la visite de Salmane Ben Abdelaziz Al-Saoud, roi d’Arabie Saoudite. A l’annonce de la venue du monarque, commerçants et édiles ont déroulé le tapis rouge sur le sable azuréen pour accueillir la suite royale. Les vendeurs de parfums ont apprêté leurs plus capiteuses fragrances, les bijoutiers ont déployé leurs plus somptueuses parures, les restaurateurs ont dressé leurs plus belles tables et les cuisiniers ont tyrannisé les gâte-sauces et mis leurs marmitons sur le grill. Les élus locaux firent fête au souverain de l’intransigeante théocratie, affectant d’oublier les 90 exécutions organisées en Arabie Saoudite depuis le début de l’année 2015, et s’empressèrent de dérouler le tapis rouge sur le sable azuréen, en privatisant temporairement la plage publique située devant la villa royale et en autorisant l’installation temporaire d’un ascenseur permettant à Son Auguste Surcharge Pondérale d’accéder à SA plage avec plus de commodité. L’affaire prit cependant une tournure plus embarrassante quand Salmane d’Arabie se déclara indisposé par la présence d’une femme dans la Compagnie Républicaine de Sécurité affectée à sa protection. Alors que la France se remettait à peine de la terrible affaire des maillots de bain de Reims, les protestations s’élevèrent, provoquant finalement le départ du roi et de sa suite vers une destination plus accueillante, ne laissant pour seul souvenir aux Vallauriens qu’une dalle de béton coulée sur la plage, en indélébile hommage à l’obséquiosité empressée de ses hôtes.



Par un juste retour des choses, la polémique s’est déplacée en août du bord de mer aux bords de Seine, de la Côte d’Azur à Paris-Plage. Chaque été depuis 2002, la rive droite de la Seine est envahie par les parasols, les palmiers en pot et le sable déversé par bennes entières sur le pavé pour offrir aux Parisiens n’ayant pas la chance de pouvoir se rendre à Cannes ou au Touquet entre la mi-juillet et la mi-août un ersatz de villégiature balnéaire. Comme le dit un ami du sud de la France : « Paris-Plage c’est pareil que Saint-Tropez, en été les deux sont réservés aux Parisiens. » La canicule de 2003 contribua fortement à assurer le succès de ce que Philippe Muray qualifiait de « burlesque opération d’intoxication néo-balnéaire »  et l’événement attire chaque année à Paris quelques millions de visiteurs venus profiter du bassin flottant, de cours de danse, de soirées DJ, de cours de fitness ou d’initiations au Segway, cette espèce de pupitre motorisé sur lequel même Dean Martin aurait l’air ridicule. La manifestation s’est enrichie d’année en année de nouvelles animations thématiques : le Brésil – pays festif par excellence – fut à l’honneur, en 2006, tandis qu’un pique-nique géant était organisé de la place de l’Hôtel de Ville au centre Georges Pompidou en 2008. Même Mickey fut de la fête et vint inaugurer en personne une réplique en sable géante du château de Disneyland-Paris en 2011. Pour marquer de son empreinte le sable de Paris-Plage, Anne Hidalgo, nouvellement élue maire de Paris, décida donc que se tiendrait cette année une journée « Tel-Aviv-sur-Seine ». Si on y réfléchit bien, l’idée n’est pas si mauvaise tant la correspondance semble évidente entre la manifestation, devenue avec la Gay Pride ou la Techno Parade l’un des emblèmes du festivisme parisien, et le microcosme balnéaire et festif de Tel-Aviv, décrit avec une certaine justesse en 2006 par Eytan Fox dans le film The Bubble, au titre évocateur.

Buster Keaton, le véritable inventeur du Segway

Le contexte international s’est révélé cependant assez défavorable à l’initiative, peu de temps après l’assassinat d’une famille, dont un nourrisson, au cocktail Molotov par des ultra-orthodoxes juifs en Cisjordanie, le 31 juillet dernier. Si la venue du roi d’Arabie Saoudite et ses histoires de plage privatisée et bétonnée ont modérément fait bruisser internet, l’annonce de l’organisation de « Tel-Aviv-sur-Seine » a en revanche électrisé la toile et a englouti les palmiers et les parasols de Paris-plage sous un déchaînement de protestations. Parmi celles-ci on a pu remarquer tout particulièrement celle de Danielle Simonnet, conseillère de Paris et secrétaire nationale du Parti de Gauche, qui a saisi immédiatement l’occasion de capitaliser sur l’émotion et l’indignation suscitées par la conjonction des événements.
Les rôles s’étant une fois de plus bien distribués, il paraît difficile de trancher l’affaire. La mairie de Paris défend la cause du festivisme pour tous, de Paris-plage à Tel-Aviv. «Nous voulions une initiative festive avec des animations ludiques, gratuites, des concerts, des food-trucks et autres», a rappelé Bruno Julliard sur Europe 1. L’opinion publique virtuelle et les réseaux sociaux réagissent quant à eux de manière quasiment pavlovienne et chargent tête baissée dès que l’on mentionne le mot « Israël » ou n’importe quel terme associé au champ lexical du conflit israélo-palestinien. Le Front de Gauche, par la voix de Danielle Simonnet, fait son boulot d’agitateur de tendances en agitant tout ce qu’il peut à la tribune de l’indignation médiatique. Pour réconcilier tout le monde, il existe cependant une solution : il suffit de remettre à plus tard la journée telavivienne et d’organiser à la place une journée en l’honneur de Salmane Ben Abdelaziz Al-Saoud, roi d’Arabie Saoudite, nouvel invité d’honneur de Paris-Plage. Cela représenterait un élégant geste d’excuse vis-à-vis du malheureux souverain saoudien si injustement traité par la municipalité de Vallauris, au point de devoir écourter ses vacances. Ce serait l’occasion de tenter une expérience innovante en créant une microrépublique islamique ludico-festive (MILF) sur les bords de Seine et cela résoudrait beaucoup de problèmes en France : la tweetosphère indignée, le NPA et le Front de Gauche seraient ainsi satisfaits qu’on ne parle plus de Tel-Aviv. On répondrait aussi définitivement à la question du financement de Paris-plage en privatisant tout le périmètre de la manifestation, de l’hôtel de ville au centre Pompidou, sans oublier le bassin de la Villette. On éviterait les nuisances sonores et l’abus de tenues vestimentaires indécentes en faisant interdire les DJs et toute forme de production musicale dans le secteur concerné, tandis que le seul vêtement de bain autorisé autour du bassin flottant serait le burkini. Les risques de débordements seraient aussi considérablement réduits grâce à l’interdiction absolue de l’alcool et l’on pourrait par ailleurs faciliter la compréhension de l’islam saoudien en organisant des randonnées-découvertes de Paris emmenées par des prêcheurs salafistes montés sur Segway, tandis que des ateliers décapitations et des soirées « Charia pour tous » mettraient une ambiance du tonnerre de 16h à 19h. On rouvrirait aussi les rives de la Seine à la circulation automobile pour organiser un défilé en continu de belles bagnoles face à lafoule en liesse des plagistes et puisque Salmane a l’air de s’y connaître un peu en ascenseurs, il pourrait en profiter pour installer un nouveau funiculaire flambant neuf et plaqué or à Montmartre. Pour finir, on pourrait proposer au pétromonarque de faire couler une belle dalle de béton place de l’Hôtel de Ville sur laquelle les commerçants parisiens éperdus de gratitude et rendus tous millionnaires viendraient déposer des gerbes de fleur et des montres plaqué or. Voilà. Problème réglé, la République Islamique de Paris-plage (RIP) est née.
Sinon à part ça, il se passe quoi dans le monde ?


