dimanche 15 mars 2020

Mesures d'urgence à adopter après l'épidémie de Covid-19



Ca y est. Nous y sommes, en plein milieu de l'épidémie de Coronavirus, nouveau fléau venu d'Asie après le SRAS, la peste noire, la perche à selfie et GangnamStyle (3 543 988 873 d'infectés à travers le monde selon Youtube). Tout le monde prenait ça à la légère au départ, y compris l'OMS qui ne voyait pas de raison de se mettre la rate au court-bouillon pour si peu ou les pouvoirs publics en France qui ne voyait pas de raison d'annuler le match entre l'Olympique Lyonnais et la Juventus de Turin le 26 février. On le sait, le foot c'est sacré. Interdiction de se réunir sauf pour les supporters parisiens dont la connerie, faut-il le rappeler, est particulièrement transmissible. Enfin, maintenant c'est fini, tout le monde arrête de déconner. Les rebelles qui continuaient à se faire ostensiblement la bise se sont mis au jeté de coudes, comme tout le monde. L'OMS s'arrête de n'avoir servi à rien et le gouvernement a annoncé la fermeture des écoles, des commerces, des restaurants, des cafés, des discothèques et l'annulation de tous les événements et rassemblements sauf les élections municipales évidemment ; il faut tout de même que le divertissement politique occupe un peu les esprits chagrins de ce dimanche confiné : Edouard Philippe au Havre, Hidalgo ou Dati à Paris, Collomb à Lyon, Juppé à Bordeaux – pas de doute, les mairies ont pris la mesure de la pandémie. Il y a cause nationale et Cause Nationale. Désormais, c'est la psychose, l'anxiété et le règne du principe de précaution. Vous êtes tous invités à rester chez vous et à adopter les mesures qui s'imposent : vous laver les mains ; mais aussi ; vous laver les mains, sans oublier de : VOUS LAVER LES MAINS, en ajoutant qu'il faut absolument penser à vous laver les mains et, si ça ne suffit pas, à vous laver les mains encore et encore, jusqu'à ce que des écailles de poisson finissent par pousser sur votre peau blanchie et fripée. Néanmoins, si vous êtes atterré par la perspective de cohabiter avec les gosses 7j/7 et 24h/24 pendant trois semaines parce que la crèche/l'école/le collège/le lycée a fermé ou que vous êtes déprimé parce que vous vous retrouvez au chômage technique, la période qui suivra sera très riche en opportunités, naturellement si vous êtes encore là ! Il faudra seulement être malin et savoir les saisir pour surfer sur la vague de la post-apocalypse. Tour d'horizon des mesures d'urgences à adopter après la fin de l'épidémie.

1)    Vous êtes prof

Vous avez sauté de joie à l'idée de ne plus revoir vos sales morveux (enfin ceux des autres, ce qui est bien pire) pendant trois semaines ? Vous avez rapidement déchanté en passant vos journées à composer des cours et des devoirs en ligne tout en tâchant de vous occuper de vos propres morveux tandis que les gens vous méprisaient encore plus que d'habitude en vous traitant de sale feignasse ? L'heure de la vengeance sonnera bientôt ! Pendant que vous trimiez à taper tous vos cours ou à essayer de comprendre comment fonctionne la plateforme de cours en vidéo et à distance de l'Education nationale, à laquelle personne ne se connecte de toute façon, vos élèves auront passé cinq semaines (en comptant les vacances scolaires) A NE RIEN FOUTRE. Vous pouvez être sûr que la plupart n'auront même pas daigné ouvrir les jolis récapitulatifs de cours placés semaine après semaine sur « l'environnement numérique » de votre bahut. Quant à vos rares tentatives vidéos de cours en ligne, vous pouvez être sûr qu'elle auront moins de succès que les films coquins de Benjamin Griveaux. Mais ces petites enflures de porteurs sains qui vous ont refilé le Corona juste avant la fermeture de votre établissement vont rapidement déchanter quand 1) ils vont s'apercevoir que vous êtes toujours vivant, 2) ils vont découvrir le devoir sur table coefficient 15 portant sur des chapitres du cours dont ils n'ont jamais entendu parler. Ce sera à votre tour de rigoler, pas trop fort tout de même afin d'éviter une quinte de toux fatale.

2)    Vous êtes restaurateur ou patron de bar

Cette fois c'est la fin. Vous avez monté un commerce en octobre 2018 mais vous avez réussi à survivre aux Gilets Jaunes et aux grèves des transports sans mettre la clé sous la porte et vous repreniez doucement espoir jusqu'à l'arrivée de ce foutu virus qui va à coup sûr mettre par terre votre gargote. Détrompez-vous ! Durant tout le temps que durera l'épidémie, vous n'allez pas être à la fête mais pensez déjà à l'après ! Pensez à tous ces abrutis rendus fous de frustration par trois semaines sans pouvoir déblatérer de conneries au comptoir et farcir les oreilles du serveur avec leurs analyses politiques foireuses. Imaginez les hordes d'étudiants en école de commerce se ruant la bave aux lèvres sur le premier débit de boisson à rouvrir pour vider des tonneaux de bière en braillant Les lacs du Connemara à tue-tête jusqu'à trois heures du matin. Figurez-vous les hordes de pouffes et de kakous en rut qui vont s'entasser dans les boîtes pour suer leur Vodka orange à dix balles sur toutes les pistes de danse de l'hexagone et de l'outre-mer. Au lieu de pleurnicher sur votre comptoir comme Florence Foresti aux Césars, vous devriez déjà être en train de commander de la bière par camions entiers pour inonder votre clientèle de Coronarita, Corona Sunrise, Corona Sunset et tous les cocktails que vous pouvez imaginer à base de Corona, qui couleront à flot lors de la CORONA FUCKING FIESTA organisée dès la réouverture du bar ! Dès la fin de l'épidémie, le festivisme inconscient et irresponsables reprendra ses droits. Les gens auront soif de débauche, de sexe et de teuf jusqu'à plus d'heure et surtout ils auront SOIF ! Préparez-vous sans attendre pour l'interminable fête de fin de quarantaine et les cohortes de soirées « Covid-toi la tête », « Corona No More » et « Virus Party » qui se succéderont jusqu'à la prochaine pandémie ou catastrophe mondiale. Les affaires vont vite reprendre et vous aurez le temps de vous faire assez de pognon pour pouvoir envisager une retraite précipitée, à l'abri sur une île paradisiaque quand les choses sérieuses commenceront vraiment !


3)    Vous faites partie du personnel hospitalier

Autant ne pas se le cacher, vous n'allez pas être à la fête ces prochains jours. Il suffit de faire un peu de maths niveau CE1 pour deviner qu'un virus avec un taux de mortalité de 2 ou 3% et une période d'incubation aussi longue n'a pas infecté 10000 personnes en France mais certainement dix fois plus. Les choses sérieuses vont commencer quand tous ceux qui bombaient le torse et faisaient les malins vont se précipiter à l'hôpital à la moindre toux par paquets de mille en pleurnichant pour être pris en charge alors que vous aurez des cas bien plus graves sur les bras à gérer. Mais il faut voir le bon côté des choses. On a pas si souvent l'occasion de devenir des héros. Quand cette foutue épidémie sera passée et que vous aurez dormi trois jours d'affilée pour rattraper les heures de sommeil perdues, vous serez les rois des soirées, votre conjoint ou votre conjointe vous regardera avec des yeux humides d'admiration, on vous paiera sans arrêt des coups dans les bars et c'est tout un peuple de labradors reconnaissants qui sera à vos pieds pour le restant de votre vie, enfin disons au moins les six ou sept semaines qui suivront, le temps que les gens oublient et se remettent à se plaindre et à traiter les autres comme de la merde ce qui ne prend pas très longtemps en général. Et puis vous aurez accumulé un paquet d'heures sup et le gouvernement consentira certainement à faire enfin un geste envers le secteur hospitalier et les personnels de santé, eut égard aux services rendus à la nation. Ils ne mentiraient quand même pas dans de telles circonstances non ?