Retrouvez la  MILF ou la RIP  également sur Causeur


lundi 10 août 2015

Israël depuis Beaufort

Coeur de lion.
Aucun autre Roi, que Richard Ier, dit " Cœur de Lion" n'avait autant frappé les esprits de son siècle. Poète, rebelle, homme de guerre, grand stratège, croisé, il demeure l'archétype du roi-chevalier. « Depuis Beaufort, c'est à dire depuis la forteresse d'un rêve de souveraineté dans le lit tumultueux de l'islam... » Richard Millet prétend aujourd'hui ajouter un codicille aux « Lamentations de Jérémie » : ce sera Israël depuis Beaufort, à paraître aux  éditions des Provinciales, en août  2015.   



La Maison de Richard Millet.

Au mitan de sa vie, un pèlerin se retourne, pressé de restituer à main levée les plaisirs et les jours, les saisons, les châteaux de son paysage intérieur. Extériorité-Intériorité et retour, une des figures du geste littéraire. Comme un paysan à la fin du jour, l'écrivain, heureux de savoir le puits de ses ancêtres toujours actif, arpente ses terres, ses vignes et ses biens, fait station au potager, mesure le chemin parcouru. Le nom de « juif », élu et maudit à l’instar du poète,  sépare les saisons, rythme le temps. Son nom d'arc-portant  au fronton d'une vie dédiée à l'attente du salut.   

Premier mouvement.

Millet hier guerrier parmi les ombres libanaises naquit en France au village de Viam-qui-êtes-en Corrèze, Siom en littérature : à une lettre près le nom de Jérusalem. La Corrèze, terre maternelle, se fait glèbe où l’écrivain, choisit d'enraciner son œuvre, d’édifier son tombeau. Ici encore que  l'homme mûr fait vœu de reposer demain, dédaignant l'héritage du père, Toulousain et parpaillot :  
Ce que je suis,  je l'ai d'abord été, pleinement, jusqu'à l'âge de six ans : un catholique, un enfant traversé par la lumière et la peur, un innocent.

Fils de la Femme, le catholique hautement proclamé choisit la filiation matrilinéaire, juive, nul ne l'ignore. Le père est fonctionnaire, aussi avant de terminer sa carrière, non pas giralducienne de « contrôleur de poids et mesures » mais d'entrepreneur de travaux publics à Paris, mènera-t-il  son fils au pays du Levant,  en terre sainte où chevaliers chrétiens et cavaliers du Prophète ne cessent, depuis l'aube des temps, de se toiser et de guerroyer. Voici  la nouvelle maison de Richard Millet. Son nom de Richard Coeur de Lion dans l'Orient désert. De six à quatorze ans, les années décisives –  celles où le «moi » se construit dans l'adhésion et la révolte – il sera Libanais, qui reviendra s'y croiser à l'aube de l'âge d'homme. Étrange pays que celui qui donnera son nom à un état de fait aujourd'hui trop commun : libanisation. D'après le Larousse : « Processus de fragmentation d'un État, résultant de l'affrontement entre diverses communautés de confessions par allusion aux affrontements qu'a connus le Liban dans les années 1980.  On dit aussi balkanisation.»



Vivre là-bas – au pays qui lui ressemble – exigea du garçon qu'il perdît son accent limougeaud et apprît l'arabe, la langue sœur de celle qu'avait parlée Jésus, la langue renée dont au-delà de la frontière usait le peuple juif de retour d'exil. Sur les fronts baptismaux de cette vie nouvelle, veille un couple fraternel  : Marie et Moïse Hazan – ça ne s'invente pas. De la sœur,  il retient la «  figure quasi mariale », sa manière d'illustrer son nom et du frère, son immense bonté. Devenu grand, Millet chantera, Confession négative,  les armes, la terre et les morts.  Là-bas, il découvre aussi – chose inconcevable à un Français né à l'aube des années soixante –  un monde où la mention de la religion était obligatoire sur les papiers d'identité ; aussi le crépuscule d'un monde tendrement solfié par Maurice Barrès dans Enquête au pays du Levant : une France aimée et estimée à l'aune de ses fruits civilisationnels et universalisants et non pas à celle de sa politique sociale. Une France aimable et estimable, une  France-mère des peuples, idéal-typique, puissante et valeureuse, celle-là même que le Général jadis emporta à la semelle de ses souliers et fit refleurir dans les cœurs d'outre-mer. Toutes choses qui ne faciliteront guère le retour du jeune Millet au pays natal en 1967,  quelques mois avant la défaite politique de « l'homme qui fut la France ».  La longue-vue de Millet – au sens du Cannociale aristotolelico de Tesauro – dûment  polie, il ne l'abandonnera plus. En quelques années, un jeune coeur aura vu sa langue maternelle et sa terre natale, désignées comme porteuses de lumière et détruites à l'instant sous les assauts conjoints du capitalisme,  notre nouvel universalisme et de son surgeon légitime, le multiculturalisme étatique. Comme chaque homme ici-bas, Richard Millet est demeuré blessé à mort du premier coup reçu, qui n'en reviendra pas. À cette blessure, un remède s'impose. Ce sera le souvenir de la filiation davidique du Christ.  À sa manière, l'adolescent Millet fut et demeure un de ces croisés, de si loin venu découvrir les racines judéo-chrétiennes de l'Europe. En langue d'Annie Ernaux, fille de petits commerçants normands, ultime surgeonne du couple Homais- Bovary,  un Quichotte, devant par tous les moyens à disposition être mis en état de nuire et conduit, prétendu obsolète, au renoncement voire à la casse. Millet, on le sait, ne se rendra coupable d'aucun crime d'apostasie.
Au contraire.



La tragédie du retour.  

Le moyen de n'être pas, de retour d'un tel pays, sensible aux mouvements secrets d'un autre territoire, qui, dans les années 1980, sous impulsion socialiste  –  grâces soient rendues aux radios libres et  à la main jaune des potes ! –  sombra dans un communautarisme, que les imbéciles, et eux seuls, jugèrent de bon aloi ? S'il était nécessaire  de  répondre au chef-d'oeuvre de Linhart, L'établi, et au «livre noir sur la condition immigrée dans la France des années 1960 et 1970 », il n'était peut-être pas inéluctable de substituer à une injustice un forfait. Crime pour crime. Sang pour sang. Guerre d'Algérie, dernier acte. Le drame français s'ancrait aussi là-bas et je me permets ici de suggérer à mon lecteur de lire L'établi le plus beau livre composé en langue française sur la condition ouvrière et la condition immigrée:

C'est comme une anesthésie progressive : on pourrait se lover dans la torpeur du néant et voir passer les mois, les années peut-être, pourquoi pas? Avec toujours les mêmes échanges de mots, les gestes habituels, l'attente du casse-croûte du matin, puis l'attente de la cantine, puis l'attente du casse-croûte de l'après-midi, puis l'attente de cinq heures du soir. De compte à rebours en compte à rebours, la journée finit toujours par passer. Quand on a supporté le choc du début, le vrai péril est là. L'engourdissement. Oublier jusqu'aux raisons de sa propre présence ici. Se satisfaire de ce miracle : survivre. S'habituer. On s'habitue à tout, paraît-il. Se laisser couler dans la masse. Amortir les chocs. Eviter les à-coups, prendre garde à tout ce qui dérange. Négocier avec sa fatigue. Chercher refuge dans une sous-vie.



Linhart demeure le Primo Lévi et le Jean Cayrol de ce crime, aussi celui qui, plus que tous, sut donner à entendre l'horreur feutrée du racisme dans l'établissement de la domination patronale. À L'établi, le gouvernement félon du Machiavel Mitterrand, ancien Ministre du régime de Vichy, chevalier noir de l'ordre de la Francisque, a répondu par la conscription des Potes, ajoutant à l'offense initiale la destruction ordonnée par Vichy des chimères hugoliennes et péguystes de justice et d'intelligence françaises, jusqu'à conduire le cher vieux pays au terreau nécessaire à la domination mercantile et à la guerre civile permanente sur lit de haine intercommunautaire.  Démocratie obligerait, gouvernement des lobbies, fabrique d'opinion, guerre de tous contre tous devinrent maux communs dans un pays où l'acculturation, loin de toucher les seuls fils d'émigrés, s'étendrait avec la bénédiction de l'État au plus grand nombre jusqu'à faire du pays entier une zone suburbaine, satellite d'un capitalisme supranational, enraciné nulle part et conduisant à grande vitesse un non-peuple vers un nouveau monde dont K. Dick et lui seul sait les arcanes et la géographie. No futur. Fin du coup. Le roman national a changé de trame, de destinataires et de protagonistes. Pourtant, chacun feignit de n'avoir pas troqué galaxie, espace-temps, langue, culture pour un séjour nouveau et prétendit le peuple inchangé. Au dictionnaire, les vieux mots subsistaient et les atlas, en fait de nouveautés, ne notèrent que la chute du rideau de fer, quand chacun, traversant départements et régions, paysages post-industriels et zones résidentielles, découvrait vivre en Uchronie. Surtout en Dystopie. Le peuple muta subrepticement. Soucheux ou importés,  les résidents du Nouveau Monde formèrent,  clan bientôt majoritaire, un peuple allogène disséminé au centre et à la périphérie des villes. Responsabilité illimitée, ce changement de nature eut lieu semble-t-il dans l'indifférence quasi-générale, voix lucides vite étouffées par l'accusation d'élitisme voire de fascisme. Nommer signifia mépriser, craindre vouloir génocider.  Ce fut comme un aveuglement et une surdité collective, une anesthésie progressive et générale de tous les sens jusqu'à celui d'entendement.  Les premières métamorphoses notables furent le nombre croissant d'obèses, d'enfants délaissés et de cailleras, rencontrés, ça et là,  sur l'ensemble du nouveau territoire. Véritablement la planète de Jabba le Hutt !  Ce fut ensuite au tour de la langue de ne ressembler,  dé-syntaxique et désarticulée, à rien de connu. Murmures et chuchotements disparurent aussi, tôt remplacés par des glapissements frénétiques hoquetant une langue complexe et simple où se mêlaient, disharmonie extrême, au français pour débutants des bribes de verlan, d’argot, d’arabe. 


Hélas !  La France affolée de modernité s'ébaudit, croyant assister seulement à la mort de la morale bourgeoise et à l'enterrement d'une classe longtemps honnie. Désormais, en cet étrange monde, écoles de commerce valaient Humanités et aucun honorable père de famille ne s'offusquait plus que son fils prétendit vendre du vent aux Misérables... Mille détails apparurent, signaux contradictoires, qui bientôt ne choquèrent plus personne ou presque quand un observateur étranger les eût pris pour symptômes d'une démence collective. Le couteau de la valeur disparut du paysage dûment remplacé par des morales communautaires, sectaires : séparatrices. Singulièrement encore, les politiques, frappés plus que quiconque du mal étrange,  continuèrent,  inlassables, de droite à gauche et d'extrême en extrême,  à parler la langue ancienne des parlementaires et des tribuns. Un seul sujet retenait l'attention tandis que le monde ancien, subreptice,  se faisait la malle pour jamais : la question immigrée, péril ou salut ? Un peu court,  jeunes gens, un peu court. La première réponse fleurait bon Vichy-sur-Allier et la seconde confinait au délire. Le moyen pour les immigrés de s'agréger à un vide ou à une absence ?  Les uns prétendaient, vingt ans après la parution de L'établi,  les Maghrébins  «heureux comme Dieu en France» quand plus personne n'était heureux dans un semblable pays et les autres croyaient voir en eux la cause première de la disparition du pays de leur enfance, quand, surgis de l'autre rive de la Méditerranée, débarquèrent, de noir et de vert vêtus, des cavaliers que l'on attendait plus ! Zizanie chérie ! Providence des ordures ! « Divine surprise ». L’Apopo- l’apopo- calypse cosaque, chrétienne, musulmane, juive ou simplement révolutionnaire devint le refrain du jour. Les uns et les autres y virent l'occasion inespérée de reconquérir qui, les territoires perdus de la République ou de Nation et qui, de porter le dernier coup au vieux monde !  La nuit était tombée.  Personne désormais  ne savait, boussole égarée,  s'orienter. La confusion devint maîtresse de la place ouvrant les portes de la stasis à une génération  trop certaine de devoir perdre sa vie à la gagner, partagée entre désir d'en être  tout de même et volonté pré-révolutionnaire d'en découdre au risque assumé de l'apocalypse. Après tout civilisations et planètes étaient mortelles. Vieilles encore, quelle raison les empêcheraient de subir le sort commun ? 

Richard Millet, de bonne foi, estime que les cavaliers d'Allah boutés hors du territoire, la France, évanouie, outragée de toutes parts, reviendra.  Il sait aussi que cette France renée renaîtra sans juifs et aussi sans poètes, aussi se tourne-t-il vers l'instant inouï du 14 mai 1948 auquel succéda dès l'aube du 15 mai la guerre d'Indépendance ! Oui, le XX e siècle a vu un peuple martyre, un peuple couvert de boue et de sang entrer en majesté en terre sainte, y recouvrir ses droits. Instant unique. Hélas à cet instant  ont  succédé,  comme à l'accoutumée,  l'injustice, la corruption et le crime, rendant ce modèle problématique. Que j’aimerais pouvoir partager l’espérance de Richard Millet !