4)    Vous êtes journaliste à BFMTV

Pour vous c'est la fête qui commence dès maintenant. Après avoir couvert avec le professionnalisme et l'impartialité qu'on vous connaît les dernières crises sociales et déroulé les sujets larmoyants sur les pauvres hommes politiques menacés dans leur vie privée par les méchants réseaux sociaux et le méchant Internet, vous allez pouvoir continuer à terrifier la population avec un décompte des morts minute par minute, convoquer sur les plateaux toujours plus d'experts improbables qui se contrediront tous ou seront unanimes pour affirmer qu'une épidémie c'est difficile à contrôler ou que quand on voit ce qu'ils ont fait en Chine ben on se dit que la dictature c'est pas si mal après tout. Les prochaines semaines vont être l'occasion d'écrire un nouveau et glorieux chapitre du grand livre de la coprophagie médiatique, de faire peur, de faire pleurer, de semer le doute, la panique et la confusion tout en répétant inlassablement qu'il faut bien sûr se garder de diffuser la psychose dans la population. Malheureusement, l'épidémie finira par se calmer et il faudra trouver un nouveau sujet pour alimenter le journalisme à grand spectacle mais rassurez-vous, le monde n'est jamais avare de tragédies à aller renifler, vous ne manquerez jamais de travail.

5)    Stagiaire à BFMTV

Vous voulez « devenir reportaire de térin » depuis que vous êtes tous petit. Voilà c'est l'occasion, l'épreuve du feu est là. Vous allez pouvoir passer des heures à vous les geler devant les bureaux de vote quasi vides, ou interroger des commerçants qui vous répéteront vingt fois qu'ils espèrent bien que le gouvernement va les aider avant d'aller attraper le Corona dans le hall d'un hôpital où votre chaîne vous aura dépêché pour aller récolter un peu de larmes, de peur et de fatigue pour les heures de grande écoute et pour qu'Alain Duhamel puisse pontifier à loisir. Mais ne perdez pas espoir. Avec de la chance, le virus fera peut-être un peu le ménage dans la rédaction et vous pourrez espérer vous hissez du col pour faire un jour autre chose que des sujets de merde sur l'annulation des Comices agricoles du Neubourg (Eure) à cause du Corona. Un jour peut-être vous deviendrez Alain Duhamel à la place d'Alain Duhamel.

6)    Vous êtes trader

Allez vous faire foutre. Avant l'épidémie. Pendant l'épidémie. Après l'épidémie. 

7)    Vous êtes Président de la République

Dur dur hein ? Hier les grèves, avant-hier les Gilets Jaunes et aujourd'hui : ça. Mais au moins vous avez enfin LA crise nationale qui forge un président, qui lui donne sa stature. François Hollande avait eu les attentats et le Mali, vous avez le Coronavirus. Vous pouvez parler à la télé en prenant un air grave et en appelant à l'unité nationale sans rien promettre d'autre que du sang et des larmes pour les semaines à venir. Ca change des promesses à répéter et des finasseries médiocres pour essayer de passer entre les mailles de la crise sociale et espérer être réélu en 2022. Bon c'est sûr au début de la crise, tout le monde a un peu merdé, y compris vous. Mais quelques dizaines de milliers de morts plus tard, tout sera rentré dans l’ordre, non ? Et vous serez celui qui a affronté le désastre, gardé la tête froide, dont la main n'a pas tremblé avant de prendre les décisions douloureuses. Evidemment, vous et votre gouvernement avez complètement sous-estimé la gravité de l'épidémie quand elle a commencé, avant de brutalement basculer dans la psychose totale quand vous vous êtes rendus compte que ça sentait vraiment le sapin et que l'Italie s'était transformé en unité de soins intensifs à ciel ouvert mais vous pourrez toujours demander aux copains de BFMTV cités plus haut de mitonner un petit storytelling sexy pour montrer à la population que vous avez été, êtes et serez toujours le chef d'Etat à la hauteur. 