Las, je ne le puis. Je sais le mal affreux dont la France est frappée et moi dont aucune goutte de sang français ne coule dans les veines, j'ai mal à cette France, mienne par la culture, la langue et l'amour indéfectible qui m'y lie. J'ai vu,  comme chacun,  après le lâche attentat contre Charlie hebdo, après cet outrage au génie de l'insolence française, au pays du Père Duchêne et d'Ubu Roi, au pays de Diderot, de Cyrano de Bergerac, au pays de Montaigne et du géant Gargantua, la meute hurler à l'islamophobie avant même que quiconque ne songeât, bouleversé par l'événement, à stigmatiser qui que ce fût.  Déjà, sur les murs de nos  cités à l'envi  mille et cent  « Vive Merah ! » avaient  paru sans inquiéter quiconque après qu'un vengeur algérois fut revenu sur ses pas pour abattre d'une balle dans la tête une youpine de cinq ans. Ici l'on craint davantage l'islamophobie que le complotisme ! La première, il est vrai, appartenait à l'ordre du fantasme, le second, hélas, à celui des faits. Deux bémols désormais demeurent, empêchant les citoyens français d'origine musulmane de se proclamer pleinement heureux : le legs catholique et la part considérable prise dans les affaires du pays par les juifs minoritaires. Réalité niée et fantasme affirmé devinrent lot commun.  Le fardeau de l'homme blanc, ce hideux souvenir colonial, porté par les socialistes français, se vit mystérieusement rapporté à la seule église convertisseuse et aux marchands juifs, comme la tâche sanglante du retour de l'esclavage – due à la seule personne de Napoléon 1er  – reportée, le diable seul sait pourquoi, aux mêmes juifs, miraculeusement redevenus cause universelle des malheurs humains. Quand bien même il serait prouvé que les marchands musulmans guerroyèrent longtemps contre l'Empire britannique pour conserver leurs marchés aux esclaves... Toute l'épopée du Grand Mahdi témoigne comme celle de Boko Haram... Le nom de juif, stigmatisé du temps de son enfance libanaise, fit retour, condamnant Millet à ne plus s'attacher qu’au péril de libanisation de la France. Le mal était commun. Pas un point du globe désormais où « le libre droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » ne se mue, miroir inversé du totalitarisme capitaliste, en retour du religieux. Un diktat :  un peuple, un dieu, et pour défendre sa  haute gloire ;  un unique moyen, la guerre sainte.  En tous points du  globe terrestre, les rois du pétrole, nouveaux maîtres du monde, financent des lieux de culte, traquent juifs et chrétiens et vont en leur désir d'expansion jusqu'à promettre de  nouveaux génocides. Promesse tenue. Lassés des utopies qui toutes ont fait long feu, les dhimmis de la planète entière  hésitent à présent entre soumission et guerre sainte, abandonnant les derniers lecteurs de Qu'est-ce les Lumières ?et les tenants de « la religion dans les limites de la raison » à une solitude extrême. De ce camp très fermé, je suis, qui m'évertue à célébrer Soumission, le splendide poème filmique de Théo Van Gogh, martyr, et à chanter la haute gloire de Boualem Sansal, de Fethi Benslama... de tous les hommes de bonne volonté qui, loin des sentiers de la guerre et de la haine, tentent de rallumer le brandon naguère abandonné  par Thomas d'Aquin, Maïmonide et Averroès. De la dispute savante et non du babélisme surgit l'intelligence.


   
Deuxième mouvement
Millet,  les juifs et le combat pour la sauvegarde de l'identité nationale.  

De retour au pays natal, Richard Millet se sentira exilé, à l'instar de tout juif dont les parents, nés en terre étrangère, s'évertuent à conserver et à oublier, à transmettre et à gommer en un même mouvement contradictoire, un héritage de sang, de terreur et de mort, jusqu'à ce qu'à nouveau, par un très singulier mouvement de balancier, la terre d'accueil ne se fasse marâtre et qu'il ne lui faille reprendre son baluchon et sans amour s'en aller, poussé par la terreur et l'instinct de survie, sur la mer ! À ce terrible douaire, les juifs, d'aventure, ajoutent un legs secret de fêtes, de chants, d'hymnes et de douceur dont aucun sociologue, aucun politicien, aucun ami des juifs, ne saurait discourir. Le secret du shabbat : une famille rassemblée, tournée vers Jérusalem, regarde entrer la fiancée...Très loin de  toute image de la nation, le secret juif a  pour unique nom l'amour filial, celui qu'Isaac jadis enseigna jadis à son Craignant Dieu de Père. Pour le commun des mortels, demeurer juif c'est honorer, à l'instar d’Énée, le vieil Anchise, son père, et non revendiquer une quelconque fierté nationale. De l'antiquité venu, le plus ancien des monothéismes s'étaye des mos majorum et non pas du modèle impérial devenu ecclésial. Tous les zélateurs de la nation moderne, posant,  à la va vite et à main ferme,  leur grille récente d'interprétation, manqueront de plus de la moitié la réalité de ce fait cultuel, culturel et religieux que demeure, au-delà de tous ses avatars historiques, le judaïsme exilique ou enraciné. Il suffit de dix juifs, d'un seul sepher thora, pour établir une communauté. Il suffit de dix juifs,  attachés à prier pour que la souille antisémite paraisse, attentive à les chasser de céans. Sans doute est-ce pour cette raison que le mot “peuple” apparut pour la première fois au cinquième livre du Pentateuque, dans la bouche de Pharaon ! De semblable manière, le miracle de la renaissance juive n'eut point existé sans les pogroms tsaristes, leurs torchons, leurs chanteurs et leurs idéologues. Quant à l'israélitisme français, il n'aurait pas été ce qu'il est devenu, sans le libre consentement du lectorat français à l'abjection drumontique, célinienne puis soralienne. Inlassable, relire Auto-émancipation de Pinsker en guise de prémices à la compréhension de ce qui fut depuis sionisme. Tous les sionismes, politique, opportuniste ou religieux.  Je ne suis pas de ceux qui voient la main du Seigneur derrière le massacre des innocents,  trop aimé Jacques le fataliste en ma jeunesse pour cela. Immunisée.  Vaccinée. Grandie très loin des théories providentialistes, filles de la main gauche des émancipations, je réfuterai jusqu'à mon dernier souffle toute idée de participation divine aux affaires humaines. Pour grands que sont les dieux, ces maîtres et ces pères que l'homme eut nécessité d'inventer pour ordonner le monde, ils peuvent Golem ou diableries,  nous tromper comme  toujours nos créations.