     8) Vous faites partie du gouvernement

Ne nous cachons pas la vérité : cette gestion de crise a été si merdique de haut en bas qu'elle laissera peut-être une nouvelle expression dans le parler populaire. On ne dira plus "tu as vraiment merdé" mais "tu as macroné sévère". Entre cette évaporée de Buzyn qui vient tranquillement de dégoupiller une grenade et de la jeter au milieu de la majorité, le cafouillage ridicule avec Blanquer sur la fermeture des écoles, l'incompréhensible maintien du premier tour des municipales ou l'affaire regrettable du traitement à la Chloroquine, écarté tout d'abord avec morgue par les experts qui n'ont même pas la décence de regarder leurs pompes maintenant que le ministère de la santé a fini par admettre que ça marchait, toute la Macronie du sol au plafond semble infectée par le virus de la connerie la plus lourde, le Conarovirus puissance 19. Vous pouvez prier pour que ça se tasse en sortie de crise mais franchement il y a peu de chances. Cette fois ça c'est vu. Manu est peut-être toujours aussi exalté et plane au-dessus du champ de bataille de sa guerre sanitaire, shooté au lyrisme médical et à la solidarité européenne mais vous savez vous quelle sera la première mesure d'urgence à prendre dès la fin de ce foutu confinement : prendre un aller simple pour quitter la France assez vite avant que ça commence à macroner vraiment dur et que la tempête de merde ne s'abatte aussi sur vous. Vous pourriez vous mettre en coloc avec Valls à Barcelone. C'est sympa comme ville et on dit qu'il a encore un peu de place dans son équipe de campagne. Histoire de vous faire oublier et d'aller macroner un peu chez les autres pour changer.

     9) Vous êtes homme/femme politique dans l'opposition

Quand vous avez été consulté sur l'éventualité de reporter les élections municipales, vous avez chouiné comme vous savez si bien le faire et hurlé au fascisme et à la confiscation de la démocratie. Quand le premier tour des élections a eu lieu vous avez chouiné comme vous savez si bien le faire à propos de l'irresponsabilité du gouvernement et de l'absence de respect des normes sanitaires. L'épidémie ou la fin de l'épidémie, ça ne changera pas grand-chose pour vous. Vous continuerez à chouiner comme vous savez si bien le faire et vous indigner en fonction d'intérêts purement électoraux et de calculs politiciens. Par contre, l'épidémie finie, vous serez moins serrés sur les plateaux TV qui n'obligeront plus leurs invités à se tenir à un mètre les uns des autres. Et le restau de l'Assemblée ou du Sénat réouvrira ses portes. Pas trop tôt, les plats préparés ça va bien cinq minutes et le traiteur ne livre plus depuis une semaine. 



mercredi 19 février 2020

La tribune d'Emile Boutefeu




Manager XXXII






23H30 au Kozy Korner, Gaétan s'épanche :

- J'ai eu beaucoup de chance de tomber sur elle. C'est une femme exceptionnelle, bourrée de qualités rares. La chance de ma vie. Je me dis très souvent : "Wahouuu ?! ça t'est arrivé à toi, Gaétan ! la vie est trop belle, c'est clair !" Mais il faut bien dire que c'est quelqu'un d'hyper exigeant. Et c'est vrai aussi qu'elle est pas facile à vivre. Je rigole pas tous les jours avec elle, c'est clair. Mais il faut dire qu'elle sait bien tirer les gens vers le haut, les pousser à se dépasser, obtenir le meilleur de chacun. C'est pas toujours évident d'être à son niveau il faut suivre. A son taf, tous ses collègues ils disent que c'est une super manager. Moi, je serais jamais devenu ce que je suis sans elle. J'en aurais jamais fait le quart, le dixième même, c'est carrément sûr. Que de chemin parcouru ensemble ! C'est fou! Et puis...