Millet aura poussé  l'amicale volonté d'identification jusques à devenir à son tour «le bouc» de l'édition française. Il ne fallait pas être grand prophète pour deviner l'effet que produirait un faux éloge paradoxal du geste de Breivik. Madame Ernaux-Homais jetterait l'anathème sur Swift ;  Laclos   aujourd'hui serait, nul n'en doute, par ses soins diligents,   interdit pour sadisme et  Erasme,  considéré comme fou de Dieu ! En cette France où tout le monde se pique d'écrire, il semble que personne désormais ne sache plus lire.  Ajoutons à ceci le fait que seuls les minoritaires non juifs semblent jouir du droit reconnu et illimité du recours à la violence. Les « Blancs » auraient épuisé leur crédit. Venu pour eux le temps du seul repentir. La curée fut abjecte. Pas un des écrivains en cour,  jusqu'à ceux qui n'avaient pas lu et ne liraient pas le texte en question,  ne refusa à sœur Annie-des-pauvres son soutien. Millet demeura dans l'arène, quoiqu'un peu en marge de la matrice gallimardesque, et conquit du même coup la place enviée d'irrégulier sous la protection de deux éditeurs de combat. La chevalerie d'Occident possède deux antennes. L'une, paganise ou orthodoxe, selon la saison, célinienne ou gnostique selon l'occasion, et l'autre à Sion-sur-Isère où ne sont admis que les tenants d'une « alliance égarée » entre Israël et la France. Démon de  l'analogie ou secret ontologique ? Chacun, selon sa chapelle théologico- politique ou philosophique, décidera. Les bien-pensants et futurs collaborateurs du nouvel ordre annoncé s'étant unis pour mélire un texte plus anticapitaliste que suprémaciste blanc, Millet aligna les imprudences, dénonçant, à l'instar de Renaud Camus, le « grand remplacement », disant tout haut l'évidence : à certaines heures du jour dans les rames des RER et des TER,  il arrive à un « Gaulois » de se sentir bien seul. Et alors ? diront les imbéciles entamant un éloge de la bigarrure, du poïkilos grec, comme si l'édification d'un village-monde, d'un territoire à architecture unifiée sans autres frontières que les limites bancaires, entretenait le moindre rapport avec une quelconque cité des justes. Les juifs, comme à l'accoutumée tenant fonction de « canaris dans la mine », purent, les premiers, témoigner d'une cohabitation devenue impossible. Mitterrand post mortem avait accompli l'oeuvre de Vichy, quand les professeurs d'histoire, un à un, renoncèrent dans le plus profond silence  à faire étudier « le pogrom majeur de l'ère industrielle » et que les élèves juifs des quartiers populaires et des banlieues durent quitter le système scolaire officiel et trouver refuge, à la grande joie des plus sots d'entre eux et des zélateurs des ghettos, dans des écoles juives. Ce qui ne devait pas arriver est arrivé. Voici à nouveau les israélites concordataires en marge de l'Empire défunt et de la République,  menacés  encore de se voir instrumentés par les chrétiens sionistes. Ceux-ci estiment nécessaire que les juifs, soit se convertissent, comme le fit un des ses anciens auteurs qu'il prise au plus haut point, à la Nouvelle Alliance, soit quittent leur pays natal pour rejoindre, heureux hommes, leur patrie charnelle.   Au service d’Israël pour le triomphe du Christ et prétendent que sur le modèle juif, la France renaisse chrétienne et estiment les juifs « heureux d'avoir un lieu où entrer » !

Ici la lectrice, mézigue, disside...
Gangréné par le capitalisme et le retour de l'antisémitisme mondialisé, Israël 2015 n'a que peu à voir avec la terre de la grande promesse où débarqua, un matin de janvier 1936, un certain Orde Charle Wingate pour inventer Tsahal, intimider les Arabes, pourfendre le livre blanc et bouter les mandataires britanniques ! En eretz aussi il est bien tard et la folie des colons déjà est connue de l'univers entier,  que les Israéliens, partisans d'un petit Israël, partagé avec les Arabes qui furent depuis Palestiniens, n'avaient cessé de dénoncer depuis des années dans l'indifférence générale.  Honte à ceux par qui le nom de juif illustre la vulgate antisémite ! Responsabilité illimitée d'un peuple au si douloureux destin ! À présent me voici sommée de quitter la France. Indésirable, les catholiques me crient : «  Tu as un pays, va, cours, vole et le sers ! », les antisémites païens, néo-maurrassiens ou pas me sussurent à l'oreille «  fiche ton camp, francophobe !» et les autres, gauchistes, néo-marxiens, soraliens, sans s'embarrasser d'aucune politesse,  s'impatientent  «  Talmudo-sionarde, décampe et fissa, t'as rien à faire ici » !  Pas franchement agréable. Une consolation, situation partagée par tous les descendants d'israélites français, qui ne parlent qu'une seule langue, ont pour amis des «soucheux» et tenaient à mourir au pays où ils avaient connu leurs éveils linguistiques, familiaux ou sentimentaux. Ce pays  où leurs parents avaient choisi de demeurer, de croître, de se multiplier et d'être enterrés, ils le considéraient leur et quand ils devront partir, chassés par les Français soumis, c'est lui et lui seul, qu'ils emporteront à la semelle de leurs souliers.  

W ou le souvenir d'enfance. J'emporterai la Place des Fêtes de mon enfance et la fraîcheur de l'eau du lac d'Annecy où j'ai appris à nager et les allées du Luxembourg à la tombée de la nuit avant que les gardiens ne sifflent et, mes pas dans les pas de Barrès, quand j'arpente Paris et l'angle du boulevard Morland où d'Artagnan, un instant, détourna le regard pour laisser le surintendant Fouquet et la marquise de Sévigné se parler pour la dernière fois... J'emporterai la vision émerveillée que j'avais, enfant de Paris, du haut de la rue de  Belleville, et la triste douceur de l'école primaire de la rue des Lilas où j'ai senti pour la première fois  battre le cœur d'une France que je retrouverai, intacte, lisant Alain-Fournier et Péguy. J'emporterai ma peur d'enfant, pénétrant dans la gigantesque prison que fut pour moi le lycée Hélène-Boucher, et tous les livres dont je me souviendrai porteront à jamais l'empreinte du café, de la rame de métro, du jardin, du canapé ou du lit où je les aurais dévorés et à moi, voici que l'on m'explique, que je devrai me réjouir de devoir m'exiler dans cette nasse, menacée par Daesh et mille autres ennemis, exilée dans une banlieue- dortoir parce que je n'ai pas les moyens d'acquérir –  la faute aux capitalistes égoïstes et à la bulle immobilière ! –  un studio dans les beaux quartiers des trois  grandes villes du pays. Pas de Bauhaus pour mézigue !  Juste du béton triste au cœur du désert ou en zones frontalières. Pour émigrer en eretz, il faut  avoir 20 ans, la vie devant soi, des muscles et de la chair, du cœur et de la force, de quoi tenir un fusil, garder les frontières du pays menacé et non seulement se souvenir de la promesse. La promesse, il m'en souvient, juive sans espoir d'un après, juive sans emouna ni foi, quand dans mes livres surgit un arc-en-ciel ou qu'un dibbouck menace d'envahir un de mes personnages, mais je n'ai nulle envie d'affronter, après la folie française, celle des Craignants-Dieu qui m'estiment mauvaise juive de sacrifier parfois au culte de Cochonou ou de Justin Bridou ou même de tenir le crachoir et de ne rester pas, tranquille, à la maison à élever les enfants... 

Pour moi, dont le cœur battait si fort à l'évocation des premiers jours d'Israël, je ne me reconnais pas dans ce pays où le capitalisme a balayé l'utopie des premiers jours,  pas plus que je ne désire prendre part à la  guerre civile larvée  entre fanatiques et laïques européens, n'aspirant qu'à vivre en terre, historiquement philistine et juive, en paix avec leurs voisins. Je rage toujours un peu de voir annexer l'histoire juive, mon histoire, à celle du Salut chrétien ! Je ne dis pas que Richard Millet, à l'instar de la convertie Raïssa Maritain, s'évertuerait, rageur, à contraindre aucun juif à abandonner aux portes du tombeau l'alliance ancienne et à confesser la nature divine du rabbin Jeshuha, mais m'inquiète toujours de l'étrange babélisme attaché au nom d'Israël, peuple de Dieu, assemblée de fidèles et pays réel, soumis aux nécessités de la real-politique. Ma maison a pour murs et bornes Lemaître de Sacy, traducteur de la Bible et inspirateur de l'Esther de Racine, dont j'avais récité la douce prière au talmud thora en mon enfance, liant pour jamais ma francitude à ma judéité en de très harmonieuses autant qu'impossibles noces. Sur ce fil d'aporie, funambule,  jusqu'au bout de la vie, j'irai, meurtrie de devoir me rendre au Temple sous haute protection militaire et affligée d'avoir su ma synagogue, assiégée l'an dernier, comme d'avoir entendu, de mon vivant et de mes oreilles,  crier  « Mort aux juifs » dans les rues de ma ville natale, à quelques encablures de la rue des Rosiers,  devenue  judenrein il m'en souvient  l'hiver 1942. Le mal vient, Richard Millet le sait, du printemps 68... Les juifs en France n'étant tolérés que juifs allemands, en pyjama rayé et bientôt en cendres. N'importe ! Ni mon père ni ma mère, en dépit des avanies subies, mon père, Candide à la bataille de Dunkerque, se vit dénaturalisé, et tous deux, empêchés d'exercer leurs professions respectives d'institutrice et de professeur par Vichy, ont choisi librement de demeurer en France, de m'y faire naître, une décennie après la tragédie. Je ne dirai pas «  j'y suis,  j'y reste », je partirai si j'y deviens par trop indésirable, mais nantie d'un mari goy, je demeure à jamais la femme juive de Grand peur et misère du Troisième Reich de Brecht : ce qui rend mon adhésion à la nouvelle réalité israélienne problématique. Ici, un Palestinien prend l'identité d'un juif mort pour pouvoir vivre en Israël, ailleurs,  un otage israélien se convertit à l'islam... Romans, séries, films,  tout ce qui en Israël me ressemble, récite un étrange poème dont le refrain pourrait bien être L'an dernier à Jérusalem !  Je comprends que Millet rabatte le lien charnel et historique unissant les juifs à Israël sur le souvenir français. Contrairement à moi, il ne croit pas tout perdu, hors ce souvenir, nos textes et nos morts. Pour moi, la France exulte encore, toujours, en dépit des contingences, quand mon âme se souvient du chant des disparus et cette chaîne, inaltérable, me demeure qui unit la Bible à Racine puis à Claudel, l’Iliade à Virgile et puis à  Claude Simon... Sans discontinuer, je ne lis qu'un unique poème. Fahrenheit 451, tel depuis toujours est le nom du pays où mes pères et moi avons résidé. Les délires mercantilistes de l'édition française n'ont pas augmenté d'un iota le chiffre des lecteurs véritables. Être juif dans le monde où j'ai grandi signifie demeurer en la Librairie et tâcher de n'en désirer point sortir, certaine qu'au dehors tout me sera pièges, blessures et poignards. Aussi sans doute, du cher vieux pays, n'ai-je au fond jamais rien attendu,  mithridatisée par l'Histoire  contre toute espérance politique. Je crois au salut non pas par le Livre mais au salut par les livres. Je ne crois pas à l'efficace de la parole divine mais à celle des paroles humaines, pas davantage à l'histoire providentielle mais aux mouvements alternés de bonheur et d'horreur, de croissance et de décadence, décrits par Vicco en sa Science nouvelle. L'histoire humaine  pour moi ne saurait se confondre avec celle du salut. Dans la nuit, les hommes vont,  solitaires,  quêtant ça et là des solidarités de hasard et d'occasion .



Politique et Salut.   

"Contre cette soumission politico-religieuse, réaffirmons, envers et contre tout, la nécessité du salut, du catholicisme et de ses racines juives."

Israël depuis Beaufort... Le titre est beau, qui évoque les chevaliers francs, venus en Palestine délivrer le tombeau de Messire Christ et dans le même geste, l'inutile combat mené par l'armée israélienne en cette même forteresse, reprise au hezbollah en 1980,  et abandonnée après d'inutiles pertes, dont témoigne le beau roman de Joseph Cedar, qui en fit un film lui aussi tout à fait remarquable : une sorte de Désert des Tartares en terre croisée.  
Millet prône une alliance judéo-chrétienne contre un ennemi commun. Des ennemis communs : «impies, païens, régicides, hédonistes, nihilistes gouvernés par les princes de ce monde», contre ces ennemis du genre humain,  il se revendique catholique, «suscitant les juifs de l'ancien testament en même temps que les pères de l'église et aussi ces liturgistes de l'universel que sont les grands musiciens....  tant d'autres qui signent à leur façon l'alliance entre ces deux testaments. » Millet en appelle à Paul  Claudel qui,  en 1941,  rappela son respect dans une lettre au Grand Rabbin de Paris  du droit d'aînesse d'Israël, ce qui valut à Claudel la vindicte et la souille de Je suis partout, texte très librement republié aujourd'hui par Isa Audern, une officine d'extrême-droite, qu'il serait très mal vu d'interdire tant la morale soixante-huitarde sert également les brutes pseudo ou post marxistes et les nostalgiques de l'Europe de Drieu,  païens  et néos maurassiens,  quenellistes et autres héros de notre temps : cette belle France dûment  cimentée,  comme au temps du brave général Boulanger,  par l'antisémitisme.  
La posture de Millet  n'a rien d'affectée, celle que sa biographie, son éducation, ses souffrances  et sa patiente réflexion ont forgée, en ceci je la respecte,  tout en conservant,  brûlante au cœur, la douloureuse question du droit d'aînesse. En effet, La Bible recèle bien des enseignements.  Parmi eux, le possible  triomphe du puîné, Isaac sur Ismaël, Jacob sur Esaü,  Joseph sur ses frères et m'interroge sur les conditions de survie du judaïsme dans la tourmente contemporaine. Vers l'Espagne andalouse, à nouveau, je me tourne, et me souviens du lien unissant la première apparition de la prière silencieuse dans le livre de la Genèse 12-24, au secret devant être conservé face à Laban, l'infidèle, frère de Rebecca, notre deuxième matriarche. Déjà le marranisme face à  l'allié qui se révélera demain l'adversaire...