- Ah ouais ?!! Ben, en fait, nous on trouve que ta femme est une belle chieuse, tranche soudain Boris l'albinos.

- ...

- Ouais ! Et des fois, on pense même que c'est une sacrée connasse !

- ...

- Et on est pas les seuls!

- Merci.











samedi 25 janvier 2020

L'idiotie, antidote à la bêtise contemporaine?



Un ami idiotès nous a transmis ce texte étonnant, daté de 2010, qui fait directement écho à l’Antimanifeste des idiots ; il s’agit d’un sujet du bac de français qui portait sur Un cœur de simple de Flaubert. Etant donné sa nature, le document n’est pas signé mais nous pouvons compter avec bonheur cet enseignant anonyme dans la grande confrérie des idiots. Assurément, il œuvre à égarer quelques âmes de l’immense troupeau des moutons bêlants. Ci-dessous, nous reproduisons in extenso son excellent sujet de bac écrit.


« Bête ou idiot ?

         Le mot idiot vient du grec idiotès qui signifie « simple particulier » (par opposition à un homme public ou à un spécialiste), d’où le sens dérivé que conserve l’usage actuel du mot : « ignorant », « sans éducation ». Dans son essai intitulé Le Réel, traité de l’idiotie, le philosophe Clément Rosset réactive le sens premier de l’étymologie (en réduisant l’idiot au simple, au sens de l’unicité) pour éclairer notre rapport à la réalité. Le réel constituerait selon lui par nature une idiotie car il est unique, sans double (c’est une tentation inhérente à l’esprit humain que de vouloir le doubler, par exemple, au moyen de l’œuvre d’art).

         Quelle nuance entre la bêtise et l’idiotie ? La bêtise constituerait donc en une insensibilité à la différence (notre parcours de lecture a suffisamment montré combien la pensée commune abusait de la tautologie : A=A, « Les affaires sont les affaires »…), tandis que l’idiotie exprimerait la singularité, autrement dit la différence comme principe d’identité. L’idiot serait en définitive l’autre qui se revendique comme tel : radicalement autre.

Une lignée de génies idiots ou d’idiots géniaux ?

         Une rapide recherche sur les écoles, courants et mouvements ayant marqué la littérature et l’art contemporain pourrait (si la bêtise ne consistait pas, justement, à conclure…[1]) conduire à la déduction suivante : l’art décisif du siècle dernier et l’idiotie ne font qu’un, « moderne » et « idiot » sont synonymes.

         Du cercle des Zutistes qui, à la fin du XIXè siècle, rassemblait des poètes aussi prestigieux que Verlaine, Rimbaud ou Charles Cros pour s’élever contre les excès de la poésie parnassienne, en la parodiant librement, aux artistes Fluxus qui, depuis les années 1960, affichent la même pratique joyeusement iconoclaste, en passant par Tristan Tzara parvenant à fédérer les futurs surréalistes autour des formules provocatrices de Dada (« Regardez-moi bien ! Je suis idiot (…) comme vous tous ! »[2]), tous ces courants ont en commun un certain usage du rire. En effet, par sa posture d’idiot, l’artiste fait acte de critique sociale et le rire devient un ingrédient premier de l’art. Dans les années 1930, le dignitaire nazi Alfred Rosenberg ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisqu’il eut à cœur de faire passer pour « dégénérés » les artistes (comme Kokoschka par exemple) qui usaient de la dérision et de la caricature contre la propagande du Reich.

Portrait de l’artiste en idiot

         Le burlesque devient ainsi le registre privilégié de l’époque moderne, comme en témoigne l’œuvre de l’artiste Joachim Mogarra. A première vue, il semble proposer un art idiot[3] : on l’imagine dans une commune du nord de la France, comme un gamin mettant tous ses proches à contribution, pour les faire jouer avec quelques casseroles, dans le western ou le road-movie qu’il se raconte ; mais en arrière-plan, c’est finalement toute une mythologie (celle de la conquête de l’Ouest et du cinéma hollywoodien) qui se trouve rejouée et déjouée par l’artiste, comme s’il préférait la posture antihéroïque des humbles aux images glorieuses qui peuplent nos mémoires de spectateur. La faiblesse assumée devient ainsi une arme permettant de vaincre une faiblesse subie, imposée.