Il existe mille manières d'être juif, catholique ou seulement humain. Pour moi, l'amour de Dieu, le commandement de devenir une lettre du texte, prévalent sur tous les commandements.  Le dernier revient c'est toujours le  Premier: «  Aimer Dieu, marcher dans ses voies, le servir de tout son cœur et de toute son âme ». Parfois, je rêve de voir tous les catholiques redevenir simplement juifs, « circoncire leur cœur » ainsi qu'il est dit au verset 16 chapitre X du Deutéronome : «  Ayez donc soin de circoncire votre cœur et ne vous endurcissez pas davantage » mais à ce compte, il faudrait aussi que les catholiques fassent leur le verset 18 du même livre:  «Aimez les étrangers, parce que vous l'avez été vous-mêmes en Égypte... »

Contre l'inimitié musulmane,  je choisis, à l'instar d'Aragon, poète de l'île-de-France, d'aimer les étrangers et prie Dieu-qui-n'existe-pas de me donner la force de ne jamais succomber aux puissances de la haine. Je me souviens aussi que les hommes ne sont que de passage sur une Terre qui n'appartient qu'à Dieu en nue propriété et que nous ne sommes possesseurs en droit mosaïque que des caveaux de nos pères. À ce titre, je suis française et non israélienne, n'ayant pas gardé, barrésienne blonde, les rives du Jourdain ni porté l'uniforme vert-olive.  À ce titre,  je demeure du Livre et non pas de la Terre. Longue vie et salut à Richard Millet. Que l'amitié qui nous unit nous demeure dans nos différences comme dans nos convergences, en littérature et en espérance françaises.


S. V.  



mardi 4 août 2015

Le voyage immobile...

Jérusalem, février  2013. Débarquée ici dans la ferme intention de recevoir, descendu  des hauteurs de Haïfa, du basalte du kibboutz de Dégania[1] ou d'un lieu encore non identifié, l'esprit – « qu'importe le flacon »..., l'élan, le souffle, en un mot hébraïque « le rouah ' », qui, loin d'un trop long hiver éditorial, féconderait mon ardent désir de composer en langue française une Iliade juive, le blizzard m'a sonnée. Le nom de cette Iliade à l'assaut de l'habituelle Jérémiade ? Orde de Judée, bio-roman d'Orde Wingate, un officier britannique, qui peut, en jargon journalistique, passer pour le « Lawrence d'Arabie des juifs ». À rebours du nouveau attendu, la vieille Europe, sous mille formes, est revenue, sorcière, frapper à la porte de mon âme, de si loin venue vérifier la fameuse « théorie de Sainte-Beuve », si souvent citée par Guy Dupré, qui veut que chaque génération en réfère non point à ses pères mais aux pères de ses pères.



Dans le cas d'Ido, aspirant de vingt-trois ans à la haute gloire des Lettres, le retour à l'Europe d'avant la catastrophe. Un nom, David Vogel ( 1891-1944). Comme un naufragé, à sa planche, attaché, le garçon insiste : non,  Vogel n'est pas mort « là-bas . » D'ailleurs, ce « là-bas », cet au-delà de toute raison passe ici, sinon pour invention sioniste, du moins, pour hyperbole. "Mythe fondateur",  dirait l'autre. "Mensonge d'Ulysse". Ido ne le formule pas ainsi. Né sur une terre où l'esprit pionnier a choisi, haut et fort, d'entonner le couplet national-cornélien, le jeune homme réfute, à l'instar de tous les jeunes gens nés derrière ce qui naguère hier se disait « rideau de fer», toute pompe et toute emphase, ce qui tonne et roule. Son vœu unique ? Revenir à la simplicité de Kafka. De mémoire, il me cite en anglais la parabole "du chat et de la souris[2]". À son tour et à son cœur défendant, il compose  sa Lettre au père.
Déjà sa vive intelligence m'avait frappée, quand je l'entendis, on était à Pourim [3]  crier sa haine : «  À ces vains ornements,  il préfère la cendre et n'a de goût qu'aux pleurs que je le vis répandre[4]." Ce carnaval glorifie Esther cachée parmi les Gentils. En ma chère Sainte Esther,  patronne des marannes,  honorée jadis dans les églises d'Andalousie, Ido ne voit qu'une pute ! Ido ignore que longtemps les rabbins écartèrent ce rouleau[5] du canon biblique ! Je songe au vieux Racine, réclamant à la Bible le chiffre, pour en appeler au Souverain absolu qui l'avait stérilisé. Contre Louis XIV-Nabuchodonosor, recourir aux cantiques des filles de Sion, super flumina Babylonis et à  la conversion d'Assuérus par l'amour. Je songe aux usages de la tragédie biblique en douce France, à la démence anti barthésienne qui secoua la vieille Sorbonne et aux admirables pages que le même Barthes consacra à Athalie.
Évidemment mon niveau d'anglais ne me permet pas d'aller plus avant ! D'ailleurs, je ne suis pas venue en Israël pour conférencer, seulement pour écouter.
Il faut qu'Ido, Michaël, Yaël, Chaya... chacun des jeunes Israéliens, nés dans les années 1990, prennent acte des fautes de leurs pères et composent, chacun à sa date, son poème mémoriel.  Génération par génération, âme par âme.
Dans la nuit de Jérusalem, j'ai écouté deux garçons évoquer le passé, égrener les noms de Léa Golberg, de Jacob Pichman, de Franz Kafka et de son ami Ernst Weiss. Pas le lieu ici d'entrer les détails, seulement faire entendre au lecteur français, que la curée antisioniste la plus ardente, toutes les indignations du vieil Hessel, n'égalera jamais en violence la volonté du jeune Ido, Tel-avivien de vingt ans, étudiant à l'université hébraïque de Jérusalem, de réfuter que Vogel ait pu mourir « là-bas » ! Pourquoi Vogel ? Sa vie comme une métaphore. Juif de Galicie, plus exactement de Polodie entre les rives de la Stryna  et celles  de la Muzafa,  qui pour tous les juifs de cette zone-là furent Styx[6], Vogel choisit d'écrire en langue hébraïque et de rater son alya. En 1931, on lui offrit un poste de professeur à Herzilia, il préféra s'en revenir errer en Europe, de Vienne à Paris et de Paris à Hauteville, avant que l'administration française ne choisisse à sa place. D'abord le camp d'internement pour étrangers, ensuite Drancy, dernière étape avant destination finale.  Longtemps on crut Vogel envolé – la faute à son nom sans doute –, ravi au ciel, selon le rite de l'apopo, l'apopo... théose. N'est pas empereur de Rome qui le rêve. Seulement un poète juif assassiné, one of them, un enfant d'Israël-qui-n'êtes nulle part et surtout pas au ciel,  en ce temps-là.


De retour à Paris, ma pensée monte vers mon père (Georges Vajda 1908-1981 ) qui refusa en 1953 un poste à l'Université hébraïque de Jérusalem d'où mes jeunes amis, à nouveau, rêvent de rentrer en Europe, exigent de retrouver le nom allemand de leur grand-père,  changé,  à leur arrivée,  par les Sionistes  en nom hébraïque,  et je me dis qu'il est bien tard.
J'écrirai tout de même l'Iliade d'Orde Wingate, les premières marches de la grande Odyssée, l'unique odyssée,  à vrai dire, du XXe siècle. Je la composerai pour eux, pour Michaël et pour Ido. Que son souvenir ne meure pas tout à fait.
Je le composerai aussi pour Guil B., mon ami de jeunesse, devenu Rasta Guil, qui, d'une autre génération, sait concilier patriotisme et internationalisme, lire Charlie Hebdo et demeurer ferme sur l'amour d'Israël dans les frontières de 1967 s'entend. Qui rêve, les fous exceptés, des deux rives du Jourdain ? Ceux-ci se feront plus sûrement les fossoyeurs du cher vieux-jeune pays que tous les Indignés et flottiliers.
J'emporte, intacte, l'image des baobabs, des jujubiers, des acacias de Bolivie ou d'ailleurs, des palmiers dattiers ou pas, des bananiers, des myrtes africains, des fucus, des cactées, de toutes les roses du désert et de toutes les fleurs et les fruits des cactées, qu'on dit saber, « sabras », l'image de cet éden en plein désert, face à la mer morte, que constitue le jardin botanique d'Ein Gedi. Je songe au mythe de la femme de Loth et j'imagine Ido,  pétrifié dans le sel d'Europe, certain que les juifs toujours sont le sel de la terre et mon cœur se serre.