         L’idiotie s’oppose donc à la prétention, à un certain usage intimidant de la culture, avec cette idée que la bêtise des humbles a bien des avantages sur la sotte rigidité des intellectuels prétentieux. L’idiot contemporain est celui qui oppose une certaine folie personnelle à la bêtise communautaire, convaincu qu’on ne peut vaincre la bêtise que par l’idiotie, le moyen le plus efficace de la subvertir, parce qu’elle réagit en miroir à la bêtise bourgeoise.

Un modèle christique ?

         En définitive, cette manière d’opposer la cohérence de l’innocence à l’incohérence sociale a presque quelque chose avoir avec le modèle christique des simples d’esprit. Mais en s’arrogeant ainsi un discours de vérité, l’idiot contemporain ne court-il pas le même risque d’un moralisme « autosatisfait » que notre bourgeois du XIXè siècle ? Eternelle aporie qui serait désespérante si l’on ne pouvait s’en réjouir avec l’idiot d’Ermanno Cavazzoni : « Raffaello Pelagatti ». Ce personnage est emblématique de l’effondrement idéologique de notre époque et forme avec son alter ego Pelacani une version actuelle de Bouvard et Pécuchet : l’un pense que Jésus-Christ est un extra-terrestre, l’autre que Marx et Engels n’ont jamais existé, renvoyant ainsi dos à dos les deux utopies majeures de l’humanité…[4] »
        





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[1] « L’idiotie consiste à vouloir conclure », Flaubert, Corresp., Lettre à Louis Bourthet, 4 septembre 1850.
[2] « Sept manifestes Dada », Œuvres complètes, t. 1, Flammarion, 1974.
[3] Au sens dégagé par J.-Y. Jouannais dans son livre L’idiotie, art, vie, politique, méthode, Beaux-arts magazine/livre, 2003.
[4] Ermanno Cavazzoni, Les idiots (petites vies), Attila, 2009 ; parodiant les vies de saints du Moyen Age, l’auteur propose 31 portraits d’idiots contemporains.

mercredi 1 janvier 2020

Les tops les plus incroyables du monde que vous avez jamais vus qu'on a adoré à la rédaction




Moi je… ai aimé tout ce qu’on a posté sur nos murs FB, en liberté, sauf les tétons. 

Moi je… ai aimé quand moi je mettais une super photo de moi sur mon mur FB. 

Moi je… ai espéré que l’année qui vient soit aussi super que celles qui sont passées, avec tous les amis que j’ai, dans la convivialité et la confiture. Kiffe 2020 !

Moi je… ai une pensée pour les pauvres que je vois tous les jours dans la rue, pour pas devenir comme eux. Une pensée, c’est déjà du réconfort. émoticônes cœurs, big love… 

Moi je… aimé rire des posts super que tous les copains et copines ont laissé sur leurs murs, qui m’ont vraiment fait du bien. Positive attitude. 

Moi je… ai pas aimé les gens qui ont la haine et qui sont méchants avec moi et avec les autres. Tolérance et respect pour 2020.

Moi je… ai pas aimé les attentats, les grèves et quand l’ordi est en panne. Parce qu’on peut pas s’exprimer, et ça c’est pas la démocrassie.  

Moi je… ai pas aimé le réchauffement climatique, parce qu’on va tous mourir et ça c’est pas possible. Parce qu’on mérite vraiment pas ça. Ouais, la conscience, c’est ça. Comme Gandhi !

Moi je… ai aimé moi cette année. 

Moi je… Moi je… Moi je… Moi je… Moi je… Moi je… Moi je… Moi je… Moi je… Moi je… Moi je… Moi je…