J'emporte aussi le souvenir de ce conducteur de car « palestinien » sur le parking du site  supposé avoir été, être, le théâtre du  baptême de Jésus, aux rives du Jourdain.  Je me souviens de ce personnage de la comédie italienne des années 1960.  Sous le regard émerveillé et complaisant de deux collègues, l'un juif, l'autre arabe, il éructe contre Arafat,  fait mine de cracher en proférant son nom. Le bonhomme peste contre l'administration jordanienne, conte l'aisance avec laquelle "il passe les check-points des « juifs » : «  Chalom, léitraot :  bonjour, bonsoir. »   Il crie son bonheur de travailler ici "avec les juifs"  (" mi yehudim")  répétait-il, "avec les juifs". Inchalah, Camarade ! Que le ciel et surtout, que  le monde t'entende ! Que n'es-tu,  brave Pepone palestinien,  représentant de ton peuple à l'ONU !
D'ailleurs notre promenade, cher Guil, aux rives du Jourdain ressembla fort à un chapitre ajouté à l'Arrache-coeur de Boris Vian. Loutres, poissons chats géants, tortues, oiseaux migrateurs, pêcheurs et ornithologues,  au milieu des détritus longeant le kibboutz originel et une très vaste et admirable palmeraie,  s'étaient donné rendez-vous pour composer à notre usage la plus étrange scène, des étoiles à la terre, qui se puisse. Mention spéciale à la jeune Yéménite, figure surgie de notre jeunesse, occupée à danser et à chanter des cantiques de Pourim sur la rive adverse que nous ne pûmes, même en cheminant sur un tuyau d'eau ou de gaz, atteindre. Sans doute nous criait-elle l'impossibilité de se baigner jamais deux fois dans le même fleuve.  
J'emporte l'image du théâtre arabo-juif de Jaffa, au-dessus de Tel-Aviv-qui êtes si belle, ce lieu réel où j'avais situé avant de l'avoir vu encore l'intrigue si l'on peu dire de L'An dernier à Jérusalem. Ce fut dans le but de découvrir quelques indices de réalité qu'au seuil de la vieillesse j'ai renoué avec le pays oublié et retrouvé.  One of them.
J'emporte le pays réel comme non lieu et comme résidence intérieure.
J'emporte les images d'un carnaval contemporain où les branchés de Tel-Aviv se déguisent en « haredim » : en juifs religieux, aux bras de ballerines et de sorcières blondes de Bacharach[7]. Aussi en moi, inscrit,  l'étonnant spectacle d'un défilé de zombies sur Allenby street,  des fragments de la nouvelle  scène  israélienne, l'énergie de Rami Fortis, clown rock, et l'incroyable beauté de Rana Keinan, égérie gay,  sa voix de Marlène Dietrich punk au Barby Club.
Aussi je conserve le sourire des jeunes Israéliennes, si belles Rébécca au puits de l'amour qui jamais ne dure.


Je me souviens des centaines de chats errants dans les rues de Tel-Aviv et de Jérusalem, de la splendeur du mont Carmel à Haïfa, du temple Bahaï et de son jardin persan où la poésie arabo-musulmane fait résonner sa lyre où manque la corde gazaouie.
Je me souviens de la laideur de la Haïfa moderne.
J'emporte le souvenir des yeux rieurs d'Abraham Hakavia, petit juif de Pologne, bachelier de seize ans, entré au Technion[8] de Haïfa et devenu, meilleur angliciste du coin, l'interprète attitré d'Orde Wingate, qui le pria  de l'accompagner, en train, à dos de chameau, d'âne ou en jeep,  du Soudan en Éthiopie où, pour la rondelette somme d'une lire et demi par mois, une demi pour sa mère, demeurée à Haïfa et le reste pour la nourriture et l'hébergement, aida le Major Orde Wingate à bouter il Duce du pays et à ramener Sa Majesté l'Empereur Haïlé Sélassié sur son trône. "Il fit ce que je voudrais faire si j'avais quatre dromadaires.[9].."  J'emporte sa santé centenaire. Quatre-vingt seize ans, il est plus vieux que le pays. Je me souviens du sourire de Suzanne, son unique épouse et d'Irit leur infirmière, tellement vive et joyeuse face à la mort qui vient. Forte comme un arbre d'Ein Guedi.
J'emporte aussi la tristesse d'un livre hier composé pour les Israéliens[10] qui n'en sauront jamais rien et songe que l'an prochain, je reviendrai à Jérusalem et que de mon « service inutile », personne ne saura rien. Comme le criait le Général della Rovere[11], dans le film éponyme de Rosselini : ça me va.

Sarah Vajda





[1]    Le premier qui fut fondé en 1905 où naquit Moshé Dayan.
[2]    Un des passages de La Muraille de Chine.
[3]    Traduction littérale: les sorts. Le carnaval juif...
[4]    Racine, Prière d'Esther,  acte 1. Seulement transformé un présent « voit » en passé simple pour la concordance avec mon propre texte.
[5]    Le livre  d'Esther se trouve sur une meguila, un rouleau et le nom lui en  est demeuré  : le Rouleau d'Esther, lu à la synagogue à l'occasion de la fête de Pourim. 
[6]    En 1942, avant Wansee tout était plié, Shoa par balles.  Enfermés dans les caves, les immeubles, les synagogues et immolés sans autre forme de cérémonie. Il en périt près d'un millier à Polodie.
[7]    Apollinaire, La Loreleï.
[8]       e Technion ou l'institut Israélien de Technologie est une université de recherche publique.  Fondée en 1912, le Technion est la plus ancienne université d'Israël, on y délivre des  diplômes en sciences, en génie et dans des domaines connexes tels que l'architecture, la médecine, la gestion industrielle et de l'éducation.
[9]          Apollinaire, Bestiaire. Le premier poème appris au jardin d'enfants dont j'ai conservé la mémoire : « Le dromadaire : Avec ses quatre dromadaires/Don Pedro d’Alfaroubeira/Courut le monde et l’admira/.Il fit ce que je voudrais faire/Si j’avais quatre dromadaires. »
[10]  L'An dernier à Jérusalem,  paru en septembre 2012, sous l'hétéronyme de Myriam Sâr, une prétendue jeune scénographe israélienne,  aux éditions des Provinciales.
[11]  Film franco-italien, sorti  en 1959